Conseiller de Macron, le député Solère est suspecté d’avoir détourné 167 000 euros d’argent public

Déjà mis en examen pour fraude fiscale et trafic d’influence, le député des Hauts-de-Seine est désormais suspecté d’avoir détourné 167 000 euros de frais de mandat pour des dépenses sans lien avec son activité parlementaire, selon des informations de Mediapart.

L’enquête judiciaire qui vise le député Thierry Solère ne cesse de s’étoffer au fil des mois. Le parlementaire LREM des Hauts-de-Seine, qui vient d’être promu à l’Élysée, est déjà mis en examen pour sept délits présumés, dont ceux de « fraude fiscale » et de « trafic d’influence passif », dans une enquête ouverte par le parquet de Nanterre et confiée à des juges d’instruction. Alors que l’élu se défend et conteste la procédure, voici qu’un nouveau front judiciaire se profile dangereusement.

Selon des informations de Mediapart, le parquet de Nanterre a pris, le 14 décembre 2020, un réquisitoire supplétif pour demander aux juges d’instruction chargés de l’affaire d’élargir le périmètre de leurs investigations et d’enquêter sur des faits présumés de « détournement de fonds publics par personne dépositaire de l’autorité publique », un délit passible de dix ans d’emprisonnement et d’une amende d’un million d’euros.

La justice suspecte en effet Thierry Solère d’avoir pioché, à partir de sa première élection à l’Assemblée nationale en 2012, dans son indemnité mensuelle représentative de frais de mandats (IRFM) pour engager des dépenses personnelles sans lien avec son activité parlementaire. Au total, l’élu est soupçonné, de 2012 à 2019, d’avoir ainsi utilisé 167 000 euros d’argent public pour des dépenses de loisirs, les frais de scolarité de ses enfants, des primes hors enveloppe pour ses collaborateurs ou encore des retraits en liquide sans justificatifs.

Cette première enquête faisait elle-même suite à un signalement, le 5 octobre 2018, de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), visant quinze parlementaires, dont Thierry Solère, ayant fait un usage potentiellement irrégulier de leurs indemnités de frais de mandat.

Après avoir étudié les variations de patrimoine des élus à la fin de la législature 2012-2017, puis analysé les mouvements bancaires sur leurs comptes dédiés à l’IRFM, les équipes de la HATVP avaient signalé à la justice les cas les plus suspects, portant sur des détournements présumés de l’ordre de 20 000 à 80 000 euros…

Comme Thierry Solère, les autres élus concernés par le signalement de la HATVP ont, depuis, tous été entendus par les enquêteurs. C’est notamment le cas de l’ancien député de Guadeloupe Ary Chalus, qui préside la région et siège au bureau exécutif de LREM, du sénateur LR de Meurthe-et-Moselle Philippe Nachbar ou de son collègue centriste de la Marne Yves Détraigne.

Plusieurs élus du PS sont aussi dans le viseur de la justice, à commencer par l’ancien patron du parti Jean-Christophe Cambadelis, la sénatrice des Pyrénées-Atlantiques Frédérique Espagnac, ou encore l’ex-députée du Tarn Linda Gourjade …

Sauf que les policiers de la BRDE sont ensuite allés de découvertes en découvertes en épluchant ses comptes bancaires. Au rayon des curiosités, les enquêteurs sont par exemple tombés sur des prélèvements sur le compte IRFM suspectés d’avoir pu servir à payer des loyers pour sa résidence familiale (14 730 euros), des frais de scolarité de ses enfants (4 490 euros) ou encore des « abonnements familiaux » dans des clubs sportifs (6 700 euros).

D’autres dépenses intéressent aussi la justice : à commencer par ces 520 euros suspectés d’avoir été dépensés pour des paris à la Française des jeux, 2 500 euros chez Ikea et 8 489 euros pour des primes d’assurance chez Axa.

Les investigations ont également permis de retracer des virements et des chèques vers des comptes personnels, pour un total de 65 135 euros selon les enquêteurs. Ainsi que des versements qui pourraient correspondre, selon les investigations, à des « primes pour des collaborateurs » en dehors de l’enveloppe prévue à cet effet (22 956 euros) mais aussi des retraits en espèces (24 710 euros) pour lesquels les policiers n’ont pas trouvé de justificatifs.

Au fil de ces découvertes, le PNF a progressivement élargi la période de prévention des faits, jusqu’à s’interroger sur des dépenses en 2018 et 2019, après la réélection de Thierry Solère à l’Assemblée en juin 2017. La justice soupçonne d’ailleurs le député de ne pas avoir restitué le solde (2 362 euros) de son IRFM à la fin de son premier mandat….

Questeur (responsable du contrôle des dépenses) de l’Assemblée nationale de juin à novembre 2017, Thierry Solère indique avoir reçu lui-même un « quitus fin 2020 » pour sa gestion de son enveloppe AFM après « avoir subi un contrôle de [ses] dépenses et [après] échanges contradictoires avec le déontologue ».

Médiapart