Cinéma : « The Nightingale », le racisme contre les populations aborigènes de Tasmanie exposé dans toute sa crudité

Réalisé par Jennifer Kent, ce film australien inédit en France et primé à la Mostra de Venise sort en vidéo après trois ans de purgatoire. Tourné en 2017 et présenté en avant-première mondiale à la Mostra de Venise, en 2018, où il a reçu le prix spécial du jury décerné par le président du festival, Guillermo del Toro, The Nightingale, qui sort en DVD et Blu-ray, risque de provoquer un électrochoc.

Il faut dire que ce film a suscité aussi des réactions très violentes lors de sa projection de presse sur le Lido au cours de laquelle certains critiques ont été pris de malaise devant sa brutalité inouïe. Pendant près de deux heures vingt, The Nightingale malmène le spectateur avec des séquences souvent insoutenables, massacres, viols à répétition, infanticides. Responsable de ce carnage ? Une réalisatrice australienne, Jennifer Kent, qui s’attaque ici à l’une des pages les plus sombres de l’histoire de son pays : les atrocités commises au début du XIXe siècle, en Tasmanie, durant la Guerre noire contre les populations aborigènes. Un passé colonial qui a laissé sur ce continent comme une tache indélébile. […]

À travers le personnage de Billy, la cinéaste relate surtout le drame des aborigènes de Tasmanie, expulsés de leur terre natale et réduits en esclavage dans une Australie sous domination anglaise. Cette population indigène a été en grande partie anéantie par les colons et les maladies européennes contre lesquelles elle n’était pas immunisée. Dans le sillage du chef-d’œuvre néo-zélandais Utu (1983) qui montrait, lui, le massacre des Maoris par les Britanniques, The Nightingale décrit les conditions de vie désastreuses des autochtones, asservis, pendus aux arbres ou décimés par les tuniques rouges. Taxées de complaisantes par certains, les scènes de sadisme et de violence du film sont inhérentes au sujet et indispensables à la démonstration. […]

Le Point