Cinéma : “After Love”, le deuil de Mary, ayant adopté la religion et la culture musulmanes de son époux au point d’avoir presque effacé qui elle fut jadis

Situé dans la ville côtière de Douvres au sud de l’Angleterre, After Love suit Mary Hussain, qui, après le décès inattendu de son mari, découvre qu’il cachait un secret à seulement 34km de l’autre côté de la Manche, à Calais.

Frappé du sceau de la Semaine de la Critique 2020, le mélodrame d’Aleem Khan parvient enfin sur nos écrans après de nombreux mois de patience, entrecoupés de présentations en festival (comme aux Arcs 2020, dans sa version en ligne). After love suit Mary, une épouse dévouée confrontée au décès soudain de son mari, Ahmed, contrainte de remettre en question toute sa vie avec lui, ainsi que ses propres choix, tout en traversant son deuil immense.

Pour son premier scénario de long métrage, le cinéaste anglo-pakistanais a fouillé dans son vécu personnel pour intégrer quelques éléments autobiographiques adaptés au récit de cette femme endeuillée et bafouée qui part sur les traces du secret de son mari outre-Manche (on devine dans le personnage du fils caché ou de la perte d’un enfant nourrisson une portée thérapeutique pour son auteur). Il donne cependant toute sa singularité au magnifique personnage de Mary, ayant adopté la religion et la culture de son mari au point d’avoir presque effacé qui elle fut jadis. À travers son parcours, il explore le processus bien personnel de deuil et comment vivre « après l’amour » dans un chemin de réconciliation entre le passé et le présent.

Entre deux mondes

Un élément central de l’intrigue, que nous nous garderons d’éventer ici, place Mary face au mensonge d’Ahmed qui, plutôt que de laisser la colère et la frustration l’emporter, choisit la dignité et la bienveillance alors qu’elle assouvit sa part de curiosité. D’une grande humanité, ce personnage fait partie de ces héroïnes de fiction qui font vibrer le coeur et peuvent, en quelques mots ou un regard, faire jaillir l’émotion au coin des yeux. À travers son récit, il sonde également notre rapport à la vérité et à la morale, et comment chacun s’en accommode face à la réalité des actes et des sentiments.

Deux mondes entrent ainsi en collision, mais une collision des plus humaines – malgré quelques éclats – portée par la formidable interprétation de ses deux comédiennes, l’anglaise Joanna Scanlan (bouleversante) et la française Nathalie Richard. Sur chaque rivage, l’une et l’autre ont mené leur vie, trop longtemps passée à attendre. L’intelligence d’After love est de ne pas livrer de conclusions catégoriques ou de porter un quelconque jugement. Aleem Khan préfère nous interroger avec sensibilité et finesse sur les questions d’identité, de sacrifice, de maternité et de fusion culturelle à travers ses beaux personnages que sont Marie et Geneviève, jusqu’à un dénouement cathartique empli de compassion.