Cinéma : « Les Grands Voisins, la cité rêvée » des bobos parisiens

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Maël, artiste sans papier, Adrien, luthier musicien et d’autres résidents venus de tous horizons, s’organisent pour donner naissance à une utopie moderne en plein cœur de Paris, un village solidaire de près de 2000 personnes : Les Grands Voisins.

À travers leurs trajectoires et celles des membres fondateurs du lieu, le film interroge notre désir et notre capacité à inventer d’autres manières de vivre ensemble. Que retiendrons-nous de cette expérience collective ? Pourra-t-elle perdurer, essaimer, résonner ailleurs ?

Le réalisateur Bastien Simon a filmé pendant deux ans la première phase des Grands Voisins. Ce projet d’occupation temporaire, mené sur le site de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul (Paris 14e), se caractérise par la mixité des usages (hébergement d’urgence, artisanat, restauration…) et des publics (réfugiés, personnes en grande précarité, créateurs…).

Comment avez-vous découvert les Grands Voisins ?

Grâce à un ami qui m’a dit qu’un lieu avec des espaces disponibles se libérait pour monter des ateliers. J’y suis arrivé fin septembre 2015. Le 20 octobre, il ouvrait au public et, trois semaines après, avaient lieu les attentats du 13 Novembre… Tout de suite, cela a été très fort : les occupants ont proposé de manger et de se recueillir ensemble.

C’est la raison pour laquelle la première partie du film peut paraître un peu décousue, même si elle reflète bien l’état d’esprit dans lequel nous étions tous à ce moment-là où tout était à inventer – avec ce côté très énergique, très dense, où tout le monde était dans l’action, dans une espèce de folie.

Qu’aviez-vous envie de transmettre de l’expérience des Grands Voisins ?

Je voulais à la fois rendre compte de l’énergie de cet endroit – c’est pour ça que j’ai choisi de filmer de façon un peu brute, caméra à l’épaule –, et montrer la vie en semaine, très différente de l’image que le public extérieur pouvait en avoir, celle d’un endroit un peu pour bobos, où on vient boire des coups et où on se sent bien. Les coulisses m’intéressaient davantage.

Chaque mois je poserai ma caméra sur le site des Grands Voisins, captant ici et là des bribes de paroles, de vies, de gestes, des visages ou encore des attitudes. En tant que voisin et résident sur le site, ces différentes plongées filmées présenteront les entrailles d’un monde marginal en plein cœur de Paris, un “village” qui se construit à une vitesse fulgurante.

C’est un film sur le temps où les règles sont différentes du monde extérieur. Ici, réfugiés, sans abri et personnes en réinsertion, côtoient des artisans, des artistes et des entrepreneurs. Cette mixité est à l’image de demain, d’un monde pluridisciplinaire et multiculturel où les enjeux écologiques sont eux aussi représentés. Ces petits films donneront la parole à ceux qui ne l’ont pas et révèleront des fragments d’histoires personnelles drôles et touchantes.

“L’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Quatre hectares entre Port-Royal et Denfert-Rochereau dans le 14e arrondissement de Paris. Vous le connaissez sûrement si vous habitez dans le quartier. Peut-être y êtes-vous nés ? C’était une des plus grandes maternité de Paris il y a quelques années.

Depuis 2012, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris a confié l’ensemble du site à l’association Aurore, spécialisée dans l’hébergement d’urgence et l’accueil de personnes vulnérables. Le site entier est en cours d’acquisition par la Ville de Paris pour y développer un nouveau quartier de ville, avec la création de 600 logements. Les travaux du projet urbain ne commenceront qu’en 2017. Aujourd’hui, l’enjeu est d’utiliser le temps de vacance de ce site extraordinaire, de réussir une occupation temporaire qui propose ou suscite des usages audacieux et généreux.

Depuis août, l’équipe de Yes We Camp est sur place avec la volonté de favoriser les rencontres entre tous les résidents du site, et aussi, d’assurer le grand défi d’une ouverture au public. Ce que nous avons nommé les Grands Voisins, c’est l’ambition d’offrir un espace-temps de cohabitation et d’interaction entre des publics diversifiés. Nous souhaitons activer temporairement un lieu du quotidien propice à la promenade, au bien-être, à la rencontre et à l’apprentissage pour tous.”

Adrien est l’un des personnages principaux de votre documentaire, comme Maël, artiste sans papier, ou William, le directeur du site : comment les avez-vous choisis ?

Cela a été un long processus. On m’a présenté Maël assez vite et cela s’est fait naturellement : il a un côté beau parleur, il représentait la parole des foyers. Pour Adrien, qui est assez réservé, j’ai dû aller un peu à la pêche. William [de l’association Aurore, ndlr] représentait le côté plus politique.

À travers lui on aborde les complexités engendrées par la gestion un tel site : le lien entre les personnes hébergées, celles disposant d’un espace de travail, et le public extérieur, qui ne sait pas forcément que l’endroit fait de l’hébergement d’urgence. Mais aussi la difficulté de faire vivre la démocratie dans un lieu pareil.

Il était impressionnant de voir avec quelle force de caractère et quelle bienveillance William dirigeait le site. J’ai rencontré des gens qui avaient vraiment le cœur sur la main et n’attendaient rien en retour. Ils croyaient en un idéal dans un monde compliqué, exécrable, où l’humain passe souvent au second plan. Je dis souvent que je suis un pessimiste dans l’âme mais un optimiste dans l’action : l’énergie déployée aux Grands Voisins, c’était ça : pour du mieux et du beau entre tous.

J’ai d’ailleurs appelé le film La Cité rêvée, parce qu’il montrait l’amorce d’une cité qui me convenait à ce moment, avec ses défauts. C’est vrai que l’on était parfois rattrapé par une réalité sociale violente, et si le film l’aborde par petites touches, il y avait cependant cette nécessité de montrer du positif.

Télérama

Les Grands Voisins

4 Commentaires

  1. Comme par hasard un des camarades meneurs à une gueule de commissaire politique des grandes années avec un zeste de négligence vestimentaire soixante-huitard.

  2. ” se caractérise par la mixité des usages (hébergement d’urgence, artisanat, restauration…) et des publics (réfugiés, personnes en grande précarité, créateurs…).”

    ça fait envie……….

  3. Exécration. Empilement caricatural de faux “rêveurs”, mais réel parasites sociaux. Leur petite communauté multikul-gauchiasse est un modèle de “free rider” chimiquement pur : profiter des efforts des autres afin de tirer de cette discipline collective un avantage indu personnel en s’affranchissant des règles communes.

    Leur village magique, agrégat de puelapisse et de crasseux goguenards, ne peut exister qu’en vertu de la civilisation technique et libérale sur laquelle il prospère, à la manière d’un furoncle sur un corps sain : immeubles en dur, électricité, chauffage, eau potable, routes, téléphones mobiles, semences à disposition chez les revendeurs locaux ou sur internet, etc.

    Bref, toute la panoplie de fils de putes gauchiasses qui t’expliquent avec un air grave et important ce qu’est la vie, tout en pétant dans le chanvre alternatif avec leurs petits culs de récessifs en peau de couille, ivres d’eux-mêmes et de leur autonomie factice.

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