Connaissez-vous l’origine de la bûche de Noël ?

Classique incontournable des repas de Noël dans les pays francophones, la bûche de Noël se décline d’autant de façons délicieuses qu’originales, de la simple bûche roulée à la bûche glacée en passant par les créations prestigieuses de pâtissiers. Mais connaissez-vous l’histoire de ce dessert de Noël traditionnel ? 

Le nom ancien du gâteau semble plutôt dérivé du mot cognée que du mot bûche sans que cette étymologie soit vraiment certaine. En Belgique, dans la nuit de Noël, les mères déposent sur le chevet du lit de leurs enfants un gâteau nommé cougnou ou coignole. C’est une pièce de pâtisserie oblongue creusée dans sa partie supérieure et moyenne, afin de recevoir ou contenir un petit enfant Jésus en plâtre, ou en sucre. Dans quelques parties de la Lorraine, de semblables gâteaux se nomment cognés. Enfin, presque chaque province de la France a ses gâteaux de Noël qu’elle désigne par des noms différents plus ou moins bizarres. Ces « gâteaux de Noël » étaient d’un genre différent.

Saviez-vous que le repas de Noël se termine par une bûche seulement au Vietnam, au Liban, en France et dans les pays francophones (notamment la Belgique, Suisse, les provinces canadiennes de Québec et du Nouveau-Brunswick) ? Si la tradition à l’origine de ce dessert date du Moyen-Âge et prend ses racines dans les rites païens, seuls une poignée de pays ont conservé cette célébration gourmande de Noël.

Si la bûche de Noël est aujourd’hui une tradition culinaire, les origines de ce dessert tournaient autour d’une vraie bûche. En effet, avant que Noël n’aie sa signification religieuse actuelle avec l’expansion du christianisme, les rituels païens célébraient le solstice d’hiver. Cette date marquait le début des fêtes de fin d’année, où les gens priaient les dieux pour que l’année à venir soit riche en récoltes.

La bûche de Noël, un dessert lié au solstice d’hiver

Pour symboliser ce renouveau et ce changement d’année et implorer les dieux de rendre les terres fertiles pour une année supplémentaire, une large bûche était brûlée. Dans le Sud, comme en Provence, c’est un tronc d’arbre fruitier que l’on plaçait dans la cheminée, tandis que les pays nordiques allumaient une bûche de chêne ou de hêtre. La bûche était de préférence de très grande taille, pour brûler au moins 3 jours, idéalement pendant 12 jours jusqu’au Nouvel An.

Avant l’expansion du christianisme, les cultes polythéistes (fête de Yule dans les pays scandinaves, Cacho fio en Provence) brûlaient pendant plusieurs jours un tronc d’arbre en guise d’offrande aux dieux afin de garantir une bonne récolte pour l’année à venir1. Depuis plusieurs siècles, en effet, on a pour habitude, lors de la veillée de Noël, de faire brûler dans l’âtre une très grosse bûche qui doit se consumer très lentement, l’idéal étant qu’elle puisse durer pendant les douze jours du cycle (jusqu’au nouvel an) ou au moins pendant trois jours.

La bûche doit provenir, de préférence, d’un tronc d’arbre fruitier dans le sud (prunier, cerisier et olivier) censé garantir une bonne récolte pour l’année suivante, mais aussi chêne et hêtre dans le nord puisque les glands comme les faînes étaient une nourriture pour les hommes jusqu’à la fin du Moyen Âge4. Lors de l’allumage, la bûche est bénie à l’aide d’une branche de buis, ou de laurier, conservée depuis la fête des Rameaux. Lors de sa combustion, la bûche est, dans certaines régions, arrosée de vin afin d’assurer une bonne vendange, ou de sel pour se protéger des sorcières. On conserve souvent ses tisons afin de préserver la maison de la foudre ou du diable5 et les cendres sont répandues dans les champs pour fertiliser la terre. On conservait aussi toute l’année du charbon qu’on faisait entrer dans la composition de plusieurs remèdes.

Allumée avec des tisons de la précédente bûche de Noël ou de la Saint-Jean passée, ses cendres servaient de protection (et autres croyances populaires) à toute la maisonnée jusqu’à l’année suivante6. La bûche de Noël réunissait autrefois tous les habitants de la maison, tous les hôtes du logis, parents et domestiques, autour du foyer familial. La bénédiction de la bûche avec les cérémonies traditionnelles dont elle se parait n’était que la bénédiction du feu, au moment où les rigueurs de la saison le rendent plus utile que jamais7. Cette tradition est encore respectée dans certaines familles et divers villages en Provence. «Cachafio, Bouto Fio». On dit en provençal : « Cache le feu (ancien), allume le feu (nouveau); Dieu nous comble d’allégresse ».

