Cinéma : La fin de “Mourir peut attendre”, un sacrilège pour les fans qui voient James Bond disparaître pour se faire remplacer par une actrice noire

Il aura fallu attendre six ans pour voir la suite de Spectre. Le nouveau James Bond, titré Mourir peut attendre ou No time to die en version originale et réalisé par Cary Joji Fukunaga, sort enfin au cinéma ce mercredi 6 octobre. On y retrouve Christoph Waltz dans le rôle du meilleur ennemi de double zéro Blofeld, Léa Seydoux en Madeleine Swann, mais aussi et surtout Daniel Craig pour son dernier film dans le costume de Bond.

Et pour clore cette ère Daniel Craig, les scénaristes Neal Purvis et Robert Wade, rejoints par Phoebe Waller-Bridge, ont imaginé une fin surprenante. Le HuffPost a recueilli l’avis de Guillaume Evin, “bondologue” et auteur de nombreux ouvrages consacrés à la saga James Bond, mais aussi les réactions de nombreux fans sur les réseaux sociaux.

Si vous n’avez pas encore vu le film et préférez garder la surprise de l’intrigue et du dénouement, on vous conseille d’arrêter votre lecture là et de parcourir plutôt notre article garanti sans spoiler: Le James Bond de “Mourir peut attendre” ressemble-t-il encore au héros d’Ian Fleming? Car ce qui suit ci-dessous contient des révélations sur l’issue de Mourir peut attendre.

Dans le long-métrage de 2h45, Daniel Craig alias James Bond est tiré de sa douce retraite en Jamaïque pour affronter ses meilleurs ennemis: Blofeld (Christoph Waltz), le chef de l’organisation criminelle Spectre et surtout Safin (Rami Malek) détenant de redoutables armes technologiques…

Si le James Bond retraité est plus en pantalon-baskets qu’en smoking, les incontournables du genre semblent bien là: courses-poursuites spectaculaires à moto ou en Aston Martin, fusillades nourries, gadgets et paysages grandioses, de la Norvège à la Jamaïque et dans le sud de l’Italie. Mais ce Mourir peut attendre montre aussi un espion plus humain et faillible que jamais, profondément amoureux de Madeleine Swann (Léa Seydoux) depuis Spectre.

Tellement faillible que James Bond finit par mourir… Voilà, c’est dit. Pour la première fois de toute l’histoire du personnage créé en 1953 sous la plume de Ian Fleming et qui a donné lieu à 25 films sans compter les “non officiels”, l’équipe derrière Mourir peut attendre a osé tuer son héros. Après une longue dernière partie du film qui se déroule dans l’ancien bunker transformé en base secrète du méchant Safin, James Bond fait des adieux larmoyants à Madeleine Swann et leur fille avant de se sacrifier sous les missiles de son propre pays.

“Jamais on n’avait fait ça!”, réagit pour Le HuffPost Guillaume Evin, spécialiste français de James Bond. “Il y a eu en tout 6 interprètes dans le costume de James Bond et donc 5 transitions d’acteurs et ça s’est toujours bien déroulé”. Même dans ses livres, Ian Fleming n’était jamais allé aussi loin. Si le père littéraire de 007 avait été à un moment “lassé de l’emprise qu’avait son héros de fiction sur sa vie”, il l’avait laissé pour mort à la fin de Bons baisers de Russie… “avant de le ressusciter au roman suivant, en lui administrant un antidote, sous la pression de son éditeur”.

“Ils ont voulu frapper fort, mais ils ont frappé trop fort”, souffle l’auteur de Bond, la légende en 25 films. Pour lui, faire mourir James Bond “c’est sacrilège”. “Cette mort de 007, avec une notion sacrificielle, ce n’est vraiment pas possible! Bond est téméraire, mais pas suicidaire. Ils se sont trop éloignés du personnage, c’est dommage.”

À la sortie de la projection du film à laquelle il assistait – et qui n’était pas la même que la nôtre – Guillaume Evin estime que “80 à 90% des gens étaient déçus, scotchés, voire carrément en colère”. Ce mercredi 6 octobre au matin, les premières réactions de certains fans sur Twitter semblent aller dans le même sens.

“Minable! Heureux que Sean Connery soit mort avant d’assister à une telle mascarade! Comment peut-on se permettre autant de liberté avec ce monument de la culture cinématographique et littéraire?”, écrit un internaute. “J’en sors et c’est un total non sur la fin pour rester polie”, rétorque une jeune femme. Pour d’autres, la fin est simplement “ratée” voire “le pire poignard aux Bond fan depuis l’arrivée d’un James Bond blond” – en référence aux critiques qui avaient suivi le choix de Daniel Craig dans ce rôle.

Un “sortie grandiose” pour Daniel Craig

Si les “bondophiles historiques” mettront du temps à digérer cette ultime scène, d’autres seront sans doute agréablement surpris par cette fin osée qui a le mérite de nous cueillir de façon complètement inattendue. Et de marquer durablement la sortie de l’ère Craig. “Ils ont donné une sortie grandiose et émouvante à Daniel Craig”, analyse Guillaume Evin, ”ça finit le cycle en beauté pour lui, mais c’est presque un péché d’orgueil. Il n’était vraiment pas utile de le tuer.”

Au final, l’avis du “bondologue” est sans appel: “Je pense que c’est un bon thriller, mais un mauvais Bond. En voulant casser les codes, ils ont un peu cassé le jouet.” Reste maintenant à prendre son mal en patience pour savoir comment et avec qui la saga se poursuivra, car un petit message à la toute fin du générique l’assure: “James Bond reviendra”.

