Chloé Chaudet : “36 ans, et surtout pas d’enfant”

N’a-t-elle pas peur de regretter son choix ? De finir seule ? Depuis qu’elle a exprimé son non-désir de porter un enfant, cette universitaire fait face à de nombreuses réflexions. Elle se confie.

Chloé Chaudet est une femme amoureuse et bien dans ses baskets. A 36 ans, cette maîtresse de conférences en littérature comparée à l’université Clermont-Auvergne a décidé de publier un livre dans lequel elle raconte qu’elle ne partage pas, comme d’autres femmes, le souhait d’avoir des enfants.

Vous faites part dans votre ouvrage de la décision de ne pas procréer et de ne pas vous associer au “règne des génitrices”. C’est assez percutant comme expression !

C’est vrai qu’elle est très imagée… Ma difficulté principale pour écrire cet ouvrage, c’était de trouver les mots pour dire mon non-désir, car ils n’existent pas vraiment. J’évoque d’ailleurs cette horrible étiquette de “nullipare” (qui n’a jamais accouché, ndlr) qu’on lit parfois sur les formulaires médicaux ! L’idée globale, c’était de parler de ce phénomène social et sociologique que j’ai constaté à mon retour en France, après une période de sept ans passée en Allemagne pour mes études : la figure de mère qui travaille et qui a des enfants est un modèle, encouragé par tout une structure étatique. Mais il est parfois extrêmement écrasant quand on ne partage pas le souhait d’avoir des enfants.

Vous évoquez aussi votre carrière, très prenante. Auriez-vous pu être mère en choisissant un autre métier ?

C’est possible, je ne me voile pas la face. Les choix de cette carrière, de cette thèse, toutes deux assez chronophages, ont joué dans ma décision de ne pas devenir mère. Mais dans la situation actuelle, j’aurais aussi pu faire le choix inverse, si j’avais vraiment eu cette envie, partagée avec l’homme avec qui je vis. J’ai d’ailleurs beaucoup d’amies et de collègues universitaires et mamans qui mènent de front les deux.

Avez-vous ressenti un vent de culpabilité quand une amie de votre mère parle de sa fille qui ne “veut pas lui donner de petits-enfants” ?

J’ai eu la chance de ne jamais subir les tentatives, volontaires ou non, de culpabilisation de la part de ma famille, mais c’est vrai que c’est très répandu. Je pense que c’est surtout le reflet d’une inquiétude pour sa fille, de ne pas pouvoir transmettre une histoire, ne pas être protégée par un noyau, surtout en cette période de repli liée à la crise. Cette forme d’inquiétude repose, somme toute, sur des conceptions assez traditionnelles de ce qu’est une femme accomplie. Si je pouvais donner un conseil aux personnes soumises à des familles plus revendicatives, c’est d’instaurer un dialogue plutôt que de dire “fiche-moi la paix maman”.

Vous êtes en couple avec quelqu’un qui ne veut pas d’enfant non plus. Dans votre passé amoureux, vous est-il arrivé de tomber sur quelqu’un qui en voulait, au point de devoir vous séparer ?

Non, pas vraiment. J’ai eu des relations longues, mais j’étais toujours dans la posture du “on verra bien” et ça n’a jamais vraiment été un sujet. Ça l’est devenu à partir de mes 30 ans, quand toutes mes amies autour de moi ont commencé à devenir mères.

On vous demande souvent si vous n’avez pas peur de regretter votre choix ? De finir seule ?

Oui, et j’ai appris à répondre à ces questions en les formulant de la manière la moins agressive possible. Concernant la solitude, ce n’est pas parce qu’on a des enfants qu’on finira forcément entourée par eux, ce n’est pas garanti, moi je me vois bien plus tard dans une coloc de vieilles dames, de personnes âgées actives et engagées socialement. Quant au regret, cette question rend compte d’un raisonnement tortueux car il faudrait s’imaginer ce qu’on pourrait potentiellement regretter au sujet de quelque chose qu’on n’a pas envie de faire.