Covid-19 : L’obligation du passe sanitaire, un casse-tête pour les entreprises

Le passe sanitaire sera étendu pour les plus de 12 ans dès le 21 juillet aux « lieux de loisirs et de culture » rassemblant plus de 50 personnes. Puis, début août, aux cafés, restaurants, centres commerciaux, mais aussi lors des longs trajets en avion, en train ou en car.

« Aujourd’hui, je me suis senti concerné par deux annonces, une pour la semaine prochaine, une pour après. » Barthélemy Jeanroch, le directeur du centre commercial B’EST, en Moselle, et de B’Fun Park, l’espace de loisirs indoor attenant, préfère garder le sourire après les déclarations d’Emmanuel Macron, lundi 12 juillet. Le chef de l’Etat a indiqué que le passe sanitaire serait étendu pour les plus de 12 ans dès le 21 juillet aux « lieux de loisirs et de culture » rassemblant plus de 50 personnes. Puis, début août, après promulgation d’un texte de loi, aux cafés, restaurants, centres commerciaux, mais aussi lors des longs trajets en avion, train et car. « Seuls les vaccinés et les personnes testées négatives pourront accéder à ces lieux, qu’ils soient clients, usagers ou salariés », a-t-il détaillé.

Immédiatement, M. Jeanroch a tenté de vérifier « par une boucle WhatsApp avec [son] personnel si tout le monde était vacciné. C’est quand même une donnée qui ne regarde pas l’employeur ». Mais le nouveau dispositif pose de nombreuses questions sur sa mise en œuvre. « Si un salarié refuse, qu’est-ce que j’en fais ? On ne peut pas le licencier. Je ne peux pas le laisser à la maison et ne pas le payer », s’interroge-t-il. « Doit-on le mettre en arrêt maladie ? Qui paie ? », renchérit Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du commerce.

Les centres commerciaux comme B’EST, qui accueille jusqu’à 30.000 personnes par jour, vont devoir exercer les contrôles. « On ne sait pas faire, lance M. Jeanroch. On n’est pas habilités à lire les QR codes, les gens vont nous montrer un code et on va les laisser passer. » Et tout cela a un prix. « Ça va nous coûter une fortune. Un agent à chacune des quatre portes d’entrée pendant douze heures sur six jours… »

« Ce n’est pas à nous de faire la police »

Les grandes surfaces alimentaires sont encore moins sereines. « On ne peut pas interdire aux gens de faire leurs courses ou d’aller dans une pharmacie. Ce sont des besoins essentiels, souligne Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution. Et parmi nos salariés, il y a beaucoup de jeunes. Le temps qu’ils se vaccinent, il leur faudra faire un test PCR tous les trois jours ? Ce sera compliqué à gérer. » « Attendons que la loi soit votée », conclut Gontran Thüring, délégué général du Conseil national des centres commerciaux.

Pas de réelle surprise du côté des bars et restaurants ouverts depuis le 19 mai, où le passe sanitaire était déjà envisagé. « Même si nous nous y attendions, cette nouvelle contrainte n’est guère réjouissante », réagit Roland Héguy, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, avant d’ajouter : « Nous avons deux priorités, éviter la propagation du virus et rester ouverts. » Mais comment appliquer cette obligation ? Aujourd’hui, ils doivent avoir un QR code sur leur devanture et un cahier de rappels. Ce protocole est boudé par les clients et les serveurs ne sont guère empressés à le faire appliquer. « Nous sommes là pour vendre de l’accueil, de la convivialité, ce n’est pas à nous de faire la police », estime M. Héguy.

L’impact sur l’économie touristique devrait être limité. Les enquêtes mettent en évidence le poids des caractéristiques socio-économiques dans le refus de la vaccination : les revenus les plus faibles y sont les plus réticents. Ce sont aussi ceux qui partent le moins en vacances, en particulier dans l’hébergement marchand.

Ceux qui ont le plus à perdre sont les gérants de zoo ou de parc d’attractions, qui s’étaient vivement battus au printemps pour que le passe sanitaire ne soit pas obligatoire. La clientèle des parcs d’attractions est jeune, donc peu vaccinée, et le Syndicat national des espaces de loisirs, d’attractions et culturels estimait alors que cette obligation réduirait de 70 % la fréquentation.
La gestion de ces règles s’annonce particulièrement délicate dans les campings, les clubs de vacances ou les hôtels, dont les hôtes n’auront pas besoin d’être vaccinés… mais devront présenter un passe sanitaire pour entrer dans l’espace de restauration.

« Des règles simples, il était temps »

Malgré cette incertitude, plusieurs acteurs se montrent satisfaits. « Cela permet de préserver notre prochaine saison hivernale, dont l’enjeu est extrêmement important »,estime Lionel Flasseur, directeur du comité régional du tourisme en Auvergne-Rhône-Alpes. Pour Karim Soleilhavoup, à la tête du réseau d’hôteliers-restaurateurs indépendants Logis Hôtels, « le passe sanitaire va devenir tellement indispensable que l’ensemble des clients, progressivement, viendront à la vaccination ».

Pas davantage d’inquiétude pour Jean-François Rial, patron du tour-opérateur Voyageurs du monde : « De la clarté, des règles simples, il était temps. Si vous voulez voyager, on se vaccine. Sinon, tant pis, on reste en France. »

Du côté des transports longue distance – TGV, trains intercités, autocars –, c’est la surprise. « Qui contrôlera le passe sanitaire des voyageurs et, plus délicat encore, celui des agents présents à bord ? Et puis, qu’est-ce qu’on appelle un long trajet ? »,remarque Florent Monteilhet, secrétaire général adjoint de l’UNSA-Ferroviaire. La SNCF a indiqué qu’elle « informer[ait] les voyageurs du périmètre des trains concernés et des modalités de contrôle dès qu’ils seront arrêtés par le gouvernement ».

Chez FlixBus, numéro un français du transport par autocar, la mesure est accueillie positivement. « Tout ce qui est destiné à sortir de cette épidémie est une bonne chose, note Yvan Lefranc-Morin, directeur France & Benelux. Mais il y a encore du flou. Les chauffeurs de nos entreprises partenaires – qui sont déjà pour beaucoup vaccinés – auront-ils l’habilitation pour procéder à des contrôles ? Nous avons vite besoin d’éclaircissements. »

Le Monde