Cinéma : Au festival de Cannes, Halima et Sabrina Benhamed sont fières de représenter les quartiers nord de Marseille

Dans «Bonne Mère», de Hafsia Herzi, Halima et Sabrina Benhamed interprètent une mère et une fille qui leur ressemblent. La réalisatrice les a recrutées dans leur quartier de Marseille, auquel le film rend hommage.

Marseille s’invite sur la Croisette. Trois films, cette année, ont la Cité phocéenne pour cadre, qui y fait figure de personnage à part entière : « Stillwater », de l’Américain Tom McCarthy avec Matt Damon et Camille Cottin, « BAC Nord », de Cédric Jimenez avec Gilles Lellouche… Et « Bonne Mère » de Hafsia Herzi, présenté samedi soir dans la section « Un Certain Regard ». Mais ce dernier long-métrage s’attache particulièrement à une zone de Marseille souvent décriée : les Quartiers Nord. Originaire de la ville, la jeune réalisatrice leur offre bien plus qu’une réhabilitation : une véritable ode, en montrant à quel point la solidarité entre ses habitants aux conditions de vie difficiles y est fondamentale, et le racisme presque absent.

Pour personnifier son récit, inspiré par la vie de sa mère, Hafsia Herzi raconte le quotidien de Nora, la cinquantaine, qui a trois enfants – dont un fils en prison – et une petite-fille à charge, celle de sa fille Sabah. Pour faire vivre sa famille, Nora se partage entre plusieurs boulots : tâches de nettoyage dans des avions, auxiliaire de vie pour une femme âgée d’origine juive – alors qu’elle est musulmane. Elles sont amies. Mais Nora court entre ces différents métiers et l’organisation de son foyer.

Pour incarner ses personnages, Hafsia Herzi a eu une idée lumineuse : recruter ses comédiens dans les quartiers nord. Halima et Sabrina Benhamed se retrouvent donc en tête d’affiche du film, campant les rôles de Nora et Sabah.”

Le coup de cœur d’Hafsia Herzi pour Halima

C’est par Sabrina, 25 ans, que tout est arrivé… il y a longtemps. « Hafsia avait fait un casting en 2015 et j’avais décroché le rôle de Sabah. Mais il ne s’est rien passé pendant longtemps. En 2019, juste avant le tournage, ma mère m’a accompagnée. Hafsia, qui n’avait pas encore attribué le rôle de Nora, a eu un coup de cœur… » Ça n’était pas gagné pour autant : « Je suis très timide, murmure Halima, 50 ans. Je ne voulais pas. Hafsia a fini par me convaincre en douceur, elle m’a rassurée ». Si le scénario n’est pas calqué sur le quotidien de Halima, qui était alors elle-même auxiliaire de vie, elle n’a pas eu à se forcer pour certaines scènes : « Les pleurs, les moments d’émotion, là je ne joue pas. J’étais entre fiction et réalité. »

Sa fille dit presque la même chose : « Je me reconnais dans mon personnage. Dans la vie, comme Sabah, je suis un peu vive… » Surtout, Halima apprécie que le film rende hommage à leur quartier et à leur quotidien, et surtout à ses habitants. « La solidarité, ici, c’est réel, on s’entraide entre juifs et musulmans, les jeunes ne sont pas des sauvages, ils aident les vieilles dames à porter leurs courses dans les escaliers. L’amour n’a pas de frontière à Marseille, et il est très fort… » Et pour Sabrina, le personnage de l’héroïne, cette mère-courage, représente de façon très authentique ceux du quartier, parmi lesquels sa mère : « Ma maman est certes timide, mais elle est très forte, c’est une battante, elle a élevé trois enfants toute seule. Et on n’a jamais manqué de rien parce qu’elle s’est beaucoup donnée dans le travail. Ce rôle lui ressemble énormément, je suis fière d’elle. »

Se voient-elles désormais comédiennes ? « Je ne cours pas les castings, je ne l’ai jamais fait, tranche Sabrina. Mais si l’occasion se présente… J’aime me glisser dans la peau d’une autre, ne plus être moi-même… » Sa mère, elle, n’imagine pas faire carrière : « Pour moi, ce film, c’est Mektoub, une belle histoire… le destin, cela montre que le hasard n’existe pas. » À Cannes, elles ont adoré monter les marches, même si Halima avoue s’être sentie « un peu stressée ». Surtout, elles s’avouent très fières d’avoir contribué à montrer jusque sur le tapis rouge une image différente de leur quartier. Elles espèrent que la sortie du film, le 21 juillet, pourra renforcer cette vision généreuse et réaliste de leur ville. Ce qui paraît évident, à les voir ensemble, c’est que cette « belle histoire » a renforcé leurs liens : tant de jolies choses passent dans leur regard lorsque l’une évoque l’autre…

Le Parisien