Culture woke : Vers une société totalitaire ?

Avec la culture woke, la liberté individuelle disparaît au profit d’un État qui dirige la vie des individus dans le but illusoire de rétablir une justice sociale inaccessible. Même si vous n’en avez jamais entendu parler, le simple fait que des personnes se revendiquent woke (éveillées) devrait vous alerter sur le danger que représente ce courant de pensée.

Dès lors que vous vous qualifiez d’éveillé ou conscientisé, vous trahissez un mépris à l’égard du reste de la population, qui elle ne l’est pas, mais aussi une prétention à connaître le monde et ses injustices. Vous êtes alors dans le rôle du justicier devant réparer un monde et ses occupants imparfaits.

Ce péché d’orgueil justifie alors que soient déconstruits (c’est le terme utilisé par les militants eux-mêmes) les individus afin de bâtir une société plus inclusive, c’est-à-dire plus juste à l’égard des minorités. Et pour être certains de partir sur des fondations solides, on démolira au préalable le langage, la pensée, la vérité et la notion même d’individu.

La propension de la culture woke à vider les mots de leur sens par leur utilisation abusive ou inadéquate est en effet particulièrement alarmante. Ironiquement, les premières victimes seront ceux qui subissent vraiment le racisme, car à force d’entendre des bourgeois en manque d’attention dénoncer le racisme pour tout et n’importe quoi, on ne prêtera plus attention à ceux qui le subissent vraiment.

L’imposture est pourtant vite révélée : ces mêmes bobos de chez Konbini, Slate et compagnie, qui hurlent au racisme à la moindre micro-agression ne recherchent rien d’autre que le pouvoir pour assouvir leur volonté d’imposer leur morale et leurs valeurs.

Ne perdez pas de vue que les médias de type Konbini et les ministères pour l’égalité hommes-femmes/contre le racisme sont des parasites qui vivent en symbiose : les premiers dénoncent avec frénésie le racisme et le féminisme pour justifier l’allocation croissante de ressources aux derniers, le tout évidemment financé par vos impôts.

En retour, ils reçoivent aides et subventions à foison, toujours financées par vos impôts, et ils constituent à ce titre plus des organes de propagande que des sources d’informations. Cette prise de pouvoir par les médias et cette volonté de contrôler le sens des mots est révélatrice d’une recherche du contrôle de la pensée.

À titre d’exemple, quand ces médias bien-pensants refusent de parler de racisme anti-Blanc car il n’est pas systémique, ce n’est pas seulement une aberration lexicale car la définition du mot racisme est simplement la croyance d’une hiérarchie entre les races ; et logique : remplaçons racisme systémique par triangle isocèle et racisme anti-blanc par triangle rectangle : « les triangles rectangles ne sont pas des triangles car ils ne sont pas des triangles isocèles ». Même un élève de 4ème ne ferait pas cette erreur grossière.

C’est aussi l’expression de la volonté d’intérioriser l’idée que seuls les Blancs sont capables de racisme envers les non-Blancs. Le terme de racisés a d’ailleurs été conçu pour les désigner. Ce néologisme vient non seulement consacrer l’idée qu’il existe différentes races humaines (c’est le fondement de toute idéologie raciste, rappelons-le) mais il constitue aussi une mise à l’écart des Blancs du reste de l’humanité.

C’est grâce à cette diabolisation des Blancs par le langage que les étudiants woke ont pu organiser des réunions non mixtes, c’est-à-dire sans Blancs et sans hommes, car le concept même de discrimination à l’égard des hommes et des Blancs avait disparu, les Blancs étant forcément des coupables, jamais des victimes.

