Cleon Peterson : L’artiste contemporain qui décrit la violence du noir sur le blanc

Cleon Peterson est devenu l’un des artistes actuels dont le travail est le plus reconnaissable. Sa capacité à représenter des scènes de violence avec des scènes d’agression et de soumission fascinantes et troublantes l’a mené très haut dans la scène artistique contemporaine… Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

Il est impossible de ne pas ressentir une attirance immédiate pour le travail de Cleon Peterson… Tout comme il est hautement improbable que vous ne ressentiez pas un certain vertige de rejet qui vous pousserait à en détourner le regard. Mais vous ne le détournerez pas.

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Tout comme ne le détournent pas tous ceux qui cherchent, dans l’œuvre de cet artiste, un sous-titre qui parle de la violence terroriste du Moyen-Orient sur l’Occident. Cela n’aide pas que, dans beaucoup de peintures de Peterson, les figures qui exercent la violence soient toujours noires alors que celles qui la reçoivent sont blanches (quelque chose que l’artiste a tiré au sort dans une de ses séries avec des agresseurs militarisés qui brandissent même le drapeau des USA).

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Mais ici, que chacun comprenne ce qu’il veut : si vous voulez faire une lecture sur le terrorisme, faites-le, si vous voulez voir la lutte éternelle entre le ying et le yang, vous la verrez, si vous avez l’intention de transformer la dichotomie classique entre la lumière et l’obscurité, vous pouvez également le faire.

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Vous devriez cependant y ajouter tout un ensemble de références qui l’éloignent de cette actualité forcée sur le terrorisme et qui ramènent ses peintures dans les frises sculpturales gréco-romaines illustrant des scènes de guerre ou la sombre et troublante époque de Goya. Clairement, Cleon Peterson ne nous parle pas seulement du présent : il nous parle également du passé et, plus que probablement, de l’avenir. Et c’est ce qui a fait de son travail une voix étrange mais éloquente de l’art contemporain.

Né à Seattle en 1973, Cleon Peterson grandit au sein d’une famille qui mène une vie de bohème. Gravement asthmatique, il se plonge dans le dessin lors de ses longues hospitalisations puis traine dans la rue avec son frère, le photographe Leigh Ledare.

Enfants terribles, ils sont surnommés « Les Rats de l’Avenue ». Une jeunesse mouvementée et toxicomane à NYC en a fait le témoin du désordre humain qu’il dépeint aujourd’hui, un fantasme graphique épuré poussant au paroxysme la tension qui se joue au quotidien dans les territoires de pauvreté et de violence urbaine. « Je peins une réalité que tout le monde n’a pas forcément vécue mais qui existe, qui est là dehors. Il y a un genre de vie primaire qui va avec cette misère, c’est ce que j’essaie d’aborder dans mes peintures ». 

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Graphiste très réputé dans le milieu du skateboard, il intègre en 98 l’équipe californienne des assistants de Shepard Fairey après quelques passages en prison, HP et cure de désintoxication. C’est en 2009 qu’il obtient sa première exposition personnelle à Los Angeles et ne cesse de multiplier les projets depuis.

Pour sa deuxième présentation en France après la réalisation d’une fresque de 50 mètres au Palais de Tokyo en 2014, Cleon Peterson propose au Project Room de la galerie du jour agnès b. l’exposition Disappear into Midnight où des toiles conçues sur mesure pour l’espace plongeront le visiteur dans l’univers oppressant de l’artiste , « ce monde noir que chacun de nous porte en soi ».

Chorégraphie en noir et blanc du corps dans l’affrontement, cauchemar, violence physique et mentale : face au mur et sans recul, Cleon Perterson n’offre ni échappatoire, ni jugement moral sur l’état du monde en crise.