Clermont-Ferrand (63) : Au collège Albert-Camus, les mamans allophones sont en cours quand leurs enfants vont à l’école

Au collège Albert-Camus, comme dans les autres collèges REP+ de Clermont-Ferrand, des cours de français sont ouverts aux parents allophones. Pour être capables d’accompagner la scolarité de leurs enfants, ils apprennent la langue en découvrant le système éducatif et les valeurs de la République.

Signé par les parents à la rentrée, le règlement intérieur d’un collège ou d’une école est souvent rébarbatif. Voire incompréhensible quand les familles ne maîtrisent pas le français.

Les documents utilisés dans les cours sont en lien avec la scolarité des enfants (carnet de correspondance, agenda, menu de la cantine…) ou avec les codes de la République (carte d’identité, charte de la laïcité…).

Aujourd’hui, c’est sur ce texte administratif que Souzan Adlo travaille avec son groupe d’« élèves » au collège Albert-Camus. Plusieurs mamans turques et une Kosovare qui déchiffrent la version simplifiée d’un règlement, en essayant de saisir le sens d’expressions difficiles à traduire : aide personnalisée, absence dûment motivée…


Dans le dispositif Ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants (OEPRE), les cours de français sont bien plus que des cours de langue.

On travaille sur deux autres dimensions, la connaissance du système éducatif, pour aider les parents à suivre la scolarité de leur enfant, et la citoyenneté, en se familiarisant avec les valeurs de la République. » – Sylvie Courally (Coordonnatrice de l’éducation prioritaire)

Expérimenté dès 2008 au collège Albert-Camus, le dispositif OEPRE est implanté aujourd’hui dans les trois collèges REP + de Clermont-Ferrand (Albert-Camus, Charles-Baudelaire, La Charme). En 2021, un quatrième dispositif OEPRE a été ouvert à l’école Victor-Duruy, qui compte de nombreux élèves allophones.

Dans le quartier Croix-de-Neyrat, les ateliers sont ouverts aux parents qui ont un enfant scolarisé au collège ou dans l’un des trois groupes scolaires du secteur, Philippe-Arbos, Alphonse-Daudet et Jules-Vallès.

Il y a trois groupes, d’une quinzaine de personnes et de niveaux différents. Les ateliers de deux heures ont lieu deux fois par semaine. Ils commencent en octobre et se terminent en juin, avec une attestation d’assiduité qui valide un niveau de français et valorise la volonté d’apprendre.

Pour en bénéficier pendant un an, deux au maximum, les parents doivent être complètement allophones et présents sur le territoire depuis moins de trois ans. Mais en ayant été scolarisés dans leur pays d’origine. Quand ils savent lire et écrire, ils peuvent facilement transposer leurs compétences en français.

Le critère des trois ans est le plus difficile à respecter. « On a des mères qui sont là depuis des années, mais elles ne commencent l’apprentissage du français qu’après l’entrée en maternelle de leur dernier enfant », constate Sylvie Courally.

C’est elle qui inscrit les parents volontaires, repérés par les directeurs d’école ou l’administration du collège. Des mamans le plus souvent, « parce que les maris trouvent du travail très vite et apprennent le français dans un contexte professionnel ».

C’est elle aussi qui organise des sorties, à la médiathèque ou dans un musée, et qui recrute les intervenants : pour cette année, Souzan Adlo et Svetlana Chomette, deux formatrices de l’association Sama (Service accompagnement migrant Auvergne) diplômées en français langue étrangère.

Indispensable pour chercher un emploi

Dans le groupe le plus avancé, il y a des femmes qui, pour certaines, sont en France depuis de nombreuses années. À l’image de Sebiha, arrivée de Turquie en 2006. Elle a pris des cours les premiers mois, puis elle s’est consacrée à ses quatre enfants. Depuis que le dernier va à l’école, elle a du temps pour apprendre le français, indispensable pour échanger avec les enseignants, comprendre le médecin… et chercher un emploi.

Car l’objectif professionnel n’est jamais très loin. Vjollca, kosovare, est infirmière. Arrivée il y a trois ans, elle veut apprendre le français vite, sinon elle ne pourra pas trouver du travail. Hatice, turque, est auxiliaire de vie. Elle aussi a « besoin de la langue, c’est obligé ». Sa compatriote Umran, en France depuis dix-sept ans, cherche du travail.

Pour atteindre le niveau visé (B1 selon le cadre de référence européen) en deux ans, il leur faudra du travail personnel et de la pratique.
Mais déjà, l’impact de leur engagement « se fait sentir sur les résultats scolaires de leurs enfants », souligne Sylvie Courally.

C’est démontré par la recherche et on le vérifie depuis la mise en place de l’OEPRE. Quand les parents entrent dans l’apprentissage de la langue et s’intéressent à la scolarité, c’est très valorisant pour l’enfant et il réussit mieux. » – Isabelle Vachias

La Montagne