Colombie : L’État prive un million de clandestins vénézuéliens de vaccin

Le président colombien, Iván Duque, a déclaré que la campagne vaccinale, attendue pour le mois de février, ne concernerait pas les exilés vénézuéliens en situation irrégulière, qui sont près d’un million dans le pays. La décision est vivement critiquée, mais, selon l’exécutif, elle se fonde sur des raisons logistiques et financières.

En Colombie, les « réjouissances » ne sont pas pour tout le monde après l’annonce des premières vaccinations en février 2021. Tandis que le pays voit la pandémie de Covid-19 flamber, avec déjà 40.931 morts, le président de droite Iván Duque a décidé de « trier » les gens à vacciner.

Les Vénézuéliens sans papiers,  ceux qui ne peuvent pas prouver leur nationalité colombienne et dont la situation n’est pas régularisée » n’y auront pas le droit, a-t-il décrété. Cela concerne plus de la moitié des 1,7 million de réfugiés et migrants vénézuéliens présents dans le pays, selon le ministère des Affaires étrangères.

“Notre priorité, ce sera toujours les citoyens colombiens. C’est comme ça.” Interrogé lundi 21 décembre sur Blu Radio, le président colombien, Iván Duque, a fait savoir que la campagne de vaccination, qui doit démarrer en février par la livraison de 1,7 million de doses du vaccin Pfizer, ne concernera pas les Vénézuéliens sans papiers présents sur le territoire national. Une déclaration qui a “fait grand bruit dans le pays”.

“Aucun pays ne doit exclure des personnes du droit à la santé à cause de leur statut migratoire”, a notamment réagi Amnesty International, tandis que l’ancien ministre de la Santé Alejandro Gaviria dénonçait une “discrimination”, une exclusion des“plus vulnérables” et “une mauvaise idée d’un point de vue épidémiologique” puisqu’il sera plus difficile de parvenir à l’immunité collective si une part importante de la population présente sur le même territoire est exclue de la vaccination.

D’après les chiffres officiels, la Colombie comptait 1,7 million de ressortissants vénézuéliens à la fin d’octobre, dont 947.106 en situation irrégulière.

La déclaration fait hurler en Colombie, première terre d”accueil des 5,4 millions de Vénézuéliens qui ont fui la misère et le chaos politique depuis 2015. Pour le sénateur d’opposition Gustavo Petro, ceux qui la soutiennent  oublient qu’il y a des millions de Colombiens au Venezuela, en Équateur, aux États-Unis et en Espagne et que l’on ne voudrait surtout pas qu’ils soient exclus du vaccin ».

Iván Duque, qui  priorise  les Colombiens, est aussi conspué pour son incohérence face à la situation sanitaire. Les migrants, qui vivent bien souvent du travail informel, sont en effet parmi les plus exposés au virus. Pour l’ancien ministre de la Santé, Alejandro Gaviria la proposition est contraire à l’éthique, exclut les plus vulnérables et discrimine de manière presque menaçante  ».

D’autant plus absurde que cette mesure mettra en péril l’ensemble de la population si de futurs foyers de Covid-19 apparaissent chez les migrants, au risque de contaminer aussi les Colombiens non-vaccinés.

Die Welt