Creil (60) : Après des années de galère, Sofiane, enfant des quartiers a lancé sa marque de montres et se rêve en Xavier Niel des montres

Enfant du Plateau Rouher, Sofiane Aliane veut donner une autre image des quartiers: celle des jeunes qui entreprennent. A 29 ans, il vient de lancer sa marque de montres, Naël & Camélia, l’objectif de sa vie après des années à enchaîner les petits boulots.

Avec sa marque, Naël & Camelia, spécialisée dans les montres et les bijoux, Sofiane Aliane veut montrer qu'on peut s'en sortir même si on vient d'un quartier populaire. LP/Simon Gourru
Avec sa marque, Naël & Camelia, spécialisée dans les montres et les bijoux, Sofiane Aliane veut montrer qu’on peut s’en sortir même si on vient d’un quartier populaire.

C’était les montres ou la pizzeria. À 29 ans, Sofiane Aliane s’est retrouvé à un tournant. Après avoir amassé de maigres économies tout au long de la première partie de sa vie professionnelle, il avait enfin de quoi lancer un projet. Ce sera les montres, un choix du cœur qui découle de certaines frustrations remontant à son enfance.

Pour l’anniversaire de ma mère, je n’avais pas d’argent alors je lui prenais un bouquet de fleurs, mais j’aurais préféré lui acheter des bijoux », regrette le Creillois. Ce qui fait aujourd’hui le credo de Naël & Camélia, sa marque aux prénoms de ses enfants : « des produits de qualité accessible à tous », martèle-t-il.

« Quand on voit sa mère galérer comme ça… »

Pour le jeune entrepreneur, il faut sortir de l’idée que le prix fait la qualité. « J’ai les mêmes matériaux, voire les mêmes fournisseurs, que des concurrents qui vendent leurs montres deux à trois fois plus cher, assure-t-il. Les grandes marques ont des frais de marketing et de communication que je n’ai pas. »

Le début d’une nouvelle vie pour cet enfant du Plateau Rouher, à Creil (Oise), qui avait dû arrêter tôt ses études. Vers 6 ans, il voit son père quitter le foyer. Sa mère, qui enchaîne les ménages, doit arrêter le travail à la suite de problèmes de santé. Vers 15 ans, Sofiane va enchaîner les petits boulots, avant de stopper sa scolarité après la seconde.

J’adorais l’école, une prof est même venue chez moi me persuader de continuer, c’était comme dans les films, sourit-il. Mais je n’avais pas le choix, nous avions vraiment besoin d’argent. Quand on voit sa mère galérer comme ça, la crise d’adolescence, elle ne dure même pas un jour. »

Issu d’un quartier souvent décrit comme sensible, il y affronte les mêmes problèmes que beaucoup de jeunes. Le racisme ordinaire – « en entretien, tu comprends que tu n’as pas la bonne tête » – ou même les tentations de la délinquance. « Vendre de la drogue, ça aurait pu être la solution de facilité », reconnait-il.

Depuis le lancement de sa marque, Sofiane a vendu plus de 300 exemplaires.

Depuis le lancement de sa marque, Sofiane a vendu plus de 300 exemplaires.

De ses 15 ans à ses 29 ans, il est embauché sur les marchés, devient vacataire pour un institut de sondage, travaille dans le BTP et fini par se stabiliser comme agent de sûreté à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle.

Chaque centime comptait, je savais que chaque économie réalisée serait consacrée au futur. »

Après avoir réussi à accumuler la somme nécessaire, il change de voie en 2020. Autodidacte, il se fait une culture entrepreneuriale à travers la lecture et enchaîne les formations : développement web, graphisme ou marketing.

S’il se rêve en Xavier Niel des montres – « rendre des produits de qualité accessibles comme il l’a fait avec Free » – Sofiane a des projets plein les tiroirs. « Si j’en disais ne serait-ce que la moitié, on me prendrait pour un fou, se marre-t-il. Mon but, c’est de réussir et de créer des emplois. »

« Les jeunes ne sont pas assez soutenus »

Depuis février dernier, ses montres ont été vendues à plus de 300 exemplaires. « Ça ne paraît pas énorme mais c’est déjà bien au-delà de mes objectifs », savoure-t-il. Sofiane garde malgré tout un regret, celui de ne pas trouver suffisamment d’écho dans sa ville natale du sud de l’Oise. « Je vends plus de montres à Bordeaux (Gironde) ou sur le Côte d’Azur que chez moi, souffle-t-il. Je suis allé toquer à pleins de portes pour avoir de l’aide en termes de visibilité mais je n’ai aucun retour. Les jeunes qui veulent se lancer ne sont pas assez soutenus. »

Sofiane entend pourtant donner une meilleure image des quartiers creillois. S’il n’y habite plus, il y garde famille et amis. « Mon but, c’est aussi de faire comprendre aux jeunes que ce n’est pas parce qu’on vient d’une cité qu’on est condamné à devenir agent de sécurité ou ouvrir un kebab, martèle-t-il. Tous les métiers sont honorables, mais il ne faut pas qu’ils se sentent limités à cause de leur origine sociale. »

Le Parisien