[Cinéma] La Veronica, de Leonardo Medel, portrait d’une jeunesse narcissique et connectée

Nous recensions, en juin dernier, le long-métrage suédois de Magnus von Horn, Sweat, sur une youtubeuse polonaise rendue célèbre par ses vidéos de fitness et de coaching sportif. Un film qui ne manquait pas de compassion à l’égard de ces gourous névrosés du Net, confrontés au vide profond de leur existence, et que produit en série la modernité.

Moins empathique, résolument caustique, La Veronica, du réalisateur chilien Leonardo Medel, aborde peu ou prou le même phénomène de société. Le film suit une femme de footballeur omniprésente sur les réseaux sociaux, une sorte de Victoria Beckham hyper-connectée, saoulée d’elle-même, qui, en passe de voir publier en librairie sa biographie et de devenir la nouvelle égérie d’une grande marque, fait l’objet d’une enquête concernant le décès suspect de son premier bébé…

Le cinéaste dissèque alors avec une ironie mordante la psyché de cette instagrameuse égocentrique, cyclothymique et vénale, dépendante de sa propre image et incapable de se comporter deux secondes en adulte. Nonchalante, capricieuse, Veronica (Mariana Di Girolamo, impeccable) passe ses journées sur la console de jeux ou au bord de la piscine, entourée d’une petite cour de suiveuses, manipule à loisir son entourage pour quelques « likes » de plus sur Internet, cache sa prolo de mère dont elle a manifestement honte, use avec son mari de chantage affectif après l’avoir sciemment poussé dans les bras d’autres femmes, et se débarrasse, sous le coup de l’émotion, de ce bébé qui la gêne tant il fait obstacle à son épanouissement personnel…

Portrait acerbe d’une jeunesse occidentale de plus en plus individualiste, calculatrice et décadente, pourrie par le désir maladif de reconnaissance sociale et refusant net d’assumer ses responsabilités – ses géniteurs comme sa progéniture –, La Veronica est un bon film défouloir. Trop impitoyable, sans doute, pour ne pas basculer dans la superficialité qu’il dénonce – un piège qu’avait su éviter Magnus von Horn avec Sweat –, le film repose néanmoins sur un dispositif original de mise en scène : Veronica est filmée de face du début à la fin, attestant la volonté du cinéaste de nous gaver de sa personne, de son image et de ses prétentions narcissiques. Un choix de cadrage qui ne laisse aucune place à l’empathie et réduit le personnage principal à une vulgaire marionnette – une tête à claques.

Dans ses dernières secondes, le générique de fin se veut rassurant, nous montre que malgré tout, ces stars du Net, fausses valeurs de notre époque, ne sont qu’éphémères, leur cote de popularité étant vouée un jour ou l’autre à décliner. Comme quoi demeure une forme de justice.

3 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi

Boulevard Voltaire