Courseulles-sur-Mer (14) : Contre l’expulsion de Dembo, « l’un des meilleurs apprentis cuisiniers » (Màj : le migrant sénégalais « craint pour sa vie s’il rentre au pays »)

Le patron d’un restaurant de Courseulles-sur-Mer (Calvados) se bat pour que son apprenti de 19 ans, Dembo, ne soit pas renvoyé dans son pays, le Sénégal.

23/03/2021

« En ce moment c’est chaud pour moi, j’ai très peur ! », reconnaît Dembo lorsqu’on lui demande de s’exprimer à propos de sa situation. Et pour cause, l’apprenti cuisinier tout juste diplômé d’un CAP fait l’objet d’une OQTF en dépit des nombreuses demandes de régularisation envoyées en bonne et due forme : « Cela fait trois ans que je travaille et étudie en France et tout s’est toujours bien passé. Ils ont décidé du jour au lendemain de m’expulser », déplore le jeune homme âgé de 19 ans.

En France, le garçon s’est construit une famille à travers les accompagnateurs et amis rencontrés. Au Sénégal, la violence lui est promise dès son retour sur la terre de ses aïeux : « Mon beau-père me frappait souvent et m’a déjà mis un coup de couteau dans le pied. Je crains pour ma vie en cas d’expulsion », redoute Dembo.

Décrit comme discret et volontaire, le Sénégalais aux états de services exemplaires ne peut plus travailler pour son patron, du fait de son statut de « sans-papiers ». Dembo s’accroche donc à sa formation dans les arts culinaires qu’il suit assidûment : « Je suis très concentré dans mes études : j’ai d’ailleurs obtenu la moyenne de 13,20 à mes derniers examens. J’ai beaucoup de projets en France ».

Une pétition en ligne qui fait mouche

Un homme a pris la situation à bras-le-corps en créant une pétition en ligne, adressée au Président de la République  : Martial Becker. Celui qui a été le mentor du jeune apprenti pendant un an et demi, peste contre la législation française trop peu clémente à son goût. « En tant que restaurateur déjà fortement impacté par la crise du Covid, c’est LA double peine ! », explique-t-il. « On ne me laisse pas la possibilité de continuer à former un jeune homme dont j’ai également besoin. Car oui, Dembo a besoin d’apprendre et moi, j’ai besoin de son savoir-faire et de ses compétences ! »

La pétition créée par le restaurateur a attiré l’attention de plus de 15.000 personnes en deux semaines et les messages de soutien affluent.

En conflit avec la préfecture du Calvados

Le conflit persiste entre le jeune sénégalais et la Préfecture du Calvados qui a de nombreux doutes concernant son identité. C’est cette dernière qui lui a adressé une OQTF et refuse systématiquement ses demandes de régularisation.

« Ses papiers ont pourtant été authentifiés par le ministère de l’Intérieur français ! », rétorque Martial Becker, dans le courrier accompagnant la pétition en ligne. Malgré les embûches, l’espoir est encore bien présent chez Dembo qui attend également des « répercussions positives suite à un reportage réalisé par France 2 ».

Pour signer la pétition en ligne cliquez ICI.

Paris-Normandie

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17/02/2021

« Ce n’est pas pour l’encenser, mais Dembo est l’un de mes meilleurs apprentis, depuis que je travaille. » Martial Becker, 56 ans, tient le restaurant Les Embruns à Courseulles-sur-Mer depuis plus de onze ans. Et il se désole de la menace d’expulsion qui plane sur Dembo, jeune apprenti sénégalais de 19 ans, qui officie derrière ses fourneaux depuis août 2019.

La pétition en ligne, sur change.org, s’approchait des 13.000 signatures, mardi 16 février 2021 en fin d’après-midi.Après un premier appel peu concluant sur la même plateforme (un millier de signataires), une nouvelle mobilisation a rencontré un écho beaucoup plus large, ces derniers jours, pour soutenir le garçon de 19 ans qui a reçu une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) par la préfecture du Calvados, en octobre 2020.

Soutenu par ses amis et son patron, restaurateur à Courseulles, l’élève en brevet professionnel Arts de la cuisine, à l’Icep-CFA de Caen, a contesté, le 27 janvier 2021, la décision préfectorale devant le tribunal administratif de Caen, dont la décision devrait tomber ces prochains jours.

D’autres cas semblables récemment

Cette histoire en rappelle d’autres, récentes : à la mi-janvier, à Courseulles également, le jeune Ivoirien Amadou avait obtenu le droit de rester en France. À Caen, le 26 janvier, Souleyman, apprenti ivoirien de 18 ans, avait en revanche vu son recours rejeté. À Argentan, dans le département voisin de l’Orne, Sekou, apprenti crêpier originaire de Côte d’Ivoire, reste dans l’incertitude. Un lycéen albanais et un apprenti maçon ivoirien ont également reçu, dans l’agglomération caennaise, un soutien de leur entourage, via des pétitions en ligne, depuis début février.

Ouest-France