Cinéma : « The Last Tree », portrait d’un jeune garçon d’origine nigériane en quête d’identité au Royaume-Uni

L’Angleterre des années 1990, quelque part dans la paisible campagne du Lincolnshire. Femi, un jeune garçon noir d’origine nigériane, mène une existence heureuse dans sa famille d’accueil et auprès de sa mère de substitution : Mary, une femme dévouée qui veille à son éducation. En compagnie de ses copains blancs, Femi joue au foot, sa grande passion, et s’épanouit au sein d’une confrérie de gosses baptisée « Le Clan des loups » où il s’adonne à d’innocentes distractions.

Parfaitement intégré dans cette communauté où le racisme n’a pas droit de cité, Femi voit ses repères s’effondrer quand sa mère biologique réapparaît dans son paysage et l’emmène à Londres. Avec cette femme mal aimante, autoritaire et attachée à des traditions nigérianes obscures à ses yeux, Femi emménage dans une cité défavorisée de la capitale anglaise. Un changement d’univers qui le bouscule en profondeur. Dans son collège comme dans les rues mal famées de son quartier, Femi découvre la violence sociale, les crispations communautaires et regrette amèrement d’avoir dû abandonner les aimables contrées du Lincolnshire.

Choc des cultures

Pour son second film après « A Moving Image », une fiction sur le quartier de Brixton, le « berceau » de la communauté jamaïcaine de Londres, le cinéaste britannique Shola Amoo flirte avec l’autobiographie dans « The Last Tree », un film qui s’inspire de sa jeunesse tumultueuse et qui fut chaleureusement applaudi en 2019 au Festival de Sundance. Bonne nouvelle : l’autobiographie, ici, ne rime jamais avec complaisance et autoapitoiement.

Divisé en trois parties et balisé par des ellipses audacieuses, « The Last Tree » décrit sur plusieurs années le parcours initiatique accidenté de Femi, un enfant, puis un adolescent en quête d’identité qui, une fois exilé à Londres, malgré la bonne volonté d’un professeur qui se prend d’amitié pour lui, ne se reconnaît dans aucun des modèles qui lui sont proposés. Ni dans les injonctions des caïds de son quartier qui cherchent à l’entraîner dans des mauvais coups et à le convaincre de ne communiquer que par la violence avec les « oppresseurs » blancs. Ni dans les référents culturels que cherche à lui imposer sa mère, lui qui, jusqu’à la dernière partie du film, ignore tout de ses origines nigérianes et de la personnalité de son père resté au pays.

Boys Don’t Cry

Malgré quelques afféteries esthétisantes qui nuisent parfois à l’efficacité du film, Shola Amoo entraîne le spectateur dans une histoire émouvante qui évite à chaque instant les clichés et les grands discours si souvent de mise dans ce genre de récit sur l’intégration. En dressant le portrait ambigu de Femi, ce garçon sensible qui, un temps, croit trouver une âme sœur en la personne de Tope, une fille de son âge qui, comme lui, préfère écouter les mélodies mélancoliques de The Cure plutôt que les couplets belliqueux des groupes de rap encensés par leurs contemporains, le cinéaste met en scène avec une belle inspiration les contradictions de son héros indécis et celles de l’Angleterre du début de siècle.

Remarquablement interprété par ses acteurs, en premier lieu par Sam Adewunmi, une révélation dans le rôle de Femi, « The Last Tree », par instants, rappelle certains épisodes de la saga « Small Axe » : la magistrale série de cinq longs-métrages redevable à Steve McQueen qui évoque la communauté noire anglaise entre les années 1960 et 1980 (disponible sur la plateforme Salto). Avec son inspiration scénaristique et son refus de se conformer aux schémas de la fiction communautaire, Shola Amoo révèle un authentique talent de cinéaste qui rend inévitablement curieux de ses fictions à venir.