Coke et rap : « On nous fait rarement des chèques ou des virements », ces avocats qui défendent des dealers

Leurs numéros s’échangent en prison et sur les points de deal. Des avocats se spécialisent dans la défense des trafiquants de drogue et leurs succès dans les prétoires sont encensés par les rappeurs.

En mai 2021, sur la base d’un renseignement anonyme, des policiers contrôlent le rappeur français DA Uzi et retrouvent 5 900 euros en espèces, 4 kg de résine de cannabis, une arme et des munitions à son domicile. Une affaire a priori mal embarquée pour le rappeur de 29 ans qui sera incarcéré. Mais il sera relaxé pour vices de procédure.

Naïri Zadourian, l’avocate qui vit un calvaire sur Internet pour avoir défendu le rappeur DA Uzi

« Quand j’ai vu cette nullité, je me suis dit « c’est trop beau ». La jurisprudence empêche de contrôler sur la base d’un seul appel anonyme. C’est le premier cours de procédure pénale de deuxième année de droit, j’ai pas fait de miracle », souligne l’avocate du rappeur, Me Naïri Zadourian.

Cette jeune pénaliste, qui comptait à peine six mois de barreau, connaît alors une popularité fulgurante. Son numéro va circuler auprès des dealers, au point de l’obliger à embaucher des collaborateurs. « Maître Zadourian » est même l’un des titres du dernier album de DA Uzi, sorti en 2022.

« Au tribunal, j’ai rien à craindre, j’ai maître Le Bras », rappe Booba qui fait fréquemment l’éloge de son avocat dans ses chansons. Si bien que son nom « circule à radio zonzon », reconnaît Yann Le Bras, qui défend aussi bien des trafiquants notoires que l’actrice Adèle Haenel.

La star du rap a déposé deux plaintes pour dénoncer les pratiques commerciales controversées des influenceurs, vedettes des réseaux sociaux. Il cible particulièrement Shauna Events, dirigée par la papesse de la téléréalité Magali Berdah. Celle-ci dénonce un harcèlement.

Chercher les vices

Dans les affaires de drogue, les avocats se répartissent les dossiers en fonction de « leur compétence en procédure, en audience ou à soulever les nullités ».

« Si vous passez à côté d’un vice de procédure, c’est une erreur capitale. Quand on vous attrape avec une demi-tonne de cocaïne, c’est très difficile de se défendre autrement », confie Me Tarek Koraitem, qui s’est fait connaître en défendant un dealer de cocaïne qui fournissait des stars de la télé.

Pour Me Léa Canches, « le premier réflexe est d’obliger à faire une pesée et faire tester le produit perquisitionné ». Retrouver du CBD peut faire annuler une procédure. « Le Code pénal est mal foutu », estime Me Zadourian. « Un même article condamne pour l’acquisition, le transport, la cession, l’offre et peu importe la quantité ».

Reconnu coupable de trafic et maintenu en détention pour douze mois, ce Roquefortais de 35 ans a été repéré à cause d’une livraison de cannabis par la Poste

Défendre et conseiller

« J’ai eu un gamin qui passe devant la justice avec 30 grammes et repasse trois mois après encore pour 30 grammes », ajoute l’avocate, « mais cette fois ce n’est plus dix ans qu’il risque mais vingt parce que c’est de la récidive ». « Il y a une attente colossale de la police, du juge d’instruction, du procureur, de l’opinion publique, donc il faut que des têtes tombent », abonde Me Koraitem.

Les avocats de dealers prodiguent aussi « un manuel » pour éviter la case prison. Ainsi, « on évite de donner son code de téléphone en garde à vue même si cela constitue une infraction. Il vaut mieux être condamné pour ce délit que sur ce qu’on va retrouver sur le téléphone », indique une avocate sous couvert d’anonymat.

Sud-Ouest