Chronique de Paysan Savoyard : « La lutte contre le virus, un remède pire que le mal »

Tout a été dit sur les graves insuffisances de la politique du gouvernement contre le virus depuis un an. Pas de masques, pas de tests, pas assez de personnels hospitaliers et aujourd’hui pas de vaccin français et une totale dépendance vis-à-vis des pays étrangers producteurs…

Tout a été dit également de l’incohérence des choix successifs effectués : par exemple les appels de Macron à vivre normalement et à aller au théâtre ; l’organisation du premier tour des municipales en plein confinement ; la fermeture des marchés en plein air alors que les centres commerciaux restaient ouverts ; l’adoption de mesures identiques sur tout le territoire alors que le virus y circule avec une intensité très variable ; ou encore l’actuel couvre-feu à 18 h qui conduit à augmenter la concentration sur les horaires d’ouverture des commerces…

Parmi les principales fautes qui peuvent être reprochées au gouvernement français, la volonté idéologique de ne pas fermer les frontières est sans doute la principale. Le virus n’a pas de passeport avait déclaré Macron avec mépris. Il a fallu un an pour qu’il se décide à enfin fermer les frontières des pays hors UE. Même encore l’idéologie poursuit sa domination : pour les pays membres de l’UE, il ne s’agit que de contrôler la circulation, en obligeant les voyageurs non frontaliers à présenter un test négatif.

La libre circulation au sein de l’UE reste donc le principe cardinal, alors même que plusieurs pays parmi les plus infectés, comme la Belgique, l’Espagne ou l’Italie, frontaliers de la France qui plus est, sont membres de l’UE. Il est pourtant évident que la poursuite des flux internationaux de population rendent impossible toute maîtrise de l’épidémie. Si, par idéologie sans-frontiériste et européiste, le gouvernement s’est refusé jusqu’à ces derniers jours à la fermeture des frontières, il n’a pas hésité en revanche à confiner pendant des mois la totalité de la population chez elle, enfermant en quelque sorte chacun dans les frontières de son domicile.

Tout cela nous l’avons déjà dit. Mais il faut aller au-delà : il nous semble désormais avéré que la politique de mise à l’arrêt ou de restriction d’une partie des activités économiques et sociales suivie depuis près d’un an constitue un remède pire que le mal. Il serait préférable de laisser le pays vivre à nouveau quasi normalement, quitte à laisser se produire une accélération de la circulation du virus.

  • L’objectif exclusif de la politique suivie depuis un an est de protéger le plus possible les personnes âgées

Le nombre de décès attribués au Covid s’est élevé en 2020 à 60.000 environ. Le Covid est donc nettement plus létal que le virus de la grippe saisonnière, qui fait chaque année entre 10 et 15.000 morts. Ces dernières années le nombre de décès était stable, aux alentours de 610.000 décès annuels : il a été en 2020 de 650.000. Le virus a donc entraîné une surmortalité indéniable, de 54.000 décès environ, et sa dangerosité ne peut être niée. Ce chiffre élevé appelle toutefois certaines remarques, qui conduisent à le relativiser.

Il faut rappeler en premier lieu que dans les dernières décennies, de précédentes épidémies mondiales sont déjà intervenues. En 1957-1958 une épidémie mondiale de « grippe asiatique »  avait provoqué en France un nombre de morts évalué à 100.000.  En 1968 l’épidémie mondiale de « grippe de Hong-Kong » avait fait 30.000 morts en France. Ces épidémies n’avaient pas provoqué à l’époque de mesures de protection particulières de la part des autorités.

L’autre remarque est la suivante. Examinés plus en détail, les chiffres montrent que la surmortalité enregistrée en France en 2020 n’a touché que les personnes de plus de 65 ans. Pour les tranches d’âge inférieures à 65 ans, il n’y a pas eu de surmortalité en 2020 par rapport à 2019. Ces chiffres viennent donc le confirmer : la population à laquelle le virus fait courir un risque grave et vital est la population âgée, en particulier les personnes âgées malades, le risque augmentant avec l’âge.

Courent également un risque vital les personnes atteintes de maladies graves ainsi que celles qui sont fragilisées par l’obésité. Pour le reste de la population, le virus, sauf rare exception, entraîne au pire une forme de grippe sévère, avec de fréquentes séquelles (perte de goût et d’odorat en particulier) qui disparaissent la plupart du temps au bout de quelques semaines.

