Covid : L’OMS n’exclut plus l’hypothèse d’une fuite d’un laboratoire chinois

Deux ans et demi d’enquête, et toujours rien. Ou si peu. Une équipe de scientifiques de renom (composée d’experts américains, chinois et originaires de 25 autres pays) convoquée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a enquêté depuis plusieurs mois sur les origines encore floues du Sars-CoV-2. Leurs conclusions ont été publiées ce jeudi 9 juin dans un rapport d’une trentaine de pages. En sait-on plus sur les circonstances qui ont conduit à l’émergence du Covid-19, la plus grave pandémie depuis plus d’un siècle ? Oui… et non. D’abord parce que le groupe n’a fait, pour le moment, que passer en revue les recherches déjà effectuées, et qu’il ne s’agit que d’un rapport préliminaire. 

Le premier enseignement de ce rapport est le plus polémique. Contrairement au premier rapport publié en mars 2021 par l’équipe conjointe OMS-Chine – vivement critiqué pour sa partialité vis-à-vis du régime chinois -, qui éliminait d’emblée l’hypothèse d’un accident de laboratoire, cette équipe affirme que cette piste nécessite “des investigations supplémentaires”. Toutefois, aucune nouvelle donnée ne permet d’étayer cette thèse.

Rappelons ici que, depuis le début de la pandémie, des scientifiques jugent un “lab leak” possible, et que des preuves menant à l’Institut de virologie de Wuhan (WIV) ont été exhumées au fil des mois, notamment sur Twitter. Cette hypothèse existe donc, mais elle est encore loin d’être prouvée. Si besoin était de prouver l’aspect hautement politique de cette question, des membres du groupe du Brésil, de Chine et de Russie se sont opposés aux appels à une enquête plus approfondie sur cette théorie. 

Si l’hypothèse d’un accident de laboratoire n’est pas prouvée, qu’en est-il de la transmission animale, aussi appelée zoonose ? Cette hypothèse est privilégiée par une majorité de chercheurs à travers le monde depuis le début de la pandémie. Selon le rapport, les données disponibles suggèrent que le Sars-CoV-2 a une origine animale, ce qui signifie qu’il se propage entre les animaux dans un cadre naturel, mais que ni l’animal qui a infecté les humains ni le lieu où cette infection s’est produite ne peuvent actuellement être identifiés. Longtemps, le marché aux fruits de mer Huanan, situé à Wuhan, avait été présenté comme le lieu d’origine de la pandémie. Or, on sait aujourd’hui qu’il a bien joué un rôle d’accélérateur dans la propagation du virus, mais il n’est pas le lieu où s’est déclenchée la pandémie.  

“Ils ont fait de bons progrès”

“Ce n’est que le début”, a déclaré aux journalistes Maria Van Kerkhove, épidémiologiste de l’OMS et membre de l’équipe de chercheurs, avant la publication du rapport. “Ils ont fait de bons progrès. Ils ont clairement indiqué qu’il y avait encore du travail à faire”, a-t-elle poursuivi. Ce rapport, s’il ne répond à aucune question avec certitude, a le mérite de relancer le débat sur les origines de la pandémie de Covid-19. Car, deux ans et demi après son apparition, aucune thèse ne s’est imposée. 

Pékin rejette les accusations d’une fuite de laboratoire, et le progéniteur direct du Sars-CoV-2 n’a jamais été identifié dans la nature. Un virus proche de ce dernier, baptisé RaTG13 et identique à 96,1 % a bien été découvert chez une chauve-souris Rhinolophe dans une grotte du Yunnan, dans le sud de la Chine, en 2013 ; et un autre chez cette même espèce de chauve-souris dans le Laos (avec 96,8 % de ressemblance) au Laos en 2020 par une équipe de l’Institut Pasteur, mais il ne s’agit que d’ancêtres lointains. 

Les experts de l’OMS ont appelé à la réalisation de nombreuses études, notamment à des tests sur des animaux sauvages pour déterminer quelles espèces pourraient héberger le Covid-19. Pour déterminer si le Covid-19 aurait pu être le résultat d’un accident de laboratoire, les experts de l’OMS ont déclaré que la recherche devrait être menée “avec le personnel des laboratoires chargé de gérer et de mettre en oeuvre la biosûreté et la biosécurité”, affirmant que cela fournirait plus d’informations sur la façon dont les virus liés au Covid-19 ont été gérés. La Chine a précédemment qualifié de ” sans fondement” la suggestion selon laquelle le Covid-19 a commencé dans un laboratoire et a répliqué que le virus pourrait provenir d’installations américaines, qui étaient également connues pour rechercher des coronavirus chez les animaux. Le gouvernement chinois a déclaré qu’il soutenait la recherche des origines de la pandémie, mais que d’autres pays devraient être au centre des préoccupations.  

En août dernier, des scientifiques liés à l’OMS ont déploré que la recherche des origines de la pandémie soit au point mort et que la fenêtre d’opportunité se “fermait rapidement”. Ils ont averti que la collecte de données qui dataient maintenant d’au moins deux ans était de plus en plus difficile. Sans le concours de Pékin, il sera difficile, voire impossible, de résoudre le mystère des origines du Covid-19. Ou cela pourrait prendre des années, voire des décennies. 

L’Express