Covid-19 : Le business de la troisième dose pour l’industrie pharmaceutique

Une troisième dose est désormais recommandée pour une partie des Français. Les fabricants de vaccins anti-Covid se préparent, avec des stratégies différentes.

Emmanuel Macron l’a annoncé, lors de son allocution mardi 9 novembre 2021 : pour conserver leur passe sanitaire, les Français de plus de 65 ans devront recevoir une troisième dose. Ce rappel est très important pour les personnes de plus de 65 ans et les personnes qui présentent d’autres facteurs de vulnérabilité car, six mois après leur primovaccination, on voit augmenter chez eux le nombre d’infections et de cas graves, confie Marie-Paule Kieny, présidente du comité scientifique vaccin Covid-19 et directrice de recherches à l’Inserm. Depuis, sur la plateforme de réservation médicale Doctolib, c’est la ruée.

Quel est le principal gagnant côté laboratoires ?

Les fabricants de vaccins anti-Covid se frottent aussi les mains. En particulier Pfizer. Allié à la société de biotechnologie allemande BioNTech, ce laboratoire pharmaceutique américain a misé sur la technologie des vaccins à ARN messager, qui est préconisée pour la 3e dose. En mettant très rapidement sur pied un système de production de ses vaccins, avec des partenariats à travers le monde, il a déjà livré 2,3 milliards de doses à travers le monde cette année (dont 82 millions en France) et ambitionne de passer à 4 milliards de doses en 2022.

Aux États-Unis comme en Europe, c’est lui qui dispose de la plus grande part du marché des vaccins anti-Covid. En France, sur plus de 98 millions de doses de vaccin contre le Covid-19 administrées au 28 octobre 2021, plus de 78 millions étaient des doses Pfizer/BioNTech : soit près de 80 % ​, assure-t-on chez Pfizer.”

Comment l’industrie pharmaceutique fixe-t-elle les prix ?

Côté prix, Pfizer n’est pourtant pas le mieux disant. Il aurait même fait augmenter ses tarifs cet été, a révélé le Financial Times , alors que son produit était déjà (à 12 € la dose, selon une fuite du gouvernement belge en décembre 2020) parmi les plus onéreux des vaccins anti-Covid achetés par l’Europe. Ceci me semble absolument injustifié au vu des énormes profits déjà réalisés, bien au-delà des investissements déjà effectués ou nécessaires pour améliorer les vaccins, s’insurge Marie-Paule Kieny. Surtout dans le contexte d’un investissement public significatif.

Le point de vue est tout autre chez Pfizer : Nous avons investi à risque dès mars 2020 et assumé seuls les coûts de développement et de production du vaccin, sans bénéficier de subventions publiques ou privées.​ Le laboratoire a fait le choix d’adapter ses prix au pouvoir d’achat des pays, selon qu’ils ont un revenu élevé, moyen ou faible. Les pays pauvres bénéficient alors de son vaccin à prix coûtant : c’est le cas pour 1,1 milliard de doses cette année.

Ses concurrents AstraZeneca et Johnson & Johnson (J & J) assurent, eux, vendre leurs vaccins anti-Covid au monde entier à prix coûtant, c’est-à-dire sans réaliser de bénéfices, respectivement autour de 2,50 € et 7 € la dose. La politique tarifaire d’AstraZeneca lui a été inspirée par l’université d’Oxford, qui avait développé la technologie, rappelle Marie-Paule Kieny. Elle paraît plus alignée que les autres politiques tarifaires avec la notion que la vaccination contre le Covid-19 devrait être considérée comme un bien public mondial. ​Cela a néanmoins permis à AstraZeneca – qui ne fabriquait pas de vaccins jusqu’alors – de s’ouvrir de nouveaux marchés, et à J & J, englué dans la crise des opiacés aux États-Unis, de redorer un blason un peu terni.

Pourquoi Pfizer est-il si bien placé en Europe ?

Si Pfizer est en position de force pour négocier, c’est qu’il est arrivé le premier sur le marché européen et a joué le rôle du bon élève en termes de transparence sur la production, la livraison, mais aussi de capacités de son vaccin à protéger le plus grand nombre – y compris aux nouveaux variants – avec peu d’effets secondaires…

Des arguments qui font mouche, alors que le nombre de vaccins autorisés à travers le monde contre le Covid-19 reste encore faible, et que le projet du français Sanofi se fait encore attendre.

Où en est Sanofi ?

Ses essais cliniques de phase 3, qui en évaluent l’efficacité et la tolérance, sont toujours en cours. Les résultats sont attendus d’ici la fin de l’année ​, précise un porte-parole du géant pharmaceutique français, présageant une mise sur le marché au début de l’année 2022.

Malgré son arrivée tardive, « le vaccin de Sanofi Pasteur sera le bienvenu puisqu’il est clair qu’il faudra des rappels de vaccin pour garder un niveau de protection élevé, estime Marie-Paule Kieny. Ce vaccin, plus traditionnel​, pourrait aussi amener à la vaccination des personnes jusqu’à ce jour réticentes ».Comprenez-vous la décision de conditionner le passe sanitaire à une dose de rappel pour les plus de 65 ans ? Reste à savoir si le risque d’une pénurie de seringues, mis en exergue par l’Organisation mondiale de la Santé, ne fera pas, d’ici là, flamber les prix des vaccins anti-Covid.

Ouest-France