Collège : La future réforme de Pap Ndiaye au potentiel explosif

Dernière grande partie de la scolarité pas encore remaniée par Emmanuel Macron, le collège va faire l’objet de réflexions, a annoncé Pap Ndiaye. Au risque de provoquer des remous aussi forts que ceux suscités par les changements apportés par Najat Vallaud-Belkacem en 2015 ?

Nouveau bac et nouveau lycée, maternelle obligatoire à 3 ans, dédoublement de certaines classes en éducation prioritaire… Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a multiplié les transformations dans l’Éducation. Mais un pan de la scolarité des jeunes Français a jusque-là échappé à la course réformatrice du président : le collège. Plus pour longtemps.

À la fin d’août, Pap Ndiaye, nouveau locataire de la rue de Grenelle, a assuré vouloir mener « un travail en profondeur sur le collège » et engager « à partir de cet automne » une réflexion sur le sujet. De trop nombreux indicateurs, en mathématiques, en français et en langues vivantes, sont inquiétants, estime l’entourage du ministre. Selon des tests menés au printemps 2022, seul un élève de troisième sur deux atteint le niveau requis en anglais.

Éternel débat

Des discussions vont débuter « dans les semaines qui viennent avec les instances concernées », précise-t-on au ministère. Emmanuel Macron a plusieurs fois indiqué vouloir faire de la classe de sixième « une liaison efficace et transversale avec le primaire ». Pendant la présidentielle, il envisageait « dans les établissements les plus en difficulté, de prendre moins d’élèves par classe ou d’avoir des professeurs référents, de se donner plus de moyens pour accompagner des élèves décrocheurs ».

L’académie d’Amiens, citée rue de Grenelle, a par exemple créé des « classes de sixième tremplin ». Les élèves les plus en difficulté y bénéficient d’ateliers de français, de mathématiques et de graphie, éventuellement animés par des professeurs d’école. Dans l’entourage du ministre, on se risque à peine pour l’instant à parler d’une réforme – preuve que le sujet est sensible – mais on indique tout de même vouloir avancer sur la classe de sixième pour « la rentrée 2023 ». Pas question de se prononcer, pour le moment, sur une éventuelle refonte des programmes. La dernière avait empoisonné le quinquennat Hollande…

Deux dispositifs ont déjà été annoncés. Pour lutter contre la sédentarité, deux heures de sport supplémentaires par semaine seront expérimentées dans certains collèges. C’est également le cas de la demi-journée hebdomadaire de « d­écouverte des métiers » à partir de la cinquième, promesse de campagne qui, avant d’être généralisée, est mise en place cette année dans les établissements volontaires. Il s’agit de familiariser les élèves avec le monde professionnel, et, dans l’optique d’une autre réforme, celle du lycée pro, de renforcer les liens entre l’école et l’entreprise.

« Il est indispensable de développer les savoir-faire manuels et techniques au collège pour montrer que les voies professionnelles peuvent aussi amener à une carrière d’excellence » insiste Belkhir Belhaddad, député LREM membre de la commission des Affaires culturelles et de l’Éducation. « Les expérimentations au collège sans les professeurs de lycée professionnel ne fonctionneront pas », ajoute Pascal Vivier, secrétaire général du Snetaa-FO, syndicat de l’enseignement professionnel.

Les déclarations gouvernementales ravivent un vieux débat. « Le collège est depuis longtemps une question majeure de l’Éducation nationale, explique l’historien de l’éducation Claude Lelièvre. Cela fait un siècle qu’on se demande s’il doit être une sorte de petit lycée ou l’achèvement de la scolarité obligatoire. » De l’adoption du collège unique dans les années 1970 à la réforme de Najat Vallaud-Belkacem, qui instaurait des « enseignements pratiques inter­disciplinaires » et mettait fin (notamment) aux classes bilangues, en partie abrogée par Jean-Michel Blanquer, les transformations du collège agitent les passions. Sans qu’ait clairement été tranché son rôle, entre consolidation d’un socle commun de connaissances pour tous et préparation à l’orientation vers le lycée.

« Le collège est un nœud d’inégalités économiques et sociales », souligne Sophie Vénétitay du Snes-FSU. « L’une des difficultés du collège unique est que vous avez dans la même classe le gars qui va faire Sciences-Po et celui qui va faire un CAP boulangerie complète Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, premier syndicat des personnels de direction. L’enseignant doit pouvoir accompagner les deux. » Preuve que le pari est encore loin d’être gagné, des tests de positionnement réalisés à la rentrée 2021 mettaient en évidence des lacunes en français et en mathématiques bien plus courantes chez les élèves entrant en seconde professionnelle que chez ceux qui rejoignent le lycée général et technologique. À l’entrée du lycée professionnel, seuls trois élèves sur dix ont un niveau satisfaisant en mathématiques ! Sauf que personne n’est vraiment d’accord sur les solutions.

Éviter l’usine à gaz

L’enjeu s’était invité au cours de la campagne présidentielle. Valérie Pécresse proposait d’envoyer dans des « classes de consolidation » les élèves qui auraient échoué à un examen d’entrée en sixième, pendant qu’Éric Zemmour souhaitait créer une filière « préprofessionnelle » dès la quatrième. Une suppression du collège unique qu’évacue la Macronie. Pour mieux accompagner les élèves et éviter le décrochage, l’ex-députée LREM Anne-Christine Lang, spécialiste des questions d’éducation et ancienne conseillère de Claude Allègre, plaide en revanche pour un « système davantage calqué sur l’école primaire » avec seulement « trois ou quatre enseignants » auprès des élèves en sixième et en cinquième, plutôt qu’un professeur par discipline.

Une façon de rendre moins brutal le passage du primaire au collège et de continuer à mettre l’accent sur les « fondamentaux ». Vieille idée et fausse solution pour Sophie Vénétitay, dont le syndicat est opposé à la bivalence disciplinaire des enseignants. Elle estime que « ce n’est pas en modifiant sa structure qu’on va régler tous les problèmes pédagogiques du collège ». Et appelle à travailler sur les conditions d’enseignement et les classes surchargées.

Du côté des partenaires sociaux, on s’inquiète surtout d’une multi­plication des réformes. « Il faut qu’on fasse attention à ce qu’il n’y ait pas d’usines à gaz ou de réformes qui donneraient l’impression de venir tout bousculer, estime Frédéric Marchand, secrétaire général de l’Unsa-Éducation. Depuis quinze à vingt ans, il y a eu plein d’expérimentations. À un moment, il faut stabiliser les choses. » Et Bruno Bobkiewicz d’alerter, pour éviter des coups d’épée dans l’eau : « Au-delà de la structure et de la façon dont on réorganise ou pas les enseignements du collège, il y a l’enjeu de la mixité sociale et scolaire qui est déterminant. » Nul doute que Pap Ndiaye, qui assure vouloir faire de la lutte contre les inégalités l’une de ses priorités, sera particulièrement scruté sur la question.

Marianne