Clermont-Dessous (47) : Accusés « d’esclavagisme » par l’une de leurs salariés marocaine, les fraisiculteurs contre-attaquent

Éric Tovo, Arielle Pianegonda et Jacques Chapolard, avec les salariées marocaines

Mis en cause par une salariée marocaine soutenue par la CGT, Arielle Pianegonda et Éric Tovo, soutenus par la FDSEA, ont organisé ce samedi une rencontre sur leur exploitation.

Après une visite des installations et des huit mobile-homes équipés qu’il met à disposition de ces salariées marocaines et dont on aura attesté du confort, Arielle Pianegonda et Éric Tovo ont répondu aux différentes accusations. « Trois personnes par hébergement. Elles sont arrivées le 15 avril, grâce à une convention que la FNSEA a passée avec le Maroc. Nous employons des Polonaises, qui sont reparties, nous avons des permanents. Les horaires de travail sont les mêmes pour tous. De 7 heures à midi et de 13 heures à 16 ou 17 heures en saison haute.

On travaille le samedi matin. Pas le dimanche. Pour les faire venir, on a payé les billets d’avion, les formalités administratives et sanitaires liées au Covid. Nous avons 6.000 euros bloqués en avoir chez Air Arabia suite à l’annulation de leur vol initial. Il a fallu racheter des billets derrière. Et c’est bien à cause de la pandémie qu’elles ne sont pas sorties de l’exploitation pendant le confinement. Si l’une d’elles avait été contaminée, tout aurait été foutu. Les contraintes levées, elles sortent quand elles veulent, vont à Agen, visitent, sont invités chez Aziza, notre salariée qui les a recrutées. Certaines sont même allées au Stelsia. »

« De la manipulation »

Et les agriculteurs de rappeler l’ambiance joyeusement festive de la soirée de la fin de l’Aïd, photos et vidéos à l’appui. C’est après cette réunion, à laquelle des relations des Tayracais ont participé que la plaignante est partie. « Elle s’est bien amusée. Une voiture est venue la chercher à trois heures du matin. Elle est partie en oubliant son passeport. Nous les gardons à la demande des salariés et pour satisfaire les démarches régulières. Les passeports sont à leur disposition. Cette dame est partie parce qu’elle ne veut pas rentrer dans son pays d’origine. Nous avons signalé son départ à la gendarmerie. C’est gravissime. La CGT est victime d’une manipulation dont elle n’a pas conscience. »

À la question de savoir si elles voulaient revenir travailler sur l’exploitation l’an prochain, toutes ont envoyé des réponses affirmatives par des mouvements de bras et des sourires francs. Une réaction éloignée du calvaire décrit par l’une d’entre elles qui a pris la fuite le 21 juillet. Cette Marocaine, arrivée avec 15 autres femmes de la province de Tinghir, pour ramasser les fraises sur l’exploitation agricole d’Arielle Pianegonda et Éric Tovo à Tayrac, a dénoncé depuis ses conditions de travail.”

Elle évoque des coups réguliers, des horaires harassants, un hébergement indigne, la confiscation de ses papiers, le placement de ses salaires. Des accusations graves, révélées depuis Toulouse où elle a de la famille. Saisie localement, la CGT a transmis ce dossier à son homologue agenaise. L’union locale parle d’esclavagisme et organise demain, dimanche 1er août, à Puymirol, une conférence de presse en présence de l’intéressée. À la veille d’un dépôt de plainte, le syndicat assure la soutenir.

Éric Tovo se rendra aussi à Puymirol. Ce samedi 31 juillet, ce militant engagé de la cause agricole a organisé la riposte « à l’infamie, la diffamation », invitant à venir constater la réalité du quotidien de sa main-d’œuvre étrangère. Élus, agriculteurs, professionnels de la fraise, médias et Jacques Chapolard, le président de la FDSEA en Lot-et-Garonne, étaient présents. « Nous avons invité la CGT. Elle n’est pas venue », a expliqué le duo de fraisiculteurs dont l’état d’esprit tient dans cette formule : « On ne va pas en rester là. »

« Un modèle » pour la FDSEA

Au-delà de l’opprobre dont on les a couverts, c’est aussi un secteur en mal de bras, une profession, et un territoire que ces accusations salissent selon les intéressés. « Pour vendre notre marchandise, il faut être certifié. Nos acheteurs de fraises regardent le volet environnemental et social. Aucune d’elles, à part trois, ne parle une autre langue que le berbère. En France, aucune banque n’a voulu leur ouvrir de compte. On leur en a ouvert dans un établissement franco-marocain. Elles ont une carte de crédit, » a ajouté Éric Tovo avant un Jacques Chapolard abattu par ce coup porté par une organisation syndicale et le relais de son action par les médias locaux.

« La CGT attaque une exploitation sur laquelle elle n’est jamais rien venu constater. Une exploitation qui pour nous est un modèle. Cette affaire pourrait très bien avoir des conséquences sur les étrangers qui travaillent aujourd’hui », a pointé le leader syndical. 600 ouvriers marocains sont actuellement employés en Lot-et-Garonne. 600 autres sont attendus pour la prochaine campagne de pommes.

Sud-Ouest