Comment la pandémie enrichit plus encore les mafias italiennes

Comment la pandémie enrichit plus encore les mafias italiennes
La Matinale / 3 min. /

La crise liée au nouveau coronavirus permettrait aux mafias italiennes d’amasser des milliards supplémentaires. C’est le cas en Suisse aussi, où elles sont bien plus enracinées et depuis bien plus longtemps qu’on ne le pense généralement.

Alors que l’équivalent de quelque 220 milliards de francs de fonds Covid européens vont être distribués en Italie, pays le plus généreusement doté par ces aides de l’UE, les parquets anti-mafia sont sur les dents: si le crime organisé accède aux aides d’Etat, il sera presque impossible de faire marche arrière.

En Sicile, la puissante organisation de commerce Confcommercio affirme que Cosa Nostra est sur le point de mettre le grappin sur toute l’économie de l’île.

Fuite de prêts Covid suisses

Mais la crise sanitaire et économique accélère aussi l’expansion mafieuse en Suisse. “C’est encore trop tôt pour décrire l’ampleur de l‘infiltration du crime organisé en raison de la pandémie”, relève la directrice de l’Office fédéral de la police (Fedpol) Nicoletta della Valle mercredi dans La Matinale. Mais “ce que l’on constate est que l’argent attribué aux entreprises au titre de prêts Covid passe très vite à l’étranger. Ce sont les banques qui nous rapportent ces observations”.

A ce jour, le Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS) de Fedpol estime à au moins 180 millions de francs le montant des escroqueries supposées aux prêts Covid. Et une partie de ce pactole ne reviendra jamais en Suisse.

De nombreuses formes de criminalité

Indépendamment de la pandémie, le phénomène de la mafia reste difficile à cerner en Suisse. Mais Fedpol parle de polycriminalité: trafic d’armes, traite d’êtres humains, stupéfiants, fausse monnaie, recel et blanchiment.

“Longtemps on l’a sous-estimé”, note Nicoletta della Valle. Car la poursuite pénale de ces crimes, comme le trafic d’armes ou les meurtres, est de la compétence des poursuites pénales cantonales. “On a traité ça, je dirais, comme des délits normaux, et on n’a pas vu les liens mafieux”, constate la directrice de Fedpol. “Et maintenant, avec le temps, après avoir analysé d’anciens actes de poursuites pénales, on réalise: ce n’était pas un homicide mais un meurtre lié à la mafia.”

Encore d’importantes zones d’ombre

L’analyse policière est un instrument désormais indispensable. Des parquets cantonaux l’ont confirmé à la RTS: des affaires de meurtre, d’escroquerie, de trafic d’armes, à Zurich et en Suisse italienne, ont fait émerger des liens avec la ‘Ndrangheta calabraise en particulier.

A Genève, selon les informations de la RTS, des infiltrations se dessinent dans la construction, les stupéfiants et le blanchiment. Mais il reste d’importantes zones d’ombre, en particulier en Suisse romande.

Des mafieux parfaitement intégrés

La présence des mafias italiennes en Suisse date d’il y a plus de 40 ans, souligne la cheffe de Fedpol. “C’étaient les grands-pères qui sont venus en Suisse, en Thurgovie, à Bienne, à Berne. Et maintenant, ce sont leurs petits-enfants qui commencent à faire du business, ils sont dans toute la Suisse”, note Nicoletta della Valle. “Il y a même des mafieux qui parlent mieux le schwytzerdütsch que l’italien.”

Il est donc question de ceux qu’on appelle les “secondos” (2e génération) et de leurs descendants, qui sont intégrés et qui mènent une double vie – dans la société et dans le crime organisé.

Un observatoire universitaire au Tessin

Des médias parlent de 400 personnes liées à la mafia en Suisse. Mais selon les sources de la RTS, il ne s’agirait que de la pointe de l’iceberg.

Pour mieux cerner le phénomène des mafias en Suisse, l’Université de la Suisse italienne inaugure mercredi un Observatoire du crime organisé.