C’est pourquoi la politique de mise à l’arrêt d’une partie de l’économie et de l’activité sociale suivie par les autorités, en France comme dans la plupart des pays occidentaux, a un objectif exclusif : en s’efforçant de limiter la circulation du virus et le nombre des contaminations, il s’agit de protéger le plus possible les personnes âgées. En France il s’agit corollairement d’éviter un afflux d’hospitalisation de ces personnes âgées et à risque, qui entraînerait un engorgement des services de réanimation, en nombre insuffisant.

Cette politique qui consiste à faire peser sur tout le pays des mesures extrêmement lourdes dans le but de protéger le plus possible une fraction de la population nous paraît décidément déraisonnable.

  • La politique de restrictions et de mises à l’arrêt aura probablement des conséquences pires que celles du virus

La politique de mise à l’arrêt ou de ralentissement de différentes activités aura probablement de graves et durables conséquences. Les conséquences économiques et sociales seront probablement lourdes et nombreuses : faillites d’entreprises ; chômage ; dégradation des comptes publics ; hausse probable à l’avenir des impôts et cotisations… Sur ce plan économique et social, les conséquences sont pour l’instant limitées par l’ampleur des aides distribuées par l’Etat, distribution qui durera probablement jusqu’à l’élection présidentielle.

Elle s’arrêtera ensuite selon toute vraisemblance, de façon plus ou moins progressive, provoquant alors un fort durcissement de la situation. Ces aides sont financées par un recours massif de l’Etat à l’endettement, ces opérations d’endettement étant rendues presque indolores par la faiblesse des taux d’intérêt : il y a lieu de noter que si les taux devaient remonter sensiblement dans les années qui viennent, les conséquences économiques et sociales seraient alors probablement très dures, entraînant notamment une baisse des dépenses publiques et de l’emploi public et une hausse des prélèvements obligatoires.

La politique de mise à l’arrêt partiel ou total de secteurs entiers d’activité suivie depuis un an aura également des  conséquences sociétales : elle constitue par exemple un encouragement aux comportements d’assistanat. Les conséquences sanitaires seront elles aussi importantes : diagnostics et traitements retardés, dégradation du suivi des malades, dégradation de l’état psychique de la population… Ces différents phénomènes seront probablement à l’origine d’une mortalité accrue engendrée par les politiques de restriction. On remarquera que cette mortalité provoquée par les politiques de restriction et de confinement frappe aussi les personnes âgées elles-mêmes, confrontées pour certaines à une situation de détresse mortifère engendrée par l’isolement et la raréfaction des contacts.

C’est pourquoi quelques pays, peu nombreux il est vrai, ont choisi de ne pas interrompre ni freiner leur économie et leur vie sociale. Aux Etats-Unis, Trump a préconisé pendant toute l’année 2020 une politique consistant à ne pas confiner. Il a été suivi par une partie des Etats américains, tandis que d’autres choisissaient au contraire des mesures de restriction. De même la Suède, seule en Europe, n’a jamais appliqué de mesures de confinement.

On notera également que différents pays européens, même parmi les plus touchés, ont décidé depuis deux ou trois mois de rompre avec les mesures restrictives. On skie cet hiver en Suisse, en Autriche et en Espagne. En Espagne toujours, les cafés et restaurants sont désormais ouverts. Il en est de même en Italie jusqu’à 18 heures, depuis deux mois maintenant.  

La France reste en revanche parmi les pays les plus restrictifs : pas de cafés, pas de restaurants, pas de lieux culturels, pas de remontées mécaniques, pas de salle de sports. Le choix de protéger le plus possible les personnes âgées conduit donc à sacrifier dans une certaine mesure le reste de la population.

  • Une politique de retour à une vie quasi normale pour la majorité de la population nous paraît de loin la moins pire des solutions

Compte-tenu des très graves conséquences prévisibles de la politique de fermetures et de restrictions, il serait selon-nous préférable de laisser le pays revenir dès à présent à une vie quasi normale, en mettant fin à toutes les fermetures et interdictions, sauf peut-être celles des rassemblements les plus importants. La limitation de circulation aux frontières aux seuls déplacements essentiels, accompagnée de tests et de mises en quarantaines systématiques pour les personnes autorisées à circuler, constitue une mesure évidente, qu’il aurait fallu prendre depuis le début de la crise.

