Cinéma : “Simone, le voyage du siècle”, un nouveau biopic “affligeant, faux, dégueulasse, ostentatoire, abject, médiocre, réalisé par Olivier Dahan, le chef des goitres en latex et profanateur de tombes” (Les Inrocks)

Olivier Dahan commet un nouveau film sentencieux et pompier qui ressemble davantage à un clip qu’à du cinéma. Avant que la projection ne démarre, un entretien d’une dizaine de minutes avec les deux interprètes de Simone Veil (Rebecca Marder pour les jeunes années, Elsa Zylberstein pour la suite), face caméra, s’impose à nous comme un préprogramme destiné à nous vendre ce que nous allons voir.

Mais voir quoi, au juste ? “Voir des gens plus grands que nous en plus grand que nous”, telle est la définition faisandée du biopic qu’on nous promet. Après le “mariage du siècle” et son impayable portrait de Grace Kelly, Olivier Dahan nous impose cette fois le “voyage du siècle” de Simone Veil. Mais que lui a donc fait ce siècle ? Ses icônes féminines sont toujours prêtes à courir dans les couloirs, tapant les murs de leurs paumes, à suffoquer dans de longues poursuites outrancières en steadycam.

Un biopic sans substance

Après la mise en scène affligeante de la musique (La Môme), celle encore plus désastreuse d’une princesse actrice (Grace de Monaco), le cinéaste nous inflige cette fois la misère cinématographique de la politique, toujours avec ses figures momifiées à qui on file le tournis. Si la loi Veil est réglée en dix minutes d’introduction, c’est que, comme avec Piaf et son Milord, l’IVG reste l’un des hits les plus populaires de la ministre, ce avec quoi il faut attaquer pour bien chauffer son public. Ensuite, on déroule le programme d’un biopic vidé de toute substance, récupérant les plus grands slogans, les plus grands moments, dans une compile de vie XXL sur fond de piano maussade.

Tout est désespérément navrant, absolument tout. Les dopés, les prisonniers, les malades du Sida, la jeunesse de 68, tout sonne faux. Mais un faux dégueulasse, ostentatoire. Il y a une abjection dans cette médiocrité. Sans aucune incarnation, les fantoches pathétiques sont exhibés dans un théâtre toc et fatigué. Le film ne croit en rien, fait du petit commerce de ses maximes, sans chair et sans image. Olivier Dahan serait finalement notre cinéaste de films de zombies le plus terrifiant, grand maestro des reliquats, chef des goitres en latex et profanateur de tombes.

Une vision insoutenable

Dépérir devant une abominable croûte n’est jamais agréable, mais le problème est plus profond quand, à la gêne occasionnée, s’ajoute une troublante cruauté : le film s’éternise dans son dernier tiers avec une représentation pubarde d’Auschwitz. Ivre de fondus enchaînés type Lancôme, le film s’achève ainsi comme il s’est ouvert, dans la plus terrible angoisse, celle d’une marionnette Guignol de Simone Veil qui nous ânonne ses sentences.

Il est insoutenable de voir à quel point le film, pourtant portrait de l’éloquence, se soucie aussi peu du dialogue, du sens des mots, de leur intensité et de leur rythme.

Simone, le voyage du siècle d’Olivier Dahan, avec Elsa Zylberstein et Rebecca Marder. En salles le 12 octobre.

Les Inrocks