Covid-19 : Les laboratoires chinois de Wuhan auraient bien manipulé des coronavirus

Des documents publiés par le NIH, l’Institut national de la santé américain, soulèvent de nouvelles questions sur les recherches en virologie menées par la Chine et sur certains financements octroyés par les États-Unis. Ils viennent confirmer en partie les soupçons que les laboratoires de Wuhan auraient conduit leurs travaux au-delà de ce qui avait été précédemment officiellement admis, notamment en manipulant génétiquement des coronavirus. Ils tendent aussi à montrer que l’ONG EcoHealth Alliance, qui les a en partie financés avec des fonds publics américains, a singulièrement manqué de transparence à leur propos.

Selon le NIH, leurs travaux sont allés au-delà de ce qui avait été précédemment admis officiellement.

Ces révélations placent dans une position délicate Anthony Fauci, principal conseiller de Joe Biden sur les questions de santé et directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, qui avait affirmé cet été devant le Sénat que le NIH n’avait pas financé des recherches incluant des manipulations génétiques de coronavirus.

Or, près de vingt-deux mois après le début de l’épidémie, le NIH a reconnu la semaine dernière dans une lettre au Congrès américain qu’EcoHealth Alliance a effectivement subventionné des travaux de gain de fonction menés par l’Institut de virologie de Wuhan sur des coronavirus de chauve-souris. Ces manipulations consistant à faire muter un virus pour qu’il devienne potentiellement plus infectieux pour l’homme, sont très contestées par de nombreux chercheurs, en raison de leur dangerosité.

La lettre fait aussi apparaître qu’EcoHealth Alliance a violé les termes des conditions de la subvention reçue par le NIH, en ne signalant pas un résultat qui aboutissait à décupler la capacité infectieuse d’un agent pathogène. Le NIH décrit dans sa lettre comme «inattendu» le résultat de ces travaux, s’abstenant cependant d’employer l’expression gain de fonction.

Les interrogations avaient déjà été relancées au début du mois de septembre, quand le site d’information The Intercept avait publié plus de 900 pages de documents obtenus dans le cadre de la loi américaine sur la liberté d’information, concernant les subventions du NIH à EcoHealth Alliance.

Ce rapport a finalement été inclus dans sa lettre remise la semaine dernière au Congrès par le NIH. Daté d’août 2021, le document décrit une «expérience limitée» dans laquelle des souris de laboratoire infectées par un virus modifié sont devenues plus malades que celles infectées par «un virus naturel».

Parmi ces documents, figuraient deux demandes de subventions déposées par l’ONG. L’une des propositions, intitulée «Comprendre le risque d’émergence des coronavirus de chauve-souris», détaillait un projet de recherches potentiellement dangereuses menées sur des coronavirus de chauve-souris à Wuhan. Dans une première version de ces documents, reçus par The Intercept plus d’un an après en avoir fait la demande, ne figuraient pas les derniers rapports d’avancement de la subvention, qu’EcoHealth Alliance aurait dû soumettre à la fin de sa période de subvention en 2019.

Autre élément troublant sur le rôle d’EcoHealth Alliance, et de son directeur, Peter Daszak, le 20 septembre dernier, un groupe d’enquêteurs indépendants se faisant appeler Drastic (abréviation pour équipe radicale, autonome et décentralisée d’enquête sur le Covid-19), avait publié une demande de subvention de 14 millions de dollars que l’ONG avait soumise en 2018 à l’Agence pour les projets de recherche avancée de la défense (Darpa), un organisme dépendant du Pentagone et finançant des travaux de recherche scientifique. L’ONG proposait de s’associer à l’Institut de virologie de Wuhan pour opérer des manipulations de gain de fonction sur des coronavirus.

La Darpa avait rejeté la proposition, estimant qu’elle ne tenait pas pleinement compte des risques liés à la recherche sur le gain de fonction. Mais cette proposition a frappé les chercheurs, notamment par sa mention d’un segment distinctif du code génétique du Sars-CoV-2, le site de clivage de la furine, qui rend le virus plus infectieux en lui permettant de pénétrer efficacement dans les cellules humaines.

Tous ces documents contredisent en partie les déclarations du Dr Anthony Fauci, qui avait démenti devant le Congrès américain en juillet dernier que le NIH ait sciemment financé des recherches sur le gain de fonction sur des virus, en réponse aux accusations lancées par le sénateur républicain du Kentucky, Rand Paul. Fauci avait admis qu’il n’avait en revanche pas de certitudes sur la façon dont le laboratoire chinois avait pu utiliser les subventions reçues. «Il devrait être viré pour son manque de jugement», a déclaré le sénateur Paul à propos du Dr Fauci dans un entretien au site Axios diffusé dimanche.

Sur la chaîne ABC, Fauci s’est dit «en total désaccord avec le sénateur Paul. Il a tout à fait tort. Ni moi ni le Dr Francis Collins, le directeur du NIH, n’avons menti ou induit en erreur sur ce que nous avons fait, a dit Anthony Fauci. Il est impossible que les virus sur lesquels on a travaillé se transforment en Covid-19».

La difficile enquête sur les origines possibles de la pandémie de Covid-19 n’a pour l’instant confirmé ou infirmé aucune hypothèse. L’embargo absolu mis en place par les autorités chinoises a empêché chercheurs et enquêteurs d’accéder aux moindres données utiles dans ce pays. L’enquête commanditée par l’Administration Biden sur les origines du Covid-19, et dont les résultats ont été partiellement rendus publics en août dernier, n’est pas parvenue à des conclusions fermes sur la question de savoir si le virus a été transmis à l’homme par un animal infecté ou par un accident de laboratoire.

Le rapport indiquait que si la plupart des agences de renseignement «évaluent avec un faible degré de confiance» le fait que le Covid «n’a probablement pas été produit par génie génétique», elles n’avaient pas suffisamment de preuves pour parvenir à une conclusion ferme.

Si les récentes révélations ne viennent pas non plus confirmer une hypothèse ou une autre, elles indiquent cependant un manque certain de transparence dans le financement des recherches en virologie chinoises par des agences fédérales américaines.