Cinéma : “8, avenue Lénine”, heureuse comme une Rom en France

Ce documentaire de société sur Salcuta Filan et ses deux enfants, Denisa et Gabi. Une famille rom roumaine qui vit en banlieue parisienne depuis 15 ans. Alors que de nombreux responsables politiques ne cessent d’affirmer que les Roms ont “vocation à rentrer chez eux”, Salcuta fait la preuve que la France et l’Europe ont la capacité de les accueillir dignement et que lorsque c’est le cas, il n’y a plus de « question rom ». Car en tant qu’Européenne, Salcuta a choisi. Et chez elle, c’est ici, en France.

Avec le concours d’un financement participatif Ulule et du soutien éditorial du sociologue Eric Fassin, 8, avenue Lénine a pu voir le jour en toute indépendance. Ce film documentaire est l’œuvre d’Anna Pitoun, avocate et Valérie Mitteaux, journaliste, devenues documentaristes en créant le collectif Caravane Films (Loi 1901) en 2003 qui a produit le film. 8, avenue Lénine s’inscrit comme une suite directe de leur documentaire remarqué Caravane 55 (2003), titre faisant référence au numéro donné par la police à la caravane abritant Salcuta Filan et ses enfants, une famille Rom émigrée en France.

Ce premier documentaire narrait l’expulsion musclée de la famille et la destruction sans ménagement de la caravane stationnée à Achères (Yvelines) ordonnée par la préfecture en 2003. La municipalité communiste d’alors et un collectif de citoyens allaient soutenir la jeune maman, la reloger, permettre à ses enfants Denisa et Gabi de rester scolarisés et obtenir enfin sa régularisation en 2005. Salcuta Filan allait désormais habiter 8, avenue Lénine et devenir une citoyenne à part entière faisant de la France sa seconde patrie.

C’est ce que raconte, au fil des années 2003-2018, ce nouveau documentaire qui démontre qu’à l’évidence la « question Rom » n’est qu’un argument politicien et qu’il n’a pas lieu d’être sur une terre (France et Europe) capable d’accueillir dignement les Roms, et les autres communautés étrangères. C’est un film directement engagé contre la discrimination, le racisme et la xénophobie qui ne cessent de gagner du terrain dans notre société. La destinée de Salcuta n’est, hélas, pas un cas isolé mais l’attention que lui ont porté, infatigablement sur près de quinze années, les documentaristes en fait un cas exemplaire apte à susciter la réflexion (cf. suppléments).

Reprenant l’histoire de Salcuta au moment de son expulsion de 2003, le documentaire 8, avenue Lénine possède l’intensité émotionnelle incomparable de sa durée de tournage et donne à voir des étapes choisies qui scandent la vie familiale (mariages des enfants, naissance des petits enfants) et citoyenne (mobilisations du maire, de l’institutrice, etc.). La proximité presque familière que produit le film, en nous faisant partager certains moments forts et intimes (par exemple le voyage en Roumanie ou la garde momentané par la justice des petits-enfants) de la vie de Salcuta rend plus émouvant le sort de la jeune femme.

Sans commentaire, ni complaisance, 8, avenue Lénine propose une vision renouvelée et édifiante de la communauté tzigane. Ce film nous invite à faire tomber les préjugés en suivant l’exemple de cette femme Rom empathique bien décidée à s’intégrer, contrairement aux allégations des xénophobes, et à faire respecter l’égalité de libre circulation que son statut d’européenne lui garantit. Poignant et édifiant.

Délibéré