Comment les stéréotypes sexistes et racistes agissent chez les personnes qu’ils ciblent

Les femmes ne sont pas faites pour des carrières scientifiques. Les pauvres sont pauvres car ils sont moins intelligents. Les personnes âgées sont toutes séniles… Autant de stéréotypes qui ont la vie dure. Bien sûr, on sait que ces préjugés ont été forgés dans le creuset historique et politique de nos sociétés – avec son lot de sexisme, de racisme, de mépris de classe ou de génération – et qu’ils peuvent être instrumentalisés à dessein à l’encontre des groupes visés.

On mesure peut-être moins à quel point la banalité de ce mal est insidieuse. […] Les préjugés distillent leur venin jusque dans l’inconscient des personnes qu’ils stigmatisent. […] Preuve en est : ces préjugés distillent leur venin jusque dans l’inconscient des personnes qu’ils stigmatisent ! « C’est ce qu’on appelle l’effet de menace du stéréotype », rappelle la professeure de psychologie sociale Isabelle Régner qui travaille sur les conséquences de cette menace depuis plus d’une dizaine d’années.

« Le stéréotype augmente la peur d’échouer »

Ces premiers travaux avaient mis au jour la manière dont les stéréotypes sur les femmes et les mathématiques provoquaient chez les jeunes filles un stress additionnel face à leur copie de géométrie : « Le stéréotype augmente la peur d’échouer et de confirmer le préjugé, et cette peur vient parasiter la concentration des jeunes filles », explique-t-elle.

Plusieurs études en psychologie expérimentale menées par Isabelle Régner et d’autres laboratoires dans le monde, ainsi que des recherches en neurosciences, sont formelles sur ce point : en prenant soin de désamorcer la crainte du stéréotype – en annonçant par exemple que les femmes réussissent aussi bien à ces examens que les hommes -, les résultats cessent alors de ressembler à une cruelle prophétie auto-réalisatrice.

« D’où l’importance de bien comprendre les mécanismes de cette menace, afin de pouvoir proposer des actions qui réduisent le plus possible ces effets négatifs », insiste Isabelle Régner. Les derniers travaux menés par la chercheuse suggèrent également que la médecine pourrait bénéficier de ces approches : « Les résultats des tests cognitifs pour le dépistage précoce de la maladie d’Alzheimer pourraient être influencés par le préjugé que le vieillissement conduit inévitablement à un déclin cognitif sévère et une maladie neurodégénérative », pointe-t-elle.

Or, la qualité d’un dépistage précoce de la maladie est cruciale pour assurer une meilleure prise en charge des patients. En lien avec cinq hôpitaux et six laboratoires de recherche en France, Isabelle Régner travaille à l’évaluation d’une stratégie visant à désamorcer cette crainte chez les personnes âgées au cours de ces tests. Les résultats sont attendus pour 2022. D’ici là, s’« il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé » dans nos sociétés – comme le craignait le physicien Albert Einstein -, la psychologie sociale pourrait toutefois nous aider à mettre en place quelques parades salutaires. […]

La Marseillaise