Compétitivité : L’inquiétant déclin de l’industrie française

Alors que la situation s’améliorait depuis quelques années, la crise de 2020 a renversé la tendance. L’institut de conjoncture Rexecode a compilé une multitude de chiffres qui montrent à quel point sa compétitivité, déjà largement affaiblie depuis des années, en ressort encore dégradée par rapport à ses principaux voisins.

La crise sanitaire et économique s’éloigne de plus en plus. Aux quatre coins du monde, l’activité est repartie et les économies se redressent progressivement. Selon les dernières projections, la croissance européenne devrait s’approcher de 5 % et le PIB français progresser de près de 6 %. Un rebond de bon augure, mais évidemment technique après l’effondrement de plus de 8 % l’année de la crise du Covid-19. Car la France sort évidemment abîmée de cette pandémie inédite.

La crise sanitaire et économique s’éloigne de plus en plus. Aux quatre coins du monde, l’activité est repartie et les économies se redressent progressivement. Selon les dernières projections, la croissance européenne devrait s’approcher de 5 % et le PIB français progresser de près de 6 %. Un rebond de bon augure, mais évidemment technique après l’effondrement de plus de 8 % l’année de la crise du Covid-19. Car la France sort évidemment abîmée de cette pandémie inédite. Pour Le Figaro, l’institut de conjoncture Rexecode a compilé une multitude de chiffres qui montrent à quel point sa compétitivité, déjà largement affaiblie depuis des années, en ressort encore dégradée par rapport à ses principaux voisins.

Pour l’illustrer, Rexecode cite un indicateur phare: les parts de marché à l’exportation – qui permettent de comparer les pays les uns aux autres. La France avait perdu pas mal de terrain, à partir des années 2000, quand l’Allemagne en gagnait. Des produits trop chers en raison d’un coût du travail trop élevé, une fiscalité qui bridait le potentiel d’investissements des entreprises françaises, dont les produits n’étaient pas suffisamment haut de gamme…

La France ne tenait pas la concurrence. Ce n’est qu’à partir de 2013, sous le quinquennat Hollande – avec le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE, pour 20 milliards d’euros par an), puis le pacte de responsabilité (portant à 40 milliards la baisse de prélèvements) – que les entreprises ont commencé à retrouver de l’oxygène. Et après quelques années, les parts de marché des produits français à l’étranger avaient enfin commencé à se stabiliser, voire légèrement progresser.

Faiblesse des compétences

La crise est venue casser cet élan. Les exportations françaises de biens et services se sont en effet contractées plus fortement (de 19,3 %) que ne l’ont fait les exportations totales des pays de la zone euro (de 13,2 %). La part de la France dans les exportations de biens et services de la zone euro a ainsi baissé de 1 point en un an, passant à 13,5 %, son plus bas niveau depuis vingt ans. «Sur les premiers mois de 2021, les chiffres continuent de montrer une détérioration de la situation», souligne-t-on chez Rexecode.

Aucune explication n’étaye clairement la dégradation de la situation. Pendant la crise, les entreprises françaises n’ont pas plus augmenté leurs prix que les autres. La spécialisation industrielle et les avantages comparatifs du pays (aéronautique, luxe, etc.) n’expliquent pas non plus l’ampleur et le caractère général du recul. «La diminution des parts de marché françaises à l’exportation par rapport à ses concurrents européens concerne en effet la quasi-totalité des catégories de produits», souligne Rexecode. Quant aux restrictions sanitaires, elles n’ont pas été plus dures qu’ailleurs.

Aversion pour le risque

Restent les maux profonds: une fiscalité française désavantageuse par rapport aux autres pays et une base industrielle qui continue de s’éroder. Aujourd’hui, la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière française – qui concentre les trois quarts des exportations du pays – est bien en dessous de celle de la zone euro. Dans un lien plus ou moins direct, «une génération manquante de PME exportatrices» n’est peut-être pas étrangère à la situation, souligne Ludovic Subran, chef économiste chez Allianz. Qui cite aussi des défauts dans l’image des produits français, le mode de commercialisation et l’innovation.

À cela Patrick Artus, chef économiste de Natixis, ajoute l’insuffisance du financement des entreprises technologiques, liée à la forte aversion pour le risque des épargnants et «la faiblesse des compétences de la population active et des jeunes, en particulier dans les matières scientifiques, qui est corrélée avec la faiblesse de la modernisation des entreprises, avec la désindustrialisation, avec les pertes de parts de marché». Expliquant, au total, le «déclassement» français…

Le Figaro