Covid : Qui sont les catholiques opposés à la vaccination obligatoire ?

Une petite partie des catholiques sont opposés, à l’instar d’autres Français, à la vaccination obligatoire et au passe sanitaire. Leur contestation peut quelquefois trouver racine dans leur foi, mais s’explique surtout par des motifs culturels et sociologiques.

Les modérateurs du groupe ont fini par clôturer la section des commentaires. C’était peut-être la plus sage décision à prendre, tant le débat devenait passionnel et clivant. Et menaçait d’acter, au sein d’une communauté rassemblée par une foi fédératrice, des différends irréconciliables.

Sur le groupe Facebook « Little Catho » qui réunit en ligne 7.400 catholiques français, comme dans de nombreuses familles et paroisses ces dernières semaines, les avis autour de la pression vaccinale ont enflammé les discussions. Rien n’indique que les catholiques sont plus sensibles aux théories du complot ou qu’ils sont plus hostiles à la vaccination que la population générale. Pour autant, il existe chez certains de ces croyants des marqueurs et des prédispositions particulières sur ces questions.

« Que pensez-vous de la vaccination obligatoire des soignants ? Je la refuse, on dit qu’elle est faite – au moins pour certains vaccins de cellules de bébés avortés. Est-ce que certains soignants catholiques l’ont fait ? », interroge par exemple Marie (1) lançant ainsi la conversation virtuelle qui a vu s’opposer sur « Little Catho » des fidèles aux positions tranchées.

« Ces catholiques ont perdu confiance en l’État pour réguler la science »

Las, la discussion n’a pas donné lieu à des retournements d’opinion, tant les arguments avancés sont devenus des convictions indéboulonnables. Qu’ils s’expriment sur les réseaux sociaux ou qu’ils soient physiquement présents dans les manifestations contre le passe sanitaire, les catholiques venus grossir les rangs des Français opposés aux nouvelles mesures gouvernementales sont dans leur grande majorité, soit des fidèles traditionalistes, soit des catholiques observants ayant l’habitude de se mobiliser sur les enjeux de bioéthiques. À lire aussi Bioéthique, les opposants à la loi se mobilisent

Depuis l’adoption des lois de bioéthique comme le mariage pour tous et la PMA pour toutes, ces catholiques-là ont perdu confiance en la capacité de l’État à réguler les poussées scientifiques. Ils considèrent que les gouvernements successifs repoussent opportunément les barrières éthiques qu’ils sont censés fixer, à chaque fois qu’une expérimentation supplémentaire sur le plan médical semble nécessaire. Il est probable que cette mémoire conflictuelle et cette perte de crédit de l’État à leurs yeux sur ces questions jouent un rôle dans le scepticisme vis-à-vis des vaccins contre le Covid-19 », observe le sociologue historien du catholicisme Yann Raison du Cleuziou.

Une question morale ?

Si les oppositions à la stratégie sanitaire du gouvernement ont toutes leur légitimité à s’exprimer dans le débat démocratique, un certain type de défiance – plus partisan – est alimenté par des circuits d’informations fabriqués souvent hors des médias traditionnels. Là encore les mobilisations sur les lois de bioéthiques ont constitué un point de rupture pour des catholiques, selon Yann Raison du Cleuziou: « Pendant la Manif pour Tous, beaucoup de fidèles observants se sont sentis caricaturés de manière outrancière par les médias dominants. Ils sont donc allés chercher les informations correspondant mieux à la représentation qu’ils ont d’eux-mêmes sur d’autres canaux, sur des sites comme le Salon Beige et les réseaux sociaux. Cette mise à l’épreuve médiatique leur a fait prendre confiance dans de nouveaux médias, où l’information n’est pas toujours vérifiée. »

De fait, des références dans les milieux catholiques à des figures jugées complotistes ou non fiables par les médias traditionnels sont souvent brandies. « Personnellement, j’écoute la généticienneAlexandra HenrionCaude, le professeur Montagnier, prix Nobel de médecine, et le docteur Raoult, qui est l’un des infectiologues les plus réputés au monde. Ils sont contre un vaccin en essai en phase deux ; je ne suis pas un cobaye de laboratoire et mon médecin sait très bien soigner le coronavirus comme beaucoup d’autres médecins. Bon courage ! », commente l’un des internautes du groupe « Little Catho », citant là trois figures médicales controversées, dont les propos sont le plus souvent rapportés sans recul par des sites d’informations alternatifs.

« Je fais en fonction de ce que me disent mon cœur et mon intelligence »

Chez un petit nombre de catholiques, la question est aussi morale. Des fidèles s’émeuvent que des lignées cellulaires provenant de fœtus avortés ont été utilisées dans le processus de recherche et de production de certains vaccins.

Et ce, malgré l’approbation du Vatican, en décembre dernier, justifiant notamment de la gravité de la pandémie et « de l’existence de responsabilités différenciées dans la coopération au mal ». « Je connais l’avis de l’Église. Chacun fait en fonction de sa conscience, la mienne me fait dire que ça reste un mal. Le reste de mes réflexions sont sur le manque de recul, sur le manque de clarté de toutes ces informations… Je fais en fonction de ce que me disent mon cœur et mon intelligence. Les deux sont d’accord sur le fait de ne pas me faire vacciner pour le moment »,indique Anne Trihn, mère au foyer de 29 ans, résidant en Nouvelle-Aquitaine. « Conscience » mais aussi « manque de recul » : l’entremêlement des raisons invoquées exprime au moins tout autant une confiance dégradée en la parole d’État que des convictions religieuses.

Les catholiques ne sont pas les seuls croyants à exprimer une défiance qui s’enracine dans un rapport difficile à l’autorité. « Dans certains milieux évangéliques, toute l’actualité de la loi dite sur les séparatismes a nourri une certaine inquiétude quant à la posture des autorités en France, qui pourrait menacer les libertés de culte, rapporte le pasteur baptiste Erwan Cloarec, auteur d’un ouvrage sur les rapports entre foi et politique. Il y a toute une frange de l’évangélisme qui peut flirter avec le fondamentalisme, portant un regard suspicieux sur les vérités qui nous sont présentés médiatiquement. C’est une tendance marginale mais qui trouve sur les réseaux sociaux et dans certaines paroisses, un écho. »

Des discours qui sont en tout cas publiquement rejetés par les institutions représentatives des différentes confessions chrétiennes, le pape François ayant même qualifié dès janvier dernier le refus de la vaccination de « négationnisme suicidaire ».

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« Aider à réfléchir aux vrais enjeux »

Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris (2)

« Il faut d’abord comprendre pourquoi certaines personnes résistent à la vaccination. La contrainte induit nécessairement des résistances. Celles-ci viennent aussi du fait que nous sommes en présence d’une nouveauté, avec l’ARN messager, et toute nouveauté génère des réticences. Les personnes doivent pouvoir s’exprimer et surtout être écoutées. La culpabilisation ne sert à rien. Moins les gens sont entendus, plus ils se durcissent et même se radicalisent. Il faut les aider à réfléchir aux vrais enjeux de la vaccination et dialoguer avec eux. En rappelant par exemple que la vaccination obligatoire, contre la polio ou le tétanos par exemple, a déjà cours. »

(1) Le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat de la personne.

(2) Il est aussi médecin de formation.

La Croix