Classement des 1.700 communes en France où la part d’immigrés augmente le plus

Nous avons calculé l’évolution du pourcentage d’immigrés dans la population de toutes les villes, hors Île-de-France, sur 10 ans. Découvrez tous les chiffres.

En région parisienne, les immigrés représentent une personne sur cinq (19,8% en 2018) et ce pourcentage est en hausse (+2,5 points de pourcentage sur 10 ans). En province, dans les villes de plus de 5000 habitants, cette progression est moins rapide (+1,09 point) et est donc plus discrète. Pourtant, cette moyenne cache d’importantes disparités entre les communes. Certaines voient la proportion de personnes nées à l’étranger dans leur population augmenter très fortement. Pour mieux mesurer ces réalités locales, nous avons passé à la loupe les données démographiques de 1725 villes, des grandes métropoles régionales aux plus petits bourgs. Découvrez tous ces chiffres.

Les données 2008 et 2018 sont issues du recensement, publiées par l’INSEE et traitées par l’Observatoire des Territoires (Agence nationale de la cohésion des territoires).

Qui sont les immigrés dont il est question dans cet article? Il s’agit, selon la définition de l’INSEE, des personnes nées à l’étranger présentes sur le territoire français (à l’exception des personnes nées Françaises à l’étranger). Cette définition inclut donc aussi des personnes présentes en France depuis longtemps et/ou ayant été naturalisées. Sont comptabilisés tous les immigrés, légaux comme illégaux, qu’ils vivent dans des logements classiques, des structures d’accueil, des lieux de privation de liberté ou encore dans des habitats démontables (sans-abri).

Selon l’INSEE, à l’échelle nationale, la majorité des nouvelles installations en France en 2020 concernaient des personnes nées au Maroc (9,5 %), en Algérie (7,1 %), en Tunisie (4,5 %) à égalité avec l’Italie (4,5 %). Ensuite on retrouve l’Espagne (3,3 %), le Royaume-Uni (3,2 %), la Chine (3,0 %) et la Roumanie (2,8 %). Puis vient la Côte d’Ivoire (2,5%) à égalité avec la Belgique.

Les chiffres-clés

En moyenne, dans toutes les villes de province de notre panel (5000 habitants et plus), les immigrés représentent 7,59% de la population. C’est moins que la moyenne nationale (9,7%), qui est tirée par l’Île de France (19,8%).

Cette proportion est en progression sur 10 ans autant au plan national (+1,3 point), qu’en Île-de-France (+2,5 points). En province, dans les villes de plus de 5000 habitants, l’immigration est en hausse de 1,09 point. Dans le détail, hors Île-de-France, c’est dans les grandes métropoles (+2,84) ou les villes moyennes (2,24) que cette progression est la plus forte. La part des immigrés progresse aussi, mais à un rythme moins élevé, dans les petites villes (+0,8 point).

Quelles sont les raisons des plus fortes hausses?

Il existe autant d’explications différentes que de villes. Il est impossible d’être exhaustif, néanmoins, on peut relever un certain nombre de facteurs qui reviennent le plus souvent.

La proximité des frontières de la Suisse, du Luxembourg, de Monaco

De très nombreuses villes où l’immigration a le plus augmenté sont situées sur la frontière avec des pays où le coût de la vie est bien plus élevé qu’en France. C’est le cas dans la catégorie «villes moyennes» de Saint-Louis (68), d’Annemasse (74), à la frontière Suisse, et pour les «petites villes» de Villerupt (54), d’Audun-le-Tiche (57) ou de Longwy (54) situées face au Luxembourg. Pour ces cas-là, il s’agit surtout de familles portugaises, qui travaillent dans le Grand-Duché dans le bâtiment ou les services. Leurs salaires sont relativement faibles pour vivre au Luxembourg mais très confortables pour la France.

Viennent ensuite Huningue (68), Gaillard (74), Ambilly (74) et Ferney-Voltaire (01) également limitrophes de la Suisse. Il s’agit soit de Suisses qui viennent vivre en France, attirés par le coût de la vie, soit d’immigrés venus en particulier des Balkans qui travaillent de l’autre côté de la frontière.

On retrouve le même principe avec la frontière monégasque. Si la population entière de Monaco ne dépasse pas les 40.000 habitants, la principauté accueille plus de 53.000 salariés du secteur privé. Ces personnes n’ayant pas toujours les capacités de se loger à 50.000 euros du m2 vivent donc tout proche à Menton ou encore Roquebrune-Cap-Martin (06).

