Contre la haine en ligne, la pression s’accentue sur les réseaux sociaux

Une étude française montre que les efforts de YouTube pour écarter les contenus racistes semblent porter leurs fruits. Mais d’autres géants du Web se montrent plus laxistes, en particulier Twitter qui vient d’être mis en demeure par la justice.

Les réseaux sociaux ont-ils progressé dans la chasse aux contenus haineux ? Le rapport annuel sur la lutte contre le racisme de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), publié jeudi 8 juillet, apporte des éléments de réponses, plus nuancés qu’on l’imagine.

Une enquête, fruit d’une collaboration entre plusieurs laboratoires de recherche (les instituts de sciences politiques, l’université Gustave Eiffel-Paris Est) a traqué les commentaires de nature antisémite postés sur le réseau social YouTube. Elle montre que sur près de deux millions de commentaires analysés, les chercheurs en ont identifié 12 756 à connotation antisémite, soit 0,65 % des messages. « Une empreinte antisémite faible mais non négligeable », relève l’étude.

Fermeture des chaînes de Dieudonné et Soral

Pour expliquer cette – relative – faiblesse, elle met en avant le « nettoyage » réalisé en amont par la plateforme elle-même pour supprimer les comptes douteux. La note rappelle que, à la suite de nombreuses critiques, la plateforme américaine a entrepris depuis le printemps 2019, une chasse résolue à l’égard des contenus haineux. En octobre 2020 (dans le contexte des dérives complotistes lors de la campagne présidentielle américaine), YouTube décide de réécrire sa charte d’utilisation et va bannir des dizaines de milliers de chaînes.

En France, ce fut aussi le cas pour des comptes extrémistes et notamment ceux de personnalités comme Dieudonné (370.000 abonnés) ou Alain Soral (80 millions de vidéos vues depuis 2010). « En conséquence, une partie non négligeable des chaînes d’extrême droite a migré vers d’autres plateformes », observe toutefois l’étude.

Sur Twitter une augmentation de 40 % des contenus haineux

Pour le chercheur Marc Knobel, qui publie ces jours-ci un livre de référence sur la haine en ligne (1), ce travail confirme la responsabilité des réseaux sociaux et les marges de progrès qui restent considérables. En février 2020, l’organisme américain sCAN a montré que seuls 58 % des messages haineux étaient retirés sur les plateformes YouTube, Facebook, Instagram et Twitter. Et que ce dernier réseau était particulièrement laxiste : seulement 9 % des tweets dénoncés par des utilisateurs étaient supprimés de la plateforme.

Cette faible réaction de Twitter a été confirmée, en France, par une étude menée en mai par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), SOS Racisme et SOS homophobie, selon laquelle les contenus haineux postés sur Twitter étaient en hausse de 40 %. Un collectif d’organisations avait alors saisi la justice et obtenu l’ouverture d’une procédure de médiation avec le réseau social. À l’issue d’une dizaine de réunions, cette médiation n’ayant pas abouti, le collectif a engagé un référé et la justice vient de leur donner raison.

« Instaurer des règles sur les réseaux sociaux »

Dans une décision rendue mardi 6 juillet, le juge ordonne à Twitter de communiquer, dans un délai de deux mois, des documents détaillant ses moyens de lutte contre la haine en ligne. « Tant que l’opacité sera la règle, on ne pourra pas progresser, se félicite Marc Knobel. Twitter refuse d’apporter plus de transparence sur ses procédures de modération. Nous disons que la récréation est terminée, il faut enfin instaurer des règles sur les réseaux sociaux. »

Ce jeudi 8 juillet, lors de la présentation de son rapport annuel, la CNCDH a appelé le gouvernement à réagir, demandant la création d’une nouvelle instance indépendante de régulation d’Internet en France. « Ce pourrait être une nouvelle section du Conseil supérieur de l’audiovisuel », avance son président, Jean-Marie Burguburu.

Dans un avis qui devait être voté le 8 juillet, la CNCDH réclame également au gouvernement un « plan d’action national pour l’éducation et la citoyenneté numériques » ainsi que des mesures pour renforcer la responsabilité des opérateurs.

(1) Cyberhaine, Ed. Hermann 230 p. 24 €

La Croix