Covid : Pour Gabriel Attal, « C’est soit la vaccination générale, soit le tsunami viral »

Alors que le projet de loi sur l’extension du pass sanitaire et l’obligation vaccinale des soignants est présenté ce lundi 19 juillet en conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement défend les choix du gouvernement et appelle les vaccinés à « convaincre ceux qui hésitent encore ». Gabriel Attal met en garde contre l’inédite explosion du taux d’incidence et tire à boulets rouges contre une partie des antivax, cette «frange capricieuse et défaitiste».

Où en est la situation épidémique ?

GABRIEL ATTAL. La sonnette d’alarme est tirée. La France est repassée au-dessus du seuil d’alerte avec un taux d’incidence de plus de 50 sur 100 000 habitants, en augmentation de 80% sur une semaine, du jamais-vu depuis le début de la crise. Il faut être clair : dorénavant, c’est soit la vaccination générale, soit le tsunami viral, il n’y a pas d’alternative.

Comment améliorer les délais pour ceux qui souhaitent se faire vacciner ?

Jusqu’à l’allocution du président, la baisse des rendez-vous pouvait entraîner une plus faible mobilisation dans certains centres. Évidemment, elle est désormais renforcée et nous avons les doses nécessaires. Les personnels sont rappelés, Olivier Véran (NDLR : le ministre de la Santé) vient d’élargir la capacité de vacciner à d’autres professionnels, comme les masseurs-kinés ou les orthophonistes. Les centres de vaccination sans rendez-vous vont fleurir tout l’été dans les zones touristiques.

Le projet de loi présenté ce lundi en conseil des ministres comprend l’isolement pendant dix jours des personnes positives. Est-ce réaliste ?

Réaliste et utile. Cette mesure nous a été régulièrement demandée depuis le début de l’épidémie. Aujourd’hui, un dispositif de contrôle par la police existe pour les personnes qui viennent de pays « rouges » même s’ils sont négatifs, avec une verbalisation de 1.000 euros s’ils ne respectent pas leur isolement. L’étendre aux cas positifs détectés sur le sol français relève du bon sens. Un débat parlementaire aura lieu sur ce sujet.

Les mobilisations antivax vous inquiètent-elles ?

Avec ces manifestations, le virus peut compter ses troupes. Je fais la part des choses. Il y a une France laborieuse et volontariste, qui veut mettre le virus derrière elle et travailler. Elle est largement majoritaire. Et puis il y a une frange capricieuse et défaitiste, très minoritaire, qui se satisferait bien de rester dans le chaos et l’inactivité. Entre les deux, il y a évidemment des Français qui doutent sincèrement, à convaincre. Nous nous y employons, et j’appelle chacun des 37 millions de vaccinés à nous y aider, dans son cercle familial, amical ou professionnel, en convainquant ceux qui hésitent encore à se faire vacciner. Nous ne voulons pas faire peser sur les vaccinés le choix des non-vaccinés.

Il y a aussi ceux qui critiquent les atteintes aux libertés individuelles. En les stigmatisant, ne craignez-vous pas d’exacerber les tensions ?

Au contraire. Ce qui exacerberait les tensions, ce serait de refermer des lieux à tous les Français car une petite minorité ne veut pas du vaccin. Je m’étonne d’entendre Monsieur Bellamy (NDLR : eurodéputé LR) et Madame Le Pen (NDLR : présidente du Rassemblement national) se faire les apôtres de la liberté individuelle, alors que les mêmes s’opposent au droit des femmes à disposer de leur corps pour l’avortement et défendent des régimes autoritaires comme la Pologne ou la Hongrie qui interdisent des zones d’accès aux LGBT. En France, on parle juste de mettre en place un code QR à l’entrée d’un restaurant pour maintenir des libertés collectives…

Emmanuel Macron attend la fin de l’épidémie pour régler la question des retraites. Est-ce la mort de cette réforme ?

La question n’est pas de savoir s’il faut faire la réforme, mais quand il faut la faire. On se met en situation de pouvoir mettre en place cette réforme dès lors que l’horizon épidémique sera dégagé. Nous chercherons à répondre à la question du financement du régime, à celle de l’équité avec la fin des régimes spéciaux, à celle des inégalités. Il est inadmissible que des personnes, après une vie de travail, perçoivent une très faible pension. Sur ce point, le président a fixé le cap : une retraite minimale à 1000 euros pour tous les Français qui ont travaillé. Les travaux vont reprendre avec les partenaires sociaux, sous l’égide du Premier ministre, dès le mois de septembre.

Est-ce vraiment tenable d’avoir un garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, mis en examen ?

Revenons aux faits : il n’y a pas de questions d’enrichissement, pas de détournement. C’est une mise en examen liée à une décision qu’il a prise dans le cadre de ses fonctions de ministre, dans la continuité de sa prédécesseure et sur recommandation de son administration. Diligenter une inspection quand on est ministre est un acte extrêmement fréquent. Le Premier ministre lui a renouvelé sa confiance.

Xavier Bertrand, candidat à la présidentielle, dénonce le «volontarisme d’opérette» d’Emmanuel Macron, la maire de Paris, Anne Hidago, critique votre gestion de la crise. La campagne pour 2022 a commencé…

Depuis vingt-cinq ans qu’il est élu, Xavier Bertrand dit toujours qu’il est pour des réformes, mais quand elles arrivent, il se carapate, récemment encore sur l’assurance chômage. Il nous critique sur l’immigration ? On naturalise 30% de moins que lorsqu’il était ministre. Quant à Anne Hidalgo, fin février, elle voulait une stratégie zéro Covid, elle proposait trois semaines de confinement, mais maintenant elle est ambiguë sur la vaccination obligatoire des soignants, elle ne veut pas que la non-application du pass sanitaire soit sanctionnée. Sa parole politique est un looping permanent.

Comment regardez-vous l’hypothèse d’une candidature Zemmour ?

Je ne me réjouirai jamais que les candidatures se multiplient sur le banc des haineux. Eric Zemmour, c’est le triomphe de l’esprit de défaite, le culte de la nostalgie, le renoncement à toutes les ambitions pour se concentrer sur la désolation. Son constat est de dire qu’il y a trop d’immigrés et trop de personnes issues de l’immigration. Que va-t-il proposer ? La « remigration », comme on dit ? Donc mettre des millions de Français dans des avions ? Plus il avancera, moins il rassemblera. Je constate qu’il provoque plutôt des maux de tête au Rassemblement national qu’un enthousiasme populaire.

Le Parisien