L’immigration illégale

Les défis que posent les «campements» de migrants illégaux à Grande-Synthe (59) et Calais (62) sont bien connus. «Il y a eu indéniablement une augmentation du nombre d’immigrés présents à Calais selon les statistiques. Sans doute aurait-il été plus important en 2016 avant le démantèlement de lande de Calais qui a compté à certains moments plus de 8000 personnes pour une ville de plus de 72.000 habitants», explique Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. «La pression sur Calais et le Calaisis est liée à sa situation géographique. L’aspiration à aller vers l’Angleterre coûte que coûte malgré les risques que les autorités ne cessent de souligner, explique cette progression», poursuit-il.

Les emplois dans l’agriculture

Un certain nombre de communes agricoles – maraîchères ou viticoles – sont citées parmi les villes où l’immigration augmente le plus. C’est le cas de Moissac (82), à Libourne (33), ou à Tarascon (13). Dans cette ville, où le RN réalise de gros scores, il y a eu par le passé une immigration venue des pays du Maghreb, mais il y a aussi désormais une immigration équatorienne qui vient travailler dans le maraîchage. Elle représente près de 1500 personnes, soit 10% de la population. «A priori pour la cueillette ça devrait être que des immigrés temporaires mais dans la pratique un certain nombre d’employés reste après la saison», pointe Gérard-François Dumont, professeur de géographie-démographie à la Sorbonne, président de la revue population et avenir.

De grands entreprises qui emploient à l’international

À Blagnac, on peut observer le poids d’Airbus et de toute la filière aéronautique avec ses emplois qualifiés internationaux. C’est aussi le cas à Manosque (04) avec la proximité du chantier du projet Iter, qui vise à produire de l’énergie à partir de la fusion nucléaire. La construction a commencé dans des communes limitrophes au Sud de la ville en 2008. En 2014, 1500 employés de 35 nationalités collaboraient. Ils se sont progressivement installés avec leurs familles si bien qu’une école internationale accueille désormais 880 élèves de 32 nationalités différentes.

Une mondialisation de l’immigration

Les chiffres d’autres communes peuvent être expliqués par un phénomène de «mondialisation des flux migratoires», selon Gérard-François Dumont. C’est une «immigration extrêmement variée», même si les chiffres de l’INSEE ne précisent pas le détail par commune des nationalités les plus représentées. «À partir du moment où des membres d’une communauté s’installent quelque part, ils jouent le rôle de guichet d’accueil pour d’autres personnes de la même origine», souligne le chercheur. Selon lui, ce phénomène est particulièrement à l’œuvre dans des villes présentent dans nos classements comme Cenon et Bègles (33), près de Bordeaux, Soissons (02), Vernon (27), tout comme Soissons (02) ou Fleury-les-Aubrais (45), «où il y a une grosse communauté maghrébine». «L’immigration crée l’immigration», résume le professeur de démographie.

C’est le cas aussi de Metz, la première des grandes agglomérations. Mais pour ce cas précis, le chercheur y voit aussi la conjonction d’un autre facteur. «Certains immigrants originaires du Maghreb qui vivaient dans de petites communes de Lorraine touchées par la désindustrialisation, faute d’emploi, ont pu déménager considérant qu’il y avait plus d’opportunités dans la grande ville ».

La politique accueillante de pouvoirs publics locaux

«Rennes, Nantes, des zones où il y avait traditionnellement peu d’immigration sont désormais au-dessus de la moyenne nationale», note Gérard-François Dumont. Le professeur à la Sorbonne y voit une preuve que «la politique de certaines collectivités locales a pu créer par endroits un appel d’air».

«L’objectif des politiques publiques, des cours de langue, des orientations vers des formations dans les métiers en tension devrait se concentrer sur les étrangers qui ont un droit au séjour», estime Didier Leschi. «Favoriser le maintien sur le territoire de personnes qui ne peuvent bénéficier de l’asile ou qui sont arrivées par des voies illégales obère, aux yeux de beaucoup de nos concitoyens, l’appréciation qu’ils ont de l’immigration. Parfois, le terme «migrant» devient un mot-valise qui ne permet plus de distinguer les situations juridiques. Il peut générer des élans d’hospitalités à mauvais escient, aux dépens de ceux qui sont en situation régulière, qui facilitent les effets de concentration aux dépens de la civilité collective et de l’ordre public. Il est de notre responsabilité collective de l’éviter», poursuit l’auteur de «L’immigration en face» (Gallimard).

Le Figaro