Il faudrait aussi, bien entendu, continuer à mettre en œuvre les mesures de protection dans les EHPAD et continuer à conseiller aux personnes âgées et à risque de limiter leurs contacts. Il s’agirait autrement dit de laisser la majeure partie de la population revivre presque normalement.

Quelles seraient les conséquences d’une telle politique de retour à une vie quasi normale ? Le virus circulerait probablement plus vite et le nombre de personnes infectées augmenterait sans doute sensiblement, et ce d’autant que les nouvelles formes du virus le rendent semble-t-il encore plus contagieux. L’entourage des personnes âgées et à risque (famille, personnels des Ehpad, aides à domicile des personnes vivant chez elles) seront par conséquent plus souvent infectées et plus souvent susceptibles de les contaminer.

Il s’ensuivrait dès lors probablement une hausse de la mortalité chez les personnes âgées et à risque, même si elles continuent à se protéger comme elles le font déjà. De même l’accélération de la circulation du virus entraînerait sans doute une hausse des hospitalisations et des admissions en réanimations, provoquant des décès liés aux capacités insuffisantes de ces services.

Il faut cependant souligner que cette augmentation de la mortalité en raison d’une augmentation du nombre de personnes infectées est possible sinon probable mais pas certaine. La mortalité due au virus enregistrée dans les Etats qui ont choisi de ne pas confiner leur population n’est en effet pas significativement différente de celle des pays qui ont choisi la politique inverse. C’est le cas aux Etats-Unis entre les Etats ayant choisi des politiques divergentes. C’est le cas en Europe où l’on voit la Suède enregistrer pour l’instant depuis le début de l’épidémie un nombre de morts par million d’habitants inférieur même à ce qu’il est en France (1000 décès par million d’habitants en Suède à la fin 2020 contre 1035 en France).

Même si cette politique de retour à une vie quasi normale devait entraîner une augmentation de la mortalité des personnes à risque, la perspective de cette conséquence malheureuse ne nous paraît pas justifier une poursuite des mesures de restriction. L’augmentation possible de la mortalité est en effet à mettre en balance avec la catastrophe économique et sociale en train de se produire. Le pays tout entier est en train de descendre plusieurs marches qu’il aura du mal à remonter. Quant aux décès que la politique de confinement et de restrictions permet peut-être d’éviter, ils seront compensés, selon toute vraisemblance, par ceux que cette même politique provoquera (voir ici). En un mot la politique de mise à l’arrêt partiel du pays suivie depuis un an est un remède très probablement pire que le mal.

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Nous avons bien conscience que la suppression des mesures de restriction et le retour à une vie quasi normale constituent des hypothèses que le gouvernement a depuis longtemps rejetées et qu’il continuera à rejeter dans les mois qui viennent. Mise sous pression par une année de messages alarmistes, l’opinion s’est installée dans la peur : elle consent dès lors très majoritairement aux mesures restrictives les plus dures et n’accepterait pas ce qu’elle considérerait comme un relâchement irresponsable.

Si les autorités gouvernementales et administratives persistent et persisteront dans la logique de fermeture, de restrictions et de confinement, c’est aussi probablement parce qu’elles craindraient sinon de se voir le moment venu reprocher judiciairement de ne pas avoir pris et maintenu suffisamment longtemps des mesures de protection de la population. 

Dernier élément de ce choix stratégique de restrictions et de confinement. On sait que l’électorat de Macron est constitué pour l’essentiel des cadres, des professions libérales et des retraités. En donnant la priorité absolue à la protection des personnes âgées, Macron prend soin de ne pas s’aliéner une partie considérable de son électorat.

Admettons, au point où nous en sommes, qu’il faille attendre encore deux ou trois mois pour sortir de la politique de restrictions, puisque Macron a promis que d’ici là toutes les personnes âgées seraient vaccinées. A compter de ce moment précis en tout cas, les mesures de confinement, de restriction et de fermetures forcées perdront ipso facto toute justification.

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