La déconstruction des individus ne s’arrête pas au langage, mais se poursuit dans le rapport qu’entretiennent ces militants avec l’Histoire, et en particulier avec la colonisation. On a pu l’observer avec le mouvement Black Lives Matters durant lequel des statues de colons ont été déboulonnées car « symboliques du racisme qui ronge les États-Unis. »

Il s’ensuit une réécriture de l’Histoire dans laquelle les Blancs auraient été les seuls êtres de l’Humanité à avoir colonisé et réduit en esclavages les vaincus. Ces gens-là ont-ils seulement entendu parler de l’empire Mongole, de l’empire Ottoman, ou de l’impérialisme japonais ? L’esclavage et la colonisation étaient évidemment des abominations que rien ne saurait justifier, mais réécrire l’histoire de la sorte est dangereux car c’est la mettre au service d’une idéologie qui présente les Blancs comme des êtres monstrueux.

Encore une fois, cela ne sert qu’un seul but : imprégner les esprits que les Blancs sont par essence plus mauvais que les autres peuples. Cette différence de nature sert ensuite de prétexte à une différence de traitement. Des propos ou des actes qui ne seraient jamais tolérés si prononcés ou commis à l’égard de personnes dites racisées deviennent ainsi légitimes.

En 2006, on trouvait répugnant que Jean-Marie Le Pen souligne l’absence de Blancs en équipe de France, mais dix ans plus tard on s’extasiait que Konbini compte le faible nombre de Noirs récompensé à la cérémonie des Oscars. Si vous jugez une équipe de foot ou un réalisateur à sa couleur de peau et non son travail, vous avez un problème et vous êtes racistes.

Essentialisation des individus, responsabilité individuelle et liberté

Si vous pensez que toutes les personnes, au-delà de la race, devraient suivre les mêmes règles et être jugées selon les mêmes normes, vous auriez été qualifié de radical il y a 60 ans, progressiste il y a 30 ans et raciste aujourd’hui.”

Par ces mots, l’économiste Thomas Sowell résumait l’état de la société américaine, qui se perdait dans une hystérisation des débats ethniques. Pourtant, dans des pays comme les États-Unis et la France, où l’égalité des droits que mentionne Thomas Sowell est une réalité juridique, ce retour des débats entre les races n’était pas évident.

Pour comprendre comment ce retour s’est effectué, il convient d’observer le glissement sémantique qui a été effectué par les militants woke à propos du terme  égalité. Les militants anti-racistes ou woke ne défendent plus l’égalité des droits, mais l’égalité réelle, ce qui signifie que l’on ne regarde plus si les individus partent bien sur la même ligne de départ et selon les mêmes règles, mais s’ils arrivent bien au même endroit sur la ligne d’arrivée.

Concrètement, peu importe que les Blancs et les Noirs sont soumis aux mêmes lois, si l’on observe des inégalités en termes de revenus, d’espérance de vie ou de taux d’incarcération, c’est nécessairement qu’il existe des discriminations. Le premier point faible de cette analyse, c’est que l’interprétation de différences statistique peut se faire dans les deux sens : si les Noirs sont plus souvent en prison, est-ce parce que les juges sont racistes ou parce qu’ils commettent plus de crimes ?

Le deuxième est que cette conception de la société fait fi de la liberté individuelle : chaque individu a des aspirations diverses, si vous le libérez de toute forme de coercition, il fera des choix différents qui le conduiront à des situations différentes.

Alors, pour soutenir la thèse de la discrimination, les militants woke se sont lancés dans la recherche de tous les détails, tous les comportements (souvent inconscients) et faits sociaux (souvent invisibles ou difficilement quantifiables) qui seraient la preuve que les sociétés occidentales sont racistes : le concept de racisme systémique était né.

C’est pour cette raison que le citoyen lambda s’est retrouvé du jour au lendemain à devoir se demander si les pansements sont racistes car de couleur blanche, quels prénoms devraient porter les descendants d’immigrés, ou si utiliser le mot nègre en cours d’histoire était choquant.

La même rhétorique a été reprise par certains militants féministes et LGBT. Tous ensemble, ces militants forment la culture woke, traquant et dénonçant avec courage sur Twitter et à la télé les dérives d’une société patriarcale et le racisme systémique.

