Corbeil-Essonnes (91) : « Dans les quartiers c’est très tabou », les amours pudiques de jeunesse en photographie

En 2021, la photographe Sandra Mehl a exploré les liens que tissent entre eux les jeunes de cette ville d’une grande diversité sociale et culturelle. Cette série baptisée « Leur éternel » est exposée jusqu’au 22 mai dans le cadre du festival L’œil urbain organisé par la commune.

Comment montrer l’amour ? A Corbeil-Essonnes, dont la photographe Sandra Mehl a fait son terrain de jeu pendant plusieurs mois de l’année 2021, dans le cadre d’une résidence du festival L’Œil urbain, cela semble tenir à peu de chose. Ici, un baiser est déposé sur un front. Là, une main en agrippe une autre. Quelques instants partagés à la fête foraine, un regard curieux lancé sur une silhouette gracieuse qui passe au loin, ou un tag sur un mur en guise de déclaration. On est loin, ici, des effusions démonstratives des romans d’amour ou des programmes de télé-réalité.

Avec la série Leur éternel, exposée à Corbeil-Essonnes jusqu’au 22 mai, Sandra Mehl, née en 1980 et qui vit à Montpellier, poursuit son travail sur les périphéries. Dans son style documentaire, elle a déjà donné à voir le parcours de deux sœurs, Ilona et Maddelena, élevées dans la cité Gély de Montpellier, la vie de réfugiés en lisière de Jéricho, en Cisjordanie, l’été sétois du côté de la plage des Mouettes, une lagune abritée des touristes… Sans cesse le même goût de l’à-côté.

« Parler d’amour, c’est parler de classes sociales, de religion, de territoires, de pressions familiales et communautaires. Tout est lié. » Sandra Mehl

« J’ai toujours été frappée par le fait que les images de la banlieue ne montrent toujours que des problèmes de logement, d’emploi, de violences policières, de délinquance, explique Sandra Mehl. La dimension affective n’est jamais abordée. Or, pour moi qui ai une formation en sociologie, le social s’immisce dans la moindre parcelle de l’intime. Parler d’amour, c’est parler de classes sociales, de religion, de territoires, de pressions familiales et communautaires. Tout est lié. » […]

Festival l’Œil Urbain, jusqu’au 22 mai dans une dizaine de lieux à Corbeil-Essonnes. Tel. : 01.60.89.88.92. Entrée libre. Programme complet sur www.loeilurbain

Le Parisien