Danemark : Le gouvernement ne cesse de durcir sa politique migratoire

Le gouvernement social-démocrate poursuit le régime restrictif lancé dans les années 2000 sous l’impulsion de l’extrême droite. Son objectif est de réduire à zéro le nombre de demandeurs d’asile.

A l’ombre de sa réputation de grande tolérance, le Danemark forge depuis plus de vingt ans une des politiques migratoires les plus restrictives d’Europe. Ceux qui croyaient que le retour au pouvoir des sociaux-démocrates, en 2019, changerait la donne en sont pour leurs frais. Plusieurs tours de vis supplémentaires l’ont démontré depuis.

Le dernier en date, scellé par un vote du Parlement le 3 juin, a suscité les critiques des défenseurs des droits humains mais aussi des Nations unies et de la Commission de Bruxelles. Et pour cause : la décision inédite d’expédier par avion les réfugiés arrivant sur le sol danois vers des pays lointains pour y faire sous-traiter leurs demandes d’asile est « contraire aux règles européennes existantes », a souligné un porte-parole de la Commission, Adalbert Jahnz.

Certes, le gouvernement de Mette Frederiksen n’a pas encore conclu un seul accord concret dans ce sens avec un pays tiers. Les pourparlers les plus avancés ont lieu avec le Rwanda. Mais l’équipe au pouvoir se dit prête à y mettre le prix nécessaire pour tenir cette promesse électorale.
Refus de partager un État-providence qui coûte cher

Depuis son accession au pouvoir, la Première ministre a poursuivi la politique restrictive dans ce domaine entamée avant elle par un gouvernement de centre-droite à partir de 2001. Minoritaire au Parlement, celui-ci avait dû faire de nombreuses concessions au Parti du peuple danois (DF), formation xénophobe et antieuropéenne, pour obtenir son soutien.

L’objectif de Mette Frederiksen est désormais de « réduire à zéro » le nombre de demandeurs d’asile dans ce pays de 5,8 millions d’habitants. L’an dernier, moins de 1.600 personnes y ont fait une telle demande (contre 21.300 en 2015, année record) et environ 600 ont obtenu l’asile. Soit les chiffres les plus bas depuis respectivement 1998 et 1992. Près de 12 % de la population est d’origine étrangère.

« Dès qu’on parle humanisme dans le débat, on est perdant. Les Danois ne veulent vivre qu’entre eux et le nombre de membres du Club du Paradis de l’État-providence ne doit pas augmenter », déplore la juriste et écrivaine Anne Sofie Allarp dans le journal «Politiken» de mardi.

Des conditions extrêmement durcies

De fait, s’ils assurent éprouver de l’empathie pour les réfugiés, bon nombre de Danois craignent de voir des étrangers bénéficier du modèle social financé par une lourde fiscalité. « Les nouveaux arrivants ne contribuent pas à l’État-providence tant qu’ils n’ont pas de travail », ce qui s’avère compliqué, expliquait le commentateur Klaus Rothstein, ex-porte-parole de l’ONG Aide danoise aux réfugiés, après l’adoption il y a cinq ans d’une loi controversée sur la saisie de biens et d’argent des réfugiés entrant dans le pays.

Entre 2001 et 2011, un gouvernement de centre-droite avait pourtant durci les conditions de naturalisation et les critères du regroupement familial, qui n’ont guère changé depuis. Quant au délai nécessaire pour obtenir un permis de résidence permanent, il est passé de trois à huit ans.

Le Danemark tourne le dos aux migrants

Malgré la réduction du nombre de réfugiés et une pénurie de main-d’œuvre, le gouvernement actuel a commencé à révoquer des permis de résidence accordés à des Syriens originaires de Damas et de sa région. Motif : la sécurité s’est améliorée sur place. Amnesty et d’autres s’opposent à leur renvoi.

Dans sa majorité, l’opinion publique soutient ces durcissements. Le moindre manquement du gouvernement peut se traduire par une baisse dans les sondages. Mette Frederiksen en fait l’expérience depuis qu’elle est revenue, en mai, sur ses promesses de refuser le rapatriement des femmes de djihadistes enfermées en Syrie et d’ouvrir, sur une île, un centre de rétention pour les étrangers en attente d’expulsion.

Les Echos