Covid-19 : la vaccination dans un entre-deux

Le projet de loi veille et sécurité sanitaire, qui proroge le système de surveillance du Covid, arrive ce lundi en séance à l’Assemblée nationale. Quasiment à l’arrêt ces dernières semaines, la vaccination redémarre sous l’effet de la reprise épidémique, même si l’intérêt d’un schéma à jour varie en fonction du profil de chacun.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne lui avait pas manqué. « À chaque fois que le Covid repart, l’ambiance se dégrade à la pharmacie. Les clients sont stressés, énervés… », se désole Fabien Dutet, gérant d’une officine à Mayenne. Stimulée par le rebond épidémique (lire les repères), la vaccination reprend chez lui sur les chapeaux de roues, dans une atmosphère souvent électrique. « On a doublé l’activité en un mois. Pendant des semaines, quasiment tout le monde avait oublié les vaccins. Aujourd’hui, les gens reviennent, et leur injection, ils la veulent tout de suite ! On sent que l’inquiétude monte. »

D’autant que pour certains, les vacances sont en jeu. « Ils s’aperçoivent quelques jours avant de partir qu’ils ne répondent pas aux critères exigés ailleurs. Par exemple, pour aller en Espagne ou au Portugal, il faut que la dernière dose remonte à moins de deux cent soixante-dix jours », explique Fabien Dutet. Quant aux pays du Maghreb, ils ne considèrent pas qu’une infection après deux doses de vaccin compte comme un rappel.

Une vaccination en pause

Jusque-là peu mobilisées pour leur quatrième dose, les personnes de plus de 60 ans ou immunodéprimées retrouvent, elles aussi, le chemin de la vaccination. Un frémissement plus qu’un véritable engouement. Le 4 juillet, seuls 26,5 % des 60-79 ans éligibles à cette seconde dose de rappel l’avaient effectivement reçue, selon Santé publique France, soit une hausse de 1 % en une semaine. Chez les 80 ans et plus, le taux grimpe à 33,7 % mais il n’a augmenté que de 2,4 %.

Quant aux 18 ans et plus, ils sont encore 25 % à ne pas avoir reçu de troisième dose. « Jamais la campagne de vaccination n’aurait dû être stoppée comme on l’a fait en mars, quand, dans le contexte électoral, les autorités ont soudainement arrêté d’en parler », regrette le professeur Yves Buisson, épidémiologiste et président de la cellule Covid-19 à l’Académie nationale de médecine. « Dans le même temps, la levée des gestes barrières a donné l’impression que le Covid était terminé alors qu’il circulait toujours activement. Résultat, les gens sont perdus. »

Faut-il recevoir une troisième dose de vaccin après une ou plusieurs infections ? Si oui, combien de temps après ? Surtout, cela vaut-il toujours le coup, alors que les vaccins ont perdu de leur efficacité face aux sous-variants d’Omicron BA.4 et BA.5, désormais majoritaires en France ?

Un bénéfice variable d’une personne à l’autre

Pour les personnes fragiles, le bénéfice reste très net, affirme Yannick Simonin, virologue à l’université de Montpellier. « La protection conférée par le vaccin s’étiolant au cours du temps, ce rappel va venir restimuler le système immunitaire des personnes fragiles et ainsi, diminuer le risque de formes graves et d’hospitalisation », rappelle-t-ilPour le reste de la population, l’intérêt d’une nouvelle injection varie. « Après deux ans d’épidémie, la règle générale ne vaut plus, d’où la difficulté pour chacun de s’y retrouver. Les profils immunologiques sont aujourd’hui très variés, entre ceux qui ne sont pas vaccinés mais ont été infectés, ceux qui ont été infectés après trois doses, ceux qui ont eu Delta, ceux qui ont Omicron, ceux qui ont eu Delta puis Omicron, ou BA.1 puis BA.5… »

Sans consignes claires, beaucoup de personnes sont donc tentées d’attendre les nouveaux vaccins, espérés pour l’automne. À tort ? « Il y a quand même un bénéfice dans les semaines qui suivent le rappel avec les vaccins actuels, puisque le risque de transmission est réduit de 50 ou 60 %. Mais il est vrai que cela baisse très vite, en quelques semaines », reconnaît le virologue, pour qui différer une nouvelle injection à l’automne peut se justifier, surtout après une infection récente. « Les prochains vaccins de Pfizer et Moderna seront bivalents, c’est-à-dire qu’ils seront dirigés tant vers les souches historiques du virus, que vers les sous-variants actuels. Ils devraient donc conférer une protection plus forte et plus pérenne, y compris contre le risque de transmission. »

S’il conseille à chacun de se renseigner auprès de son médecin, le professeur Yves Coppieters plaide surtout pour une plus forte responsabilisation individuelle tout au long de l’été. « On ne peut pas tout miser sur la vaccination qui, de fait, a montré ses limites face aux souches circulantes, juge l’épidémiologiste à l’Université libre de Bruxelles. À ce stade, seuls le retour des gestes barrières et le port du masque dans les situations à risque permettront de freiner le rebond. »

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La hausse des contaminations se poursuit

Selon le dernier bulletin de Santé publique France, le 7 juillet, le taux d’incidence du Covid a augmenté de plus 50 % en une semaine, passant de 745 à 1 153 cas pour 100 000 habitants. Les jeunes sont plus touchés, mais toutes les classes d’âge sont concernées.

Les hôpitaux ont enregistré 5 953 nouvelles admissions, soit 16 % de plus que la semaine précédente. Les taux d’hospitalisation sont particulièrement élevés chez les plus de 80 ans (46,4 pour 100 000 chez les 80-89 ans et 93,3 pour 100 000 chez les 90 ans et plus).

Le nombre de décès est en hausse pour la deuxième semaine consécutive. 270 personnes sont décédées du Covid entre le 27 juin et le 3 juillet.

La Croix