Comment nous sommes devenus indifférents à l’ultra-violence de l’ultra-droite

La violence est inhérente à l’ultranationalisme. En trois épisodes, “Les fachos tuent (et ça ne nous fait rien)”, sur “Programme B” (Binge Audio), revient sur l’ADN de ce mouvement et l’indifférence qui gagne peu à peu la société française. Glaçant.

« 1er mai 95. Le jeune Marocain flâne au bord de l’eau. Sur le pont du Carrousel, le Front national défile. Trois jeunes skinheads s’écartent du cortège et rejoignent le quai. L’un d’eux, Mickaël Fréminet, pousse Brahim Bouarram dans le fleuve. » C’est par cette archive que débute Les Fachos tuent (et ça ne nous fait rien), série en trois épisodes de Programme B, produite par Binge Audio.

Tout en précisant que douze mille personnes avaient alors manifesté dans Paris « pour dénoncer ce meurtre raciste », Thomas Rozec fait le parallèle avec le meurtre, en mars 2022, du rugbyman argentin Federico Martín Aramburú, et pour lequel les militants d’extrême droite Loïk Le Priol et Romain Bouvier sont les principaux suspects. « Il n’y a pas eu de manifestation », constate-t-il froidement. Pire : cette information n’a pas permis d’infléchir le score du Rassemblement national à la présidentielle. Si « les fachos tuent » encore, « ça ne nous fait [plus] rien », dénonce-t-il.

Comment est-ce possible ? Dans une démarche plus factuelle qu’idéologique, le journaliste cherche à comprendre cette évolution. Avec son confrère Pierre Plottu, il revient en détail sur l’affaire Aramburú, s’attardant notamment sur le profil de Loïk Le Priol qui a, parmi d’autres méfaits, « consciencieusement tabassé » l’ancien chef du GUD Édouard Klein, qu’il a contraint à « danser nu au milieu de son sang » et menacé d’un couteau cranté. Glaçant.

Mais pas étonnant si on s’intéresse de près à l’extrême droite, « une mouvance avant tout violente », selon Pierre Plottu. Un constat partagé et étayé par l’historien Nicolas Lebourg : « C’était important pour moi d’avoir quelqu’un qui remette l’ultra-droite dans une perspective historique, précise Thomas Rozec. Quand il a évoqué la vague d’attentats d’extrême droite en France dans les années 1970, je suis resté comme un idiot : je n’en avais jamais entendu parler ! C’est fou comme ça n’a laissé aucune trace dans la mémoire collective. »

Avec le journaliste Matthieu Suc enfin, il aborde « l’ampleur de ces menaces, telles que perçues par les renseignements ». « Parmi les terroristes d’ultra-droite, on retrouve des profils similaires à ceux des djihadistes, des jeunes radicaux, violents, en quête de sens. C’est frappant. » Nécessaire, très bien construite et argumentée, la série rappelle d’où vient le RN : « Les quatre-vingt-neuf députés élus à l’Assemblée nationale ne sont évidemment pas des nazis fous furieux, concède Thomas Rozec. Mais Marine Le Pen l’a dit lorsqu’elle a pris la tête du parti : elle en assume toute l’histoire. » Même le fait, donc, que le Front national, ancêtre du RN, a été cofondé par un ancien SS.

Partie 1:

Partie 2:

Partie 3:

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