Le plus ancien de la famille arrose alors le bois, soit de lait, soit de miel, en mémoire des délices d’Éden, soit de vin, en souvenir de la vigne cultivée par Noé, lors de la rénovation du monde. À Marseille, et dans toute la Provence, en portant la bûche de Noël, on répète trois fois : « Noël vient, tout bien vient ». Ensuite le chef de la famille, ou, en son absence, le plus âgé, s’avançant vers la bûche pour la bénir, y verse du vin en invoquant la Sainte-Trinité, en disant : « Au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit, Amen ! », et il y met le feu.

En Bourgogne, le père de famille ordonnait à un enfant d’aller en quelque coin de la pièce prier Dieu que la souche « donne des bonbons ». Pendant ce temps-là on mettait au bas de chaque bout de la bûche des petits paquets de sucreries, fruits confits, noix que les enfants venaient recueillir en croyant de bonne foi que la souche les avait donnés. Les sucreries étaient dissimulées dans un trou du tronc de la bûche, fermé par un bouchon ou dans un coin sous la bûche. Le vigneron qui n’avait pas de quoi offrir des sucreries aux enfants mettait dessous des pruneaux et des marrons.

En Berry, les forces réunies de plusieurs hommes sont nécessaires pour apporter et mettre en place la cosse de Nau, car c’est ordinairement un énorme tronc d’arbre destiné à alimenter la cheminée pendant les trois jours que dure la fête de Noël. La cosse de Nau doit, autant que possible, provenir d’un chêne vierge de tout élagage et qui aura été abattu à minuit7. En Normandie : « A l’instant où l’on y met le feu, les petits enfants vont prier dans un coin de l’habitation, afin, leur dit-on, que la souche leur fasse des présents et, tandis qu’ils prient, on met à chaque bout de cette souche des paquets d’épices, de dragées et de fruits confits ! ».

Les différents noms de la bûche de Noël

On appelait cette énorme souche de mille manières suivant les régions et les dialectes : son nom courant était tréfeu, tréfouet du latin tres foci, « trois feux », car elle devait brûler trois jours durant. Le gâteau en forme de bûche de Noël portait encore parfois au début du XXe siècle le nom de « coquille » ou petite bûche, en patois, le cogneù. En Normandie, souque ou chuquet. Elle s’appelle tronche dans la Bresse.

En Bourguignon, ou suche ou gobe de Noël. En Berry, elle s’appelle « cosse de Nau »; cosse signifiant « souche », et Nau signifiant « Noël », en Breton kef nedeleck, dans les Vosges galenche de Noë; et encore Coque de Noël (Champagne), Choque en Picard). En Argonne, Lorraine, hoche, oche, hoque, toc, mouchon (Angoumois) suivant les communes. En Provençal la bûche du feu portait le nom de chalendon ou calegneaou, cacha fuec , cacha fuòc, calendau, et autres noms suivant les régions, Soc de Nadal (en Languedoc), traditionnellement le bois d’un arbre fruitier. En Limousin, Còssa de Nadau, Sucha de Nadau, Tison de Nadau8. Elle porte également le nom de bocque dans les Ardennes, de cachefioc dans le Roussillon et de capsau en Aquitaine. En Catalogne, on parle de la tradition du Tió de Nadal.

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Les cendres de cette bûche portaient ensuite bonheur à toute la famille du foyer pendant toute l’année. Ces cendres étaient utilisées pour créer des remèdes, et servaient à allumer la bûche lors des célébrations de Noël suivantes. Si la tradition perdurera malgré l’apparition du christianisme et la nouvelle symbolique de Noël, il faudra attendre la fin des années 1800 pour que la bûche boisée ne devienne sucrée. Sa paternité est contestée, et n’est à ce jour pas établie.

Certains indiquent qu’un apprenti pâtissier à Saint-Germain-des-Prés inventa la bûche gourmande en 1834, tandis que d’autres l’attribuent à Félix Bonnat, un chocolatier lyonnais, dans les années 1860. Certains parlent aussi de Pierre Lacam, pâtissier du Prince Charles III de Monaco, qui aurait inventé ce dessert de fêtes en 1898. Dans tous les cas, la bûche n’est devenue à nouveau populaire qu’après la Libération, dans les années 1950.

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