Corée du sud : “Argent contre bébés”, face au taux de fertilité le plus faible du monde, Séoul tente de relancer la natalité

Depuis 2019, la Corée du Sud affiche le taux de fertilité le plus faible du monde. Les autorités viennent d’annoncer un programme d’aides aux parents. Mais cela suffira-t-il pour enrayer le déclin démographique ?

Kim Seung-pyo et Do Ara, respectivement 33 et 31 ans, ont fêté récemment leur premier anniversaire de mariage. Ils ont une maison et tous les deux un emploi stable, l’heure serait venue de fonder une famille, d’autant que Kim a toujours rêvé d’avoir au moins trois enfants. “Pourtant, l’achat d’un couffin n’est pas pour tout de suite”.

Pour ce couple – lui est livreur, elle enseignante -, avoir un enfant est trop coûteux. En renonçant, pour l’heure à avoir une famille, Kim et Do sont loin, aujourd’hui, d’être une exception en Corée du Sud. Entre 2015 et 2019, le pays a dénombré 1 million de jeunes couples (mariés ou non). “Plus de 40 % de ces couples n’ont pas eu d’enfants, selon Statistics Korea”.

0,84 enfant par femme

L’an dernier, la Corée du Sud est devenue le pays au taux de fécondité le plus faible au monde avec 0,92 enfant par femme. Une tendance qui s’aggrave, ce taux ayant chuté à 0,84 au troisième trimestre 2020. À titre de comparaison, le taux de fécondité moyen parmi les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) s’élève à 1,65, et on situe à un peu plus de 2 le taux de fécondité minimum pour qu’une population ne décroisse pas.

Ce sont ces chiffres alarmants qui ont incité les autorités sud-coréennes à réagir. La semaine dernière, le président Moon Jae-in a dévoilé plusieurs mesures à travers son “quatrième plan pour répondre à la faible fécondité et au vieillissement de la population”. Des mesures sonnantes et trébuchantes. À compter de 2022, “chaque naissance sera récompensée par 2 millions de wons [1500 euros]”.

À cela s’ajoutera une allocation mensuelle jusqu’au premier anniversaire de l’enfant de 300.000 wons (220 euros) puis de 500.000 wons (370 euros) à partir de 2025. Les jeunes parents pourront aussi prétendre à trois millions de wons (2.230 euros) par mois durant leurs trois mois de congé parental.

Frais de scolarité et densité de population

Une étude menée en 2019 par l’Institut pour la santé et les affaires sociales de Corée auprès des 19-49 ans a conclu que, parmi les personnes mariées, l’instabilité économique et le coût de l’éducation des enfants constituaient les deux raisons principales pour ne pas avoir d’enfant.

Les frais de scolarité notamment peuvent être exorbitants dans un pays où les écoliers suivent plusieurs cours de soutien en vue d’intégrer les meilleurs établissements. Les cours privés s’étendant sur les six années du primaire reviennent en moyenne à 92,5 millions de wons, soit 69.000 euros.

Un autre facteur expliquant la chute de la natalité est à chercher du côté de l’extrême densité de population, en particulier dans le Grand Séoul, qui abrite plus de la moitié des 50 millions de Sud-Coréens. C’est du moins la thèse défendue par Cho Young-tae, un professeur de santé publique à l’université nationale de Séoul, il soutient que les deux problèmes sont étroitement liés.

Au plus la population devient dense, au plus la bataille pour des ressources limitées devient acharnée et, en conséquence, l’instinct de survie a tendance à primer face à celui de se reproduire.

Accroître naturellement le taux de natalité

Fort de ce constat, Cho Young-tae estime que le gouvernement devrait réfléchir à désengorger la capitale et ses alentours s’il souhaite réellement lutter contre le déclin démographique, plutôt que de miser uniquement sur des mesures financières.

Une idée défendue par une de ses collègues de l’université nationale de Séoul, le sociologue Park Keong-suk, qui “insiste sur la nécessité de se concentrer sur l’amélioration de la qualité de vie plutôt que sur la nécessité de faire davantage de bébés”.

En particulier en ces temps de pandémie alors que nous observons un chômage des jeunes galopant, nous devons travailler à restaurer un environnement qui permette d’accroître naturellement le taux de natalité plutôt que de considérer les gens comme de simples outils de reproduction”, soutient Park Keong-suk .

Enfin, Jun Kwang-hee, de l’université nationale de Chungnam, prône, lui, des mesures choc. Sans quoi il dit craindre la disparition du pays. Car, rappelle-t-il, depuis novembre 2019, le nombre de décès est chaque mois supérieur à celui des naissances. Parmi les recommandations qu’il a en tête : allouer 100 millions de wons (75.000 euros) aux familles pour chaque nouveau-né ou garantir des emplois à plein temps aux deux parents.

Une idée qui pourrait séduire Kim. Car lui qui rêve d’avoir trois enfants dit ne pas avoir été convaincu par les annonces du gouvernement de la semaine dernière. “Je ne changerai pas d’avis avec quelques centaines de wons en plus sur mon compte en banque. Mais maintenant, s’ils décident de nous donner 100 millions de wons par bébé, c’est une autre histoire…

The South China Morning Post