Coronavirus : L’espoir d’un vaccin universel

Après la pandémie de Covid-19, d’autres coronavirus déjà présents chez de nombreux animaux menacent l’humain. Pour s’en prémunir, des scientifiques européens et américains développent déjà des vaccins susceptibles de déclencher une plus large protection immunitaire.

Souvenons-nous l’été dernier : on attendait de savoir si les scientifiques allaient réussir à mettre au point un vaccin contre le virus Sras-CoV-2. Depuis, après quelques mois d’intenses activités de recherche — se fondant sur des années de travaux fondamentaux — et d’essais cliniques, ce ne sont pas moins de quatre vaccins qui ont été autorisés par l’Agence européenne du médicament, avec des taux de protection exceptionnels. Un record !

Cette réussite sans précédent a donné des ailes à certains chercheurs et laboratoires : leur rêve, concevoir un vaccin « universel », susceptible d’immuniser l’organisme contre tous les coronavirus et notamment ceux qui n’ont pas encore infecté l’humain. Car si l’on sait que sept coronavirus circulent parmi notre espèce, ils font en réalité partie d’une très grande famille présente chez de nombreux animaux. Depuis lesquelles une nouvelle émergence ne manquera pas de se produire.

D’ailleurs, des biologistes américains ont récemment rapporté, dans la revue Clinical Infectious Diseases, la présence d’un coronavirus, fruit d’une recombinaison entre des coronavirus canin et porcin, chez sept enfants et une adulte en Malaisie. Un vaccin expérimental contre les Sras-CoV-1 et 2

Ces initiatives sur les vaccins sont intéressantes, souligne Astrid Vabret, virologue au CHU de Caen. Elles illustrent enfin une prise de conscience générale : les coronavirus représentent une menace sérieuse, ils ont un haut potentiel d’émergence dans la population humaine. Face aux prochains virus, on ne pourra pas gagner la bataille sans un minimum de préparation. Il est nécessaire de profiter de la mobilisation générale due à cette pandémie pour anticiper la suite. »

En mai, l’équipe de l’immunologiste américain Barton Haynes, de l’université Duke, en collaboration avec le virologue Ralph Baric, de l’université de Caroline du Nord, a publié, dans la revue Nature, les résultats d’une expérimentation d’un vaccin chez des macaques, qui immunise contre le Sras-CoV-2, ses variants anglais, brésilien et sud-africain, mais aussi le Sras-CoV-1 (responsable de l’épidémie de 2003), et également contre deux coronavirus présents chez les chauves-souris.

Comme les vaccins utilisés aujourd’hui, leur produit contient un morceau de la protéine Spike du Sras-CoV-2, plus précisément la partie RBD (receptor-binding domain) qui se lie à nos cellules par le récepteur ACE2. La nouveauté réside dans l’emballage de ce morceau de protéine virale qui favorise le déclenchement de la réponse immunitaire, et semble offrir aux animaux vaccinés une protection plus large. Forts de ce résultat, les chercheurs suggèrent que leur vaccin pourrait être un vaccin « pancoronavirus », c’est-à-dire qui permettrait de lutter contre tous les coronavirus. «

Si le résultat semble prometteur, la dénomination “pancoronavirus” est exagérée, juge Astrid Vabret. Leur vaccin n’immunise pas contre tous les coronavirus qu’on trouve chez l’humain. Par exemple, il ne fonctionnera pas contre le MERS-CoV responsable d’infections graves au Moyen-Orient en 2012 car celui-ci ne se lie pas à ACE2 et possède une région RBD différente. Il ne pourra pas non plus aider contre le coronavirus HKU1 [responsable de rhumes], qui infecte les voies aériennes supérieures, car il se fixe sur nos cellules par un autre récepteur. Dans l’idéal, un vaccin “pancoronavirus” doit nous protéger contre toutes les familles de coronavirus. »

Ces familles sont au nombre de quatre, baptisées alpha, bêta, gamma et delta — sans rapport avec les nouvelles appellations grecques des variants du Sras-CoV-2. Les coronavirus gamma et delta, principalement trouvés chez les oiseaux et les porcs, ne sont pas connus pour infecter les humains, de sorte que les développeurs de vaccins leur ont prêté peu d’attention. Il y a plus d’intérêt pour les coronavirus alpha parce que deux provoquent des rhumes chez les humains (le HCov-229E et le HCoV-NL63).

Mais ce sont les bêta qui attirent le plus d’efforts, en particulier les sarbécovirus : ce sous-ensemble comprend le Sras- CoV-2 et le Sras- CoV. ­« Il est nécessaire de profiter de la mobilisation générale pour anticiper la menace des coronavirus » Astrid Vabret, infectiologue au CHU de Caen (Calvados) Combiner plusieurs morceaux de protéine Spike Comment mettre au point un vaccin capable de protéger contre plusieurs familles de coronavirus ? Les chercheurs s’inspirent de ce qui a déjà été fait pour des vaccins contre des maladies allant de la polio au papilloma-virus humain (voir Sciences et Avenir n° 892, juin 2021).

Pour augmenter l’étendue de la protection, ils contiennent la combinaison de composants provenant de multiples formes de l’agent pathogène : par exemple le vaccin contre la maladie pneumococcique contient 23 formes d’une molécule virale. Sur ce modèle, la biologiste américaine Pamela Bjorkman, du California Institute of Technology, a évalué des vaccins candidats chez la souris. Pour réaliser leur vaccin « pancoronavirus », son équipe a choisi de combiner plusieurs morceaux de protéines Spike (essentiellement la partie inférieure correspondant au RBD car elle semble moins sujette aux mutations) de différents virus : le Sras-CoV et le Sras-CoV-2, un coronavirus isolé d’un pangolin, et cinq autres de chauve-souris. […]

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