Cinéma : « “Soul”, c’est Aristote, Nietzsche et Kierkegaard avec des personnages de cartoon »

Soul devait être un raz-de-marée de Noël dans les salles, mais une pandémie en a décidé autrement, le transformant en produit d’appel pour Disney+. Preuve de la nouvelle politique de Disney qui n’hésite pas à faire la nique aux salles de cinéma et, pour imposer sa plateforme de SVOD, à lui réserver en exclusivité un de ses événements. Le nouveau film de Pete Docter est-il l’évènement attendu ? 

Énième film de Pixar à nous parler de la mort, de la nécessité des adieux et de l’abandon, Soul arrive deux ans après le renvoi de John Lasseter, chef d’orchestre et créateur du studio, écarté dans le sillage de MeToo, suite à de nombreuses accusations de harcèlement sexuel au sein de l’entreprise. Lasseter était connu pour avoir installé au sein de Pixar et entre ses metteurs en scène un système d’émulation créative réputé. On se demande si la firme à la lampe est encore capable de transcender son propre programme. 

Cette technicité ahurissante souffre malheureusement d’une direction artistique nettement moins inspirée. De la galerie des âmes aux airs de glaviots sucrés, en passant par un monde réel qui peine à sortir de la représentation désormais générique de la ville, Soul est un miracle technique qui manque cruellement… d’âme.  […]

Une nouvelle fois, l’impression d’assister à un requiem imparfait prédomine, comme si cette équipe naguère géniale ne pouvait plus qu’observer, de loin, sa propre dissolution dans l’empire Disney, et nous encourager à lui faire ses adieux. Une mise en perspective qui touche, passionne, mais témoigne aussi de profondes imperfections de cet ambitieux projet. 

Et plus généralement, malgré la malice de ses idées, les trouvailles qui se succèdent manquent toutes d’aboutissement […] La profondeur des thématiques se heurte à la rapidité de l’exécution, au grand-écart kamikaze d’un projet qui veut bouleverser les grands et éveiller les petits, tout en s’ouvrant sur la mort de son héros. Un point de départ assez affolant, qui sera finalement miné par un discours tristement convenu sur l’existence et l’inspiration, invraisemblablement contredit par un épilogue qui n’assume soudain plus la dimension funèbre et tragique de son récit. […]