Cinéma : “Sur les traces de John Ware”, l’emblématique cowboy noir installé au Canada à la fin du XIXe siècle, en dépit du racisme

En septembre 1882, un groupe de cowboys américains, accompagnés de leurs troupeaux, traversent la frontière canadienne pour arriver en Alberta, en provenance du Texas. Une tempête de neige se lève, et le groupe de cowboys se réfugie dans un ranch. Mais John Ware manque à l’appel. Quelques jours plus tard, après être parti à sa recherche parmi les carcasses de vaches décédées, on le retrouva, occupé à se chauffer les mains au-dessus d’un feu, après avoir mis son troupeau à l’abri.

John Ware est un cowboy et un éleveur noir, né esclave aux États-Unis, libéré puis ayant immigré au Canada. Considéré comme un pionnier héroïque de l’Alberta, il a donné son nom, dans le Sud albertain, à une école, à un bâtiment d’un institut technologique, à deux ruisseaux et à un sentier de montagne. On a dit de lui qu’il était d’une force surhumaine et qu’il était apprécié de tous.

Un héritage au regard du racisme

Pourtant, l’essentiel de ce que l’on sait de la vie de John Ware provient d’un livre écrit dans les années 1960 par Grant MacEwan, l’ancien lieutenant-gouverneur de l’Alberta, sous le titre : John Ware’s Cow Country.

La réalisatrice Cheryl Foggo, également originaire de Calgary, a voulu corriger la légende de John Ware et partir à la rencontre de cet homme, héros méconnu des Prairies, digne représentant de la communauté noire qui a participé à la fondation de l’ouest du Canada. Son documentaire, Sur les traces de John Ware, prendra l’affiche sur le site de l’ONF, le 8 février. Il est inspiré à la fois de son admiration pour cet homme et de son amour du pays.

« Il y avait beaucoup de cowboys noirs dans l’Ouest, mais on ne le savait pas », dit celle qui adorait monter des chevaux lorsqu’elle était enfant, mais qui ne retrouvait dans la culture que des représentations de cowboys blancs.

C’est à l’occasion d’une exposition au musée local de Glenbow que Cheryl Foggo et son frère découvrent l’histoire de John Ware.

Celle-ci fait d’autant plus vibrer la réalisatrice qu’elle-même vient d’une lignée d’Afro-Américains venus s’installer au Canada autour de 1910 pour fuir la haine qui sévissait envers eux dans le sud des États-Unis.

On a d’ailleurs longtemps officiellement considéré le Canada comme étant un pays exempt de racisme, en comparaison avec les États-Unis. Mais il convient de réviser ce lieu commun largement diffusé, relève-t-elle. Au tournant du XXe siècle, des pétitions circulaient pour empêcher la migration des Noirs au Canada, comme en témoignent des coupures de journaux d’époque. En 1911, un projet de loi fédéral circule, visant à interdire l’immigration noire au pays, sous prétexte que « la race noire […] est considérée comme inadaptée au climat et aux exigences du Canada », comme le précise l’encyclopédie canadienne. John Ware lui-même, tout héros respecté qu’il était, s’en est un jour pris à un serveur du Royal Hotel de Calgary, qui refusait de le servir.

Vraies origines

Cheryl Foggo part également à la recherche des origines de John Ware, qui demeurent mystérieuses. L’homme a inscrit venir du Tennessee sur son contrat de mariage. Or, au moment de leur remise en liberté, les anciens esclaves prenaient souvent le nom de leur maître, ou d’un ancien maître plus apprécié, comme nom de famille. Certains se forgeaient même un nom complètement nouveau.

Comment alors découvrir les vraies origines de John Ware pour en parfaire la biographie ? C’est une tâche à laquelle Cheryl Foggo continue de se consacrer, notamment en tentant de collecter de l’ADN de l’homme sur les lieux où il a vécu.

Dans son livre sur John Ware, Grant MacEwan faisait naître celui-ci en Caroline du Sud. Mais Cheryl Foggo met en doute cette affirmation, en se basant sur ses propres recherches.

Elle tente, dit-elle, d’écrire l’histoire de John Ware telle que celui-ci aurait voulu qu’elle soit contée.

L’ONF propose par ailleurs toute une série de films à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, dont le très beau Kenbe La : jusqu’à la victoire, de Will Prosper, ainsi qu’une sélection d’œuvres sur le sujet réalisées au cours des dernières années.

3 thoughts on “Cinéma : “Sur les traces de John Ware”, l’emblématique cowboy noir installé au Canada à la fin du XIXe siècle, en dépit du racisme

  • Avatar

    C’est fou le nombre de grimoires que les marxistes-progressistes sont obligés d’exhumer compulsivement pour faire coller l’Histoire au narratif qui les obsède. C’est vrai qu’il devait être sympathique ce John Ware, sauf que les Blancs lui préféreront toujours John Wayne, également sympathique.

    • Avatar

      C’est peut-être même une erreur de traduction, étant donné que John Ware se prononce un peu comme Joe Nwar, à la française. ^^

      • Avatar

        Haha c’est juste.

Commentaires fermés.