Covid-19 : A quoi va ressembler la « nouvelle vague » ?

Accélération de la propagation du variant Delta, hausse de l’incidence et du rythme de la vaccination… Les situations à l’étranger permettent d’imaginer les scénarii possibles voire probables, ces prochaines semaines, pour la France.

S’il y a bien une chose que les différentes vagues épidémiques ont appris aux autorités sanitaires et politiques françaises, c’est de ne pas rester les yeux rivés sur la propre situation du pays à l’instant présent. Alors que le variant Delta ne cesse de croître – il est détecté dans environ 40 % des tests positifs criblés, soit autour de 1.000 des 2.500 nouveaux cas quotidiens sur une semaine -, l’épidémie due au Covid-19 semble bien reprendre de la vigueur en France. Mais alors, à quoi s’attendre pour les prochaines semaines ?

Cette reprise, après deux mois de décroissance, ressemble à première vue à celle de l’été 2020. Outre sa périodicité, elle concerne les mêmes tranches d’âge. Si le taux d’incidence (nombre de cas positifs pour 100 000 habitants sur les sept derniers jours) a bondi de 29 % en une semaine toutes générations confondues, il flambe surtout chez les moins de 50 ans. La hausse est de 34 % chez les 10-19 ans, 78 % chez les 20-29 ans et 30 % chez les 30-39 ans.Covid-19 : le taux d’incidence repasse au-dessus de 50 à Paris

Nombre de cas pour 100 000 habitants sur la semaine écoulée

Cette tendance générationnelle, notamment liée aux habitudes de vie, se confirme chez nos voisins où le virus gagne de nouveau du terrain. Avec un taux d’incidence qui explose à plus de 600 chez les jeunes et à 200 en population générale, la Catalogne doit refermer ses établissements de nuit dès ce dimanche et pense au retour du masque. Cet indicateur est aussi de plus de 600 chez les 15-25 ans au Royaume-Uni.

Flambée des cas, hausse plus légère des hospitalisations

Nos voisins d’outre-Manche ayant connu leur propre rebond dès la fin du mois de mai, ce temps d’avance pousse les épidémiologistes à scruter la situation pour anticiper une éventuelle évolution semblable en France. « Ce qui est certain, c’est que le variant Delta va provoquer une remontée de l’incidence. Là où il ne faut pas forcément s’attendre à un pic aussi élevé qu’au Royaume-Uni, c’est que nous avons la chance d’avoir du retard et donc de subir l’arrivée de ce variant Delta au moment où l’impact climatique qui défavorise le virus sera le plus important, à savoir l’été », juge l’épidémiologiste de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) de Rennes, Pascal Crépey.Covid-19 : des contaminations qui repartent à la hausse.

Nombre de nouveaux cas quotidiens par million d’habitantsCas par million en IsraëlCas par million au Royaume-Uni

Cette flambée des cas de plus de 50 % par semaine au Royaume-Uni, soit désormais plus de 25 000 nouveaux positifs par jour, ne se traduit pas au même niveau dans les hospitalisations, toutefois en hausse de 29 %. Au total, 2 140 personnes sont hospitalisées, un niveau qui reste peu élevé. Ce que confirme la situation en Israël (60 % d’habitants complètement vaccinés), où, au cours de la dernière semaine, le nombre de personnes hospitalisées a augmenté de 9 %, quand le nombre de nouveaux cas a augmenté de 47 %.

C’est donc vers la pression hospitalière qu’il faudra désormais se tourner, plutôt que vers le taux d’incidence. La vaccination semble à la fois limiter le risque d’infection chez les plus âgés et réduire le risque de forme grave (déjà limité) chez les plus jeunes, qui sont moins vaccinés. La France présente l’inconvénient d’avoir une population moins vaccinée que le Royaume-Uni (un tiers chez nous, la moitié des habitants là-bas). Dans le même temps, AstraZeneca, qui semble être un peu moins efficace face à Delta (surtout avec une seule dose) a été beaucoup moins utilisé de ce côté-ci de la Manche.

« Même si la hausse de mortalité est sans commune mesure, pour l’instant, avec les vagues précédentes, le réservoir des plus de 50 ans non vaccinés pourrait nourrir une nouvelle vague hospitalière », s’inquiète Antoine Flahaut, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève. En France, seuls les deux tiers des plus de 50 ans ont terminé leur cycle vaccinal.Couverture vaccinale en Israël, Royaume-Uni et France.

Le scientifique appelle aussi à ne pas avoir la mémoire courte : « Lors de la reprise de septembre dernier, la mortalité n’a pas rebondi immédiatement ». Selon lui, en attendant d’atteindre « 95 % de vaccinés chez les plus fragiles », le « tester tracer isoler » doit rester une priorité pour espérer endiguer au maximum l’expansion du très contagieux variant Delta.

Néanmoins, il est « difficile de dire avec certitude ce qu’il va se passer. La vague hospitalière serait probablement amortie grâce à la vaccination, comme au Royaume-Uni », anticipe l’épidémiologiste Mahmoud Zureik. En ce sens, la hausse significative des prises de rendez-vous sur Doctolib ce lundi et mardi, respectivement + 40 % et + 10 % en une semaine, est de bon augure. À condition qu’elle se confirme ces prochains jours, car le rythme des primo-vaccinations a fortement ralenti depuis plusieurs semaines.

Le Parisien