Cormontreuil (51) : Un restaurateur se bat pour garder Salif Camara, son apprenti malien

À Cormontreuil (Marne), le patron du restaurant Aux Délices des Papilles à Cormontreuil, Mehdi Martin, se bat depuis cet été pour garder son apprenti cuisinier, Salif. Ce jeune Malien devenu majeur en août 2021 a perdu son travail à cause de son âge.

Salif est un Malien de 18 ans arrivé en France par bateau il y a quelques années. Alors qu’il était en apprentissage dans le restaurant de Mehdi Martin depuis septembre 2020 à Cormontreuil, il a perdu son contrat de travail en devenant majeur en août 2021 et n’aura plus de toit d’ici quinze jours. Son patron, Mehdi, remue ciel et terre pour trouver une solution. 

Comme beaucoup de restaurateurs, Mehdi Martin, cherche du personnel. En septembre 2020, après avoir posté une offre d’apprentissage, il reçoit un appel du CFA de Châlons-en-Champagne. “Ils m’ont proposé Salif et m’ont précisé qu’il ne parlait pas très bien français. Ça ne me dérangeait pas donc je l’ai pris une semaine en stage, rembobine Mehdi ce mardi 19 octobre. Comme il faisait l’affaire, on l’a pris en apprentissage.” Et voilà Salif sur de bons rails. En cuisine, il fait l’unanimité auprès de ses collègues : “Il arrive souvent avant nous pour s’entraîner”, “je n’ai jamais vu un aussi bon apprenti”, “c’est quelqu’un de très dévoué, il est toujours là pour nous”… 

Pas d’acte de naissance valide donc pas de visa et pas de travail

Mais cet été, alors que Salif arrive au CFA de Châlons-en-Champagne après une heure de bus pour la partie “scolaire” de son alternance, il est renvoyé chez lui. “Autour de 9h, on m’a appelé et on m’a dit “Rentre chez toi”. J’ai demandé “Pourquoi ?” et on m’a juste répondu Rentre chez toi””, se souvient Salif. Et pendant qu’il trouve un ami pour le ramener dans son foyer à Reims, son patron Mehdi est informé par téléphone de ce renvoi. La faute à l’âge de Salif : devenu majeur quelques jours auparavant, il n’a plus l’autorisation de travail dont il bénéficiait avec le statut de “mineur non-accompagné”. Pour le restaurateur, c’est l’incompréhension. 

En se replongeant dans les papiers qu’il a signés lors de l’embauche de Salif, il se rend compte qu’il devait renouveler cette autorisation de travail. “J’ai quand même appelé l’école pour m’arranger avec eux et trouver une solution, explique Mehdi. Finalement, ils m’ont autorisé à le garder jusqu’à la fin de son contrat, en octobre. Quoiqu’il arrive, on aurait pu s’organiser autrement et éviter à Salif de faire une heure de bus pour rien.” 

Je le considère comme mon petit frère” – Medhi, le restaurateur

Ni une ni deux, Mehdi et Salif commencent les démarches pour prolonger le contrat du jeune homme. Ils vont rapidement tomber sur un os : l’acte de naissance de Salif est invalidé par la préfecture. Problème, pour avoir une autorisation de travail, il faut un visa, et pour avoir un visa, il faut un acte de naissance valide. Arrivé à court de solution, Mehdi décide d’écrire un post sur Facebook pour être aidé par ses contacts. “C’était un message d’espoir, ou de désespoir, je ne sais pas” avoue-t-il. 

Une dernière chance avec la mission locale

Il reçoit de nombreux messages d’associations et de restaurateurs ayant été dans la même situation que lui. Mehdi et Salif comptent désormais sur la Mission Locale pour les aider. C’est leur dernière chance. La réponse devrait arriver dans les prochains jours. D’autant que Salif n’aura plus de toit d’ici quinze jours, l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) n’ayant plus de subventions pour l’héberger dans le foyer qu’il occupait jusqu’à présent. 

On nous met des mômes dans les pattes et dès qu’ils sont majeurs, on nous les arrache” 

En cause : son âge, mais aussi son comportement. Salif se serait montré agressif à deux reprises envers des professionnels de l’ASE. “J’avais eu un retour sur l’un de ces incidents de la part de sa tutrice, mais il n’y avait pas eu de suite, se rappelle Mehdi. Je pense que c’est une excuse. Salif n’a pas une once d’agressivité en lui !“. Plus qu’une histoire administrative, c’est une véritable histoire humaine qui s’est nouée entre les deux hommes. “Je le considère comme mon petit frère, confie Mehdi. Les week-ends, on va faire du VTT ensemble, mon gamin l’adore, on l’invite souvent à manger à la maison… Je ne comprends vraiment pas : on nous met des mômes dans les pattes et dès qu’ils sont majeurs, on nous les arrache.”

France Bleu