Creil (60) : « Je suis une négresse parce que je travaille mal », une Congolaise porte plainte contre une commerçante

Le 5 janvier, cette femme de 36 ans a déposé plainte pour « injure non publique » à caractère raciste à l’encontre d’une gérante de pressing. D’après son témoignage et la vidéo de la scène qu’elle a captée avec son téléphone, la patronne a employé à plusieurs reprises le mot « négresse » devant sa cliente, d’origine congolaise, venue ce jour-là demander le remboursement d’un vêtement endommagé.

[…] Dans sa plainte, elle indique que « des insultes ont fusé ». « Je lui ai dit qu’elle travaillait mal et qu’il fallait qu’elle change de métier, détaille-t-elle encore. Puis, elle m’a tendu mon chèque. ». C’est à ce moment-là, filmé par une vidéo que nous avons visionnée, que l’on entend la responsable répondre aux critiques sur la qualité de son travail en lançant, sous les yeux d’une autre personne qui se trouve dans la boutique :

Mais oui, je suis une négresse moi. » « Au départ, je me suis dit que j’avais mal entendu », indique Angelina. La cliente, qui n’en croit pas ses oreilles, lui demande alors ce qu’elle a dit. « Je suis une négresse moi », répète la patronne derrière le comptoir. « Négresse de quoi ? » s’emporte la trentenaire. Parce que je travaille mal », répond l’autre femme. Et de redire : « Je suis une négresse parce que je travaille mal. »

Hors vidéo, alors qu’Angelina lui aurait demandé d’expliciter, elle aurait également dit : « Vous êtes noire, je travaille mal comme une négresse. » Révoltée, Angelina quitte le pressing. « Voyant ses propos racistes envers moi et ne voulant me porter préjudice en disant ou en faisant quelque chose que je regretterais, j’ai préféré sortir pour prendre sur moi », a-t-elle expliqué au commissariat de Creil, où elle a déposé plainte dans la foulée des faits qu’elle dénonce.

Le cas échéant, la mise en cause encourt jusqu’à 1.500 euros d’amende et, à titre de peine complémentaire, la possibilité de devoir effectuer des travaux d’intérêt général ainsi qu’un stage de citoyenneté. « Réduire une personne de couleur à ce terme, c’est très violent », soupire son mari, Franck-Hervé. « En plus, elle le répète », abonde Angelina, qui ne décolère pas.

Elle reconnaît toutefois « peut-être avoir dit » qu’elle travaillait « comme une négresse ». « Je m’excuse si elle l’a pris pour elle mais c’est de moi dont je parlais », se justifie la commerçante, sans relever le problème d’utiliser un terme qui fait référence à l’esclavage. « Il y a des choses beaucoup plus graves », réagit-elle encore, balayant toute accusation de racisme qui pourrait être portée contre elle. « Je travaille à Creil, beaucoup de mes clients sont noirs, Turcs ou Chinois. » Et Angelina de répondre : « Ce n’est parce qu’à Creil il y a beaucoup de diversité qu’il n’y a pas de gens racistes. »

Le Parisien