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James Bond est né en 1953, sous la plume d’Ian Fleming et de son premier roman Casino Royal. Le romancier britannique, officier du renseignement naval pendant la Seconde Guerre mondiale, a écrit 14 volumes – dont 2 publiés à titre posthume – des aventures de l’agent 007.

Mourir peut attendreau cinéma ce mercredi 6 octobre, est le 25e film inspiré de son œuvre. Mais le James Bond incarné par Daniel Craig ressemble-t-il encore au héros imaginé par son “papa”?

Dans le long-métrage de 2h45 réalisé par Cary Joji Fukunaga (Beast of no nation, Maniac), Daniel Craig alias James Bond est tiré de sa douce retraite en Jamaïque pour affronter ses meilleurs ennemis: Blofeld (Christoph Waltz), le chef de l’organisation criminelle Spectre et surtout Safin (Rami Malek) détenant de redoutables armes technologiques… 

Si le James Bond retraité est plus en pantalon-baskets qu’en smoking, les incontournables du genre semblent bien là: courses-poursuites spectaculaires, fusillades nourries, gadgets et paysages grandioses, de la Norvège à la Jamaïque et dans le Sud de l’Italie. Mais ce Mourir peut attendre montre aussi un espion plus humain et faillible que jamais, profondément amoureux de Madeleine Swann (Léa Seydoux) depuis Spectre.

Un James Bond tourmenté dans les livres déjà

“Ce côté tourmenté, sombre et vulnérable était déjà très présent dans les romans. Daniel Craig, comme Timothy Dalton avant lui [Tuer n’est pas jouer et Permis de tuer, ndlr], empruntent beaucoup au personnage d’Ian Fleming”, réagit pour Le HuffPost Guillaume Evin, auteur d’ouvrages sur le cinéma et spécialiste français de James Bond. “Fleming joue sur deux registres: il montre le tueur redoutable, implacable, pragmatique et fiable, mais il décrit aussi quelqu’un de pratiquement névrosé, sensible et qui fait face à beaucoup d’états d’âme.”

Dans les livres, James Bond a été amoureux de deux femmes: Vesper Lynd, présente dès le tout premier roman de Fleming (jouée par Eva Green dans l’adaptation ciné) et la comtesse Tracy di Vicenzo qui apparaît dans Au service secret de Sa Majesté. “La première se suicide, l’autre est assassinée le jour de ses noces avec James Bond, et ces pertes créent un lourd traumatisme en lui”, détaille notre interlocuteur.

Pourtant pour le “bondologue”, le côté “cœur d’artichaut” du personnage de Mourir peut attendre qui retombe fou amoureux de Madeleine Swann juste après la mort de Vesper Lynd n’est pas fidèle au héros historique. “Ce portrait de dur au cœur de tendre ne va pas. On bascule dans le sentimentalisme et on perd de vue 00″.

D’ailleurs dans les romans, James Bond était tout sauf un homme sympathique. “Le Bond d’Ian Fleming est assez déprimant au quotidien. Il fuit les dîners mondains, les cocktails, ne va jamais au cinéma. C’est un bulldozer, brut de décoffrage et qui manque de tact”, décrit l’auteur de Il était une fois James Bondbiographie fictive du plus célèbre agent secret.

Daniel Craig alias James Bond et Ana de Armas dans

Daniel Craig alias James Bond et Ana de Armas dans “Mourir peut attendre” au cinéma le mercredi 6 octobre

“L’humour froid” de Daniel Craig

Outre la non-ressemblance physique – à ce jeu-là, c’est plutôt le grand et athlétique Sean Connery qui en était le plus proche – il manque d’autres choses au personnage incarné par Daniel Craig. Dans Mourir peut attendre, si le héros descend ses traditionnelles vodka-martini, on ne le voit par exemple jamais manger. “Il y a quantité de pages consacrées au plaisir de la chair dans les romans de Fleming. Les vins fins, les bons plats, les œufs brouillés aux fines herbes… Un côté esthète et raffiné qu’on retrouvait chez Roger Moore”, décrit l’expert.

Enfin si la touche d’humour british n’est pas absente de Mourir peut attendre, c’est plutôt de géniaux nouveaux personnages qu’elle vient, à l’image d’Ana de Armas en Paloma, espionne de la CIA à Cuba pas si ingénue que ça, ou de Lashana Lynch en agent Nomi, nouvelle détentrice du matricule 007 au MI-6, bien décidée à rappeler à son prédécesseur qu’il est dépassé. 

“C’est vrai que depuis l’ère Craig, on n’est pas dans un humour à tous crins. On a un humour plus froid, qui correspond à son personnage. Au contraire dans les ouvrages, Bond est toujours dans le ping-pong verbal, avec son ami Felix Leiter, avec les femmes, mais aussi avec ses adversaires. Il aime ses petits uppercuts verbaux parce qu’il sait qu’il peut provoquer et déstabiliser ses ennemis comme cela”, rappelle Guillaume Evin.

En quinze ans de service qui s’achèvent avec Mourir peut attendre, Daniel Craig aura “apporté de sa personnalité, mais aussi pris du héros ‘flemingien’” comme tous les autres interprètes avant lui, tandis que les scénaristes eux aussi grossissent, lissent ou gomment quantités d’éléments du complexe héros créé en 1963 pour coller aux époques qu’il traverse. 

Et dès que le nom du ou de la successeur de Daniel Craig pour endosser le costume de James Bond sera connu, l’éternel jeu des ressemblances et des différences reprendra de plus belle. 

HuffPost