Croatie : “Nous ne laisserons pas cette vermine terroriser nos enfants”, une pizzeria dans la tourmente après la publication d’une offre d’emploi raciste

La police enquête sur la publication d’une pizzeria de Samobor (banlieue de Zagreb) son propriétaire est sous le coup d’une enquête et pourrait se retrouver en prison.

La police enquête sur l’offre d’emploi d’une pizzeria de Samobor, indiquant qu’elle n’accepte pas “les Pakistanais, les Bangladais et les Chetniks de Niš”. La police de Zagreb enquête sur l’affaire et sur d’éventuels crimes liés au discours de haine diffusés dans l’annonce. 

“Nous ne laisserons pas la vermine terroriser les enfants”

Rappelons que l’annonce de la pizzeria Lock Down à Samobor, qui a déclaré ne pas vouloir employer de personnes d’autres couleurs de peau et nationalités, s’est propagée sur les réseaux sociaux. Leur premier message a été supprimé de Facebook :

Dans l’annonce, la pizzeria se plaint de ne pas trouver de pizzaïolos de qualité.

“De toute évidence, les travailleurs normaux sont partis en Irlande, et seuls des Pakistanais, des Bangladais et des Chetniks de Niš répondent à notre annonce”, commence le message.

Pour ne pas enlaidir plus encore notre bonne ville de Samobor avec ces Noirs (il y en a vraiment trop et c’est moche de les voir avec des sacs remplis d’alcool, quand ils sortent des supermarchés, alors que des locaux et nos personnes âgées changent de trottoir à leur vue), nous devrons adapter les horaires de travail aux capacités actuelles ( …) Tout comme il ne nous viendrait pas non plus à l’esprit d’employer un Chetnik de Niš, nous voulons pas, par appât du gain, laisser une telle vermine terroriser nos enfants !”

“Maintenant, bien sûr, les associations de protection des singes et autres animaux se manifesteront, pour prendre la défense de ceux qui ont déjà envahi notre belle ville de Samobor”, indique le communiqué.

Trois ans de prison pour incitation publique à la haine

Si l’affaire est portée devant les tribunaux et si le tribunal conclut qu’il s’agit d’une violation de l’article 325 du code pénal, le propriétaire encourt une peine de prison pouvant aller jusqu’à trois ans.

Quiconque, par la presse, la radio, la télévision, un système ou un réseau informatique, lors d’une réunion publique ou d’une autre manière, incite publiquement ou met à la disposition du public des tracts, images ou autres matériels appelant à la violence ou à la haine dirigés contre un groupe de personnes ou membre du groupe en raison de son appartenance raciale, religieuse, nationale ou ethnique, de son origine, de sa couleur de peau, de son sexe, de son orientation sexuelle, de son identité de genre, de son handicap ou de toute autre caractéristique, sera puni d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans », lit-on dans le premier alinéa de cette loi.

Le propriétaire maintient ses déclarations

Index s’est entretenu avec le propriétaire de la pizzeria, Matija Fresl. Il a reconnu être à l’origine des publications sur les réseaux sociaux. “Ce n’est pas une erreur”, a déclaré Fresl.

Nous lui avons demandé comment les lois interdisant la discrimination fondée sur la nationalité et la race dans l’emploi s’appliquaient à ses postes. “Je ne suis pas un service public, je peux embaucher qui je veux”, a-t-il répondu.

« Vos médias veulent montrer qu’il s’agit d’une annonce raciste, mais ce n’est pas le cas », a-t-il ajouté. Nous lui avons rappelé que dans un article, il avait écrit qu’il était moche de voir des Noirs à Samobor et lui avait demandé s’il ne pensait pas que c’était une déclaration raciste. “Ils marchent avec des sacs remplis avec des bouteilles d’alcool à la main, c’est vraiment moche de les voir déambuler ainsi. Les vieilles grand-mères traversent la route quand elles les voient, les regardent et se demandent ce que c’est. Oui, c’est c’est ce que je pense”, a répondu Fresl.

“J’ai eu l’idée avec mon ami Herman Vukušić”

Puis il s’est vanté d’avoir eu l’idée de ses publications “sur la belle île croate de Murter”, avec “Herman Vukušić”. Il nous a recommandé de visiter également Murter car c’est l’île “où toutes les vannes s’ouvrent”. Fresl nous a également dit qu’il n’y avait pas d’annulation de réservations en raison de ses publications. Il est convaincu que 85 à 90 % des gens le soutiennent.

Pour l’adjoint au Maire : “Samobor est une ville hospitalière

Le maire adjoint de Samobor Petar Burić et le président de la Guilde de la restauration HOK ont condamné la publication comme étant inacceptable et discriminatoire.

Burić a souligné que Samobor condamne toute forme d’intolérance, de discrimination et de discours de haine et a exprimé ses regrets pour cet événement. “Bien que Samobor ait beaucoup d’histoires plus agréables, cette fois, malheureusement, elle s’est retrouvée dans un contexte négatif”, a déclaré Burić, soulignant qu’il s’agit d’un cas isolé et que ce n’est pas l’attitude de tous les citoyens, artisans et entrepreneurs de Samobor. 

Il a ajouté que les citoyens étrangers sont toujours venus à Samobor, soit en tant que touristes, soit à la recherche d’un travail, ils travaillent donc toujours dans certaines entreprises de Samobor où ils sont venus en raison d’un concours de circonstances. “Nous pensons que Samobor est une ville hospitalière et que la position exprimée ne reflète pas la position de ses citoyens ou de l’administration municipale”, a déclaré le maire adjoint Burić.

Le président de la Guilde de la restauration de la Chambre croate des métiers, Joso Smolić, a souligné que ses membres ne soutenaient pas de tels débordements, le racisme et la discrimination, qu’ils s’en distanciaient et qu’une telle communication était inacceptable pour eux.

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