Coutances (50) : « C’est inhumain », le migrant géorgien Tavtuk Namazov risque l’expulsion

​Tavtuk Namazov a quitté Coutances (Manche), mardi 22 novembre 2022, dans une voiture de la police aux frontières. Débouté du droit d’asile, le père de famille risque d’être renvoyé seul en Géorgie. Une expulsion dénoncée notamment par la Pastorale des migrants. Tout tient dans la valise bleue à roulettes, qu’il tient à ses côtés. Tavtuk Namazov y a glissé son avenir. Mardi 22 novembre 2022, ce père de famille géorgien, originaire Tbilissi et installé à Coutances (Manche) depuis mars 2019, patiente encapuchonné devant le commissariat de police. Il est convoqué à 10 h 45.

Dans quelques instants, il s’engouffrera dans le bâtiment. Il saura alors s’il peut retourner auprès des siens ou s’il devra suivre la police aux frontières, qui mettra en œuvre son expulsion.

Embarqué par la police aux frontières

Une heure plus tard, les militants qui l’accompagnaient, restés à la porte, viennent aux nouvelles. « Monsieur Namazov a été embarqué », constate Jean-Claude Groud, délégué diocésain à la Pastorale des migrants, qui accompagne le réfugié dans ses démarches.

Pour Ramila, l’épouse de Tavtuk, c’est le choc. « J’ai peur aussi pour moi et les enfants », confie-t-elle. « C’est vraiment inhumain », commente Erick Pontais, un Coutançais venu exprimer son incompréhension devant le commissariat. La suite est floue. Direction Cherbourg et puis probablement un aéroport à Paris. Un trajet que le Géorgien a déjà expérimenté il y a quelques jours.

Tavtuk Namazov, quelques instants avant son départ, entouré par des Coutançais touchés par sa situation

Un contrôle routier à l’origine de l’expulsion

Pour Tavtuk Namazov, le destin s’est mis en branle le 21 septembre 2022 devant la gare. Ce jour-là, il est stoppé à un contrôle routier. Il n’a pas commis d’imprudence. Il a son permis et les papiers du véhicule. Cependant, il ne peut présenter de document l’autorisant à vivre sur le territoire national.

La machine administrative est en route. L’homme de 38 ans est assigné à résidence. Il doit pointer trois fois par jour au commissariat. Une nouvelle obligation de quitter le territoire est signée. « La semaine dernière, il s’est rendu au commissariat et les choses se sont gâtées », raconte Jean-Claude Groud.

Transféré à Cherbourg, il est ensuite conduit à Orly, où il retrouve onze autres migrants déboutés du droit d’asile. Pour une raison qu’il n’explique pas, il est finalement autorisé à revenir à Coutances. Un simple répit jusqu’à la convocation de mardi.

La circulaire Darmanin inquiète

Pour le comité de soutien improvisé, difficile de ne pas y voir l’ombre du politique. La semaine dernière, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a signé une circulaire qui invite les forces de l’ordre à durcir le ton. Elle prévoit plus de rigueur dans l’exécution des obligations de quitter le territoire et demande l’inscription des personnes concernées au fichier des personnes recherchées.

« Il est évident qu’elle représente un palier supplémentaire dans la volonté de renvoyer un maximum de migrants vers leurs pays d’origine », estime Jean-Claude Groud. « C’est la traque », assure Alain Tambour, de la Ligue des Droits de l’Homme. Il y voit un coup de communication : « Des grandes manœuvres dont sont victimes des braves gens. Ces exilés ne partent jamais de gaîté de cœur. Il y a toujours une raison profonde. On ne part pas de chez soi comme ça. »

Un groupe s’est rassemblé à la place Saint-Nicolas, puis devant le commissariat, pour soutenir le Géorgien.

De quoi, pour les associations d’aide aux migrants, s’inquiéter pour d’autres familles qui vivent dans les environs. Celle de Tavtuk Namazov est toujours à Coutances, logée dans un hébergement d’urgence. Des démarches sont toujours en cours en vue d’obtenir une autorisation provisoire de séjour.

Ouest-France