Colombie : La Russie espionne le secteur énergétique afin d’éliminer la concurrence

Alertée par des agents britanniques et américains, la Colombie a découvert une trame d’espionnage russe sur son sol. Deux diplomates russes ont été expulsés, soupçonnés d’avoir extrait des informations sensibles sur le secteur énergétique de la Colombie.

“Ils offraient des armes et payaient en espèces sous enveloppe scellée”, deux espions russes sous couverture diplomatique ont été expulsés de Colombie le 8 décembre. Alexandre Nikolaïevitch Belousov et Alexandre Paristov opéraient “à l’ancienne” pour recruter des informateurs sur le secteur énergétique du pays.

Les autorités colombiennes ont été alertées en 2017 par des agents britanniques et américains de manœuvres russes d’espionnage, précisément alors que l’ambassade russe à Bogota, la capitale colombienne, augmentait ses effectifs et procédait à des changements de personnel.

Les services secrets colombiens (la DNI) ont alors mis en place un système de surveillance baptisé “Opération Énigme”, qui a permis de constater que les agents russes payaient grassement des “informateurs d’entreprises publiques et privées”, dont l’identité n’a pas encore été révélée.

Un concurrent direct

El Tiempo a eu accès à un document secret et à une source anonyme proche du dossier “Opération Énigme”, qui souligne “l’intérêt tout particulier des agents russes pour les pour les activités pétrolières publiques” de la Colombie, et notamment pour les projets de fracking (fracturation hydraulique) de la société pétrolière Ecopetrol, destinés à extraire du gaz.

La Russie déploie une stratégie macroéconomique mondiale qui pourrait se voir affectée par des projets de long terme de groupes pétroliers” étrangers, Ce gaz disponible en abondance entrerait en concurrence directe avec celui de la Russie, qui fournit l’Europe, un marché qui confère au gouvernement de Vladimir Poutine un pouvoir économique mais également politique.

Pour ces informations, les agents russes proposaient des enveloppes de 10.000 dollars (8.000 euros) en espèces et approchaient des hauts fonctionnaires ou des responsables en entreprise lors de conférences professionnelles. Selon les sources d’El Tiempo, rassemblées sur un document confidentiel fourni par les États-Unis, il existerait “une trame russe derrière certaines des manifestations anti-fracking qui ont eu lieu dans plusieurs pays”. Cette manipulation serait orchestrée via les réseaux sociaux.

Une infiltration plus politique

Mais les agents russes s’intéressaient aussi à d’autres sujets, plus politiques. “Des dizaines de messages cryptés sortaient de Colombie à destination du Kremlin, et pas seulement sur la Colombie. On y évoquait les activités de pays alliés de la Russie concernant le Venezuela ou des groupes terroristes.”

La Russie est l’un des soutiens les plus fidèles du régime chaviste au Venezuela,alors que la Colombie est, au contraire, l’un des pays les plus impliqués aux côtés de l’opposition vénézuélienne. Dans une interview accordée à l’hebdomadaire colombien Semana, un agent secret du pays, anonyme lui aussi, concède que pour l’instant les liens entre cette trame d’espionnage russe et le Venezuela “ne sont pas établis directement”.

Mais il rappelle que le pays voisin héberge d’importants dispositifs militaires russes.De surcroît, un nom revient dans les hypothèses avancées : celui d’Alex Saab, l’homme de main colombien du Venezuela arrêté au Cap-Vert en juin 2020, qui “s’était vanté de s’être infiltré parmi des officiels colombiens” et avait réalisé avant son arrestation de multiples voyages et nombre de transactions en Russie

El Tiempo