Il est amusant que ces pseudo révolutionnaires soient en réalité les meilleurs alliés du gouvernement : quel soulagement ce doit être de voir ses citoyens s’entretuer à propos du mansplaining pendant que le chômage s’envole, la dette explose et que la gestion du coronavirus est catastrophique ?

Probablement plus grave encore, les discours sur la justice sociale qu’ils soient woke ou non d’ailleurs, font naître un désir de justice chez les jeunes qui ne pourra pas être assouvi que s’il emporte avec lui la liberté individuelle. Le raisonnement est toujours le même : on montre que les individus sont soumis à un certain nombre de déterminismes (autrefois sociaux, désormais plutôt raciaux ou sexuels), afin de remettre en cause l’idée de mérite et in fine justifier une intervention de l’État.

Par exemple, les tenants de la théorie du genre vous expliqueront que si l’on ne retrouve pas le même nombre de filles et de garçons en école d’ingénieur, c’est parce que l’éducation donnée aux filles diffère de celle donnée aux garçons et incite davantage les hommes à suivre des études scientifiques. En admettant que ce soit vrai, il est alors tentant de faire intervenir l’État pour rétablir la parité, à l’aide par exemple de quotas.

Peut-on réellement cependant parler de société plus libre ? Ce procédé n’a fait que remplacer certains déterminismes, ici liés au sexe et à l’éducation, par un autre déterminisme, l’action contraignante de l’État. Les femmes en sont potentiellement tout autant victimes que les hommes, car il est tout à fait crédible que les différences de représentations entre les sexes soit tout simplement le fruit d’aspirations qui diffèrent avec le sexe.

En outre, pourquoi s’arrêter au déterminisme sexuel, alors qu’existent aussi des différences de représentation d’étudiant si l’on s’intéresse à la couleur de peau, à l’orientation sexuelle, ou au handicap ? Le risque est alors qu’une fois atteinte la parité entre les sexes, on recherche ensuite à avoir la bonne proportion de Noirs, puis d’homosexuels, puis de non-valides etc. Poussée à l’extrême, cette doctrine conduit à supprimer la sélection par le mérite et ne choisir les étudiants que sur les critères arbitrairement établis par l’État.

La liberté individuelle disparaît au profit d’un État qui dirige la vie des individus dans le but illusoire de rétablir une justice sociale inaccessible. Il est d’ailleurs intéressant de constater comment certaines mesures pour davantage de justice sont socialement acceptées dans un domaine mais deviennent inacceptables dans d’autres.

On pourrait en effet tenir le même raisonnement concernant les déterminismes amoureux. Même si aucune étude sociologique n’a été menée, vous conviendrez certainement qu’il existe un certain nombre de paramètres génétiques qui affecte la probabilité qu’un homme soit longuement et individuellement célibataire (taille, beauté du visage etc.).

Pourquoi ne pas appliquer une politique redistributrice en matière amoureuse ? Autrement dit, pourquoi ne pas attribuer d’office des femmes aux hommes génétiquement prédisposés au célibat ?

Cela vous paraîtra absurde car cela ne peut pas se faire sans empiéter sur la liberté individuelle des femmes qui se verraient attribuer des partenaires en dépit de leurs préférences personnelles. La situation injuste de certains hommes ne justifie pas que l’on porte atteinte à la liberté des femmes. Mais si cela est ridicule en matière amoureuse, pourquoi cela ne le serait-il pas en matière de revenus ou d’éducation, comme dans l’exemple précédent ? Réciproquement, si on admet l’idée que le mérite n’existe pas du fait de l’existence de déterminisme, alors il n’y a plus de place pour la responsabilité individuelle.

Plus personne n’est responsable de ses actes puisqu’ils sont déterminés par des causes extérieures, et même les pires actes ne sont plus condamnables. Peut-on sérieusement imaginer une société dans laquelle les criminels ne seraient pas condamnés ? Choisir la justice sociale c’est ainsi non seulement renoncer à la liberté, mais aussi à l’État de droit et accepter de remettre son sort entre les mains de l’État.

Contrepoints