Danemark : Vêtus de noir, ils déferlent sur Copenhague pour lutter contre la « dictature sanitaire »

En janvier, la capitale danoise était secouée par de violents affrontements entre la police et des centaines de manifestants opposés aux restrictions sanitaires. En tête de cortège se trouvaient les Men in Black, un mouvement qui a émergé sur les réseaux sociaux en 2020.

L’histoire commence le samedi 9 janvier près de la place de l’hôtel de ville de Copenhague, lors d’un affrontement entre la police et les manifestants. Christian Olesen (34 ans) se trouve en tête du cortège. Il est 19 heures, la manifestation organisée par le mouvement Men in Black, qui milite pour la liberté, n’a pas été déclarée.

Un peu plus loin, cette manifestation va donner lieu à l’un des affrontements les plus violents de ces dernières années entre les émeutiers et la police de Copenhague. L’un des orateurs du 9 janvier est l’ancien combattant Brian Bjornson. Comme plusieurs autres manifestants, il est venu en uniforme militaire.

Selon les termes d’une inculpation ultérieure, une manifestante a, peu de temps auparavant, lancé à la foule depuis une tribune de la place de l’hôtel de ville : “Alors, vous êtes prêts à attaquer la ville de manière non violente ? Juste pour signaler à Copenhague que nous existons.” Et, quelques minutes plus tard : “Vous êtes prêts ? Allons-nous accepter cette merde ? Alors allons-y, les amis ! On est en démocratie, d’accord ? Le peuple au Parlement. Détruisons le système. Merde au système, merde à Mette [prénom de la Première ministre, Mette Frederiksen], merde à la police, merde à tout ça. Merci.

Le barrage de police refuse de laisser les manifestants progresser dans la rue et les agents s’avancent en levant leurs matraques. Christian Olesen ne bouge pas d’un pouce. Il estime que c’est son droit d’être là. Il ne fait pas partie de ceux qui crient. Il a décidé que si la police le pousse, il tentera de rester sur place, d’offrir un peu de résistance. Il voit quelques individus se faire frapper par les matraques, pendant que d’autres se protègent la tête et essaient de fuir. Finalement, Christian Olesen doit s’en aller lui aussi.

“Qu’est-ce que vous attendez avec vos matraques ? ”

Autour de lui, le chaos s’installe. La police veut disperser la manifestation. Des manifestants tout en noir et les forces de police en tenue de combat qui les poursuivent en brandissant leurs matraques courent dans tous les sens. Des flambeaux brûlent, des chandelles romaines et des fusées explosent autour d’eux, entre les jets de canettes de bière, les hurlements des sirènes de police et les lumières bleues qui clignotent dans la nuit.

L’atmosphère est devenue brutale et agressive. Des altercations véhémentes fusent entre agents de police et manifestants, qui filment les événements avec leurs téléphones. “Reculez ! Reculez !” hurle la police tout en frappant les manifestants qui ne bougent pas. Femmes et hommes traitent la police de “sales porcs”. Des jeunes en noir font quelques pas de danse devant les cordons en criant : “Alors les gars, qu’est-ce que vous attendez avec vos matraques ? !”

Un individu est renversé et interpellé. Un autre tombe sans connaissance au milieu d’un carrefour. Des policiers se penchent sur lui. Les manifestants appellent une ambulance. Un homme bat du tambour, et un vélo avec un haut-parleur diffuse à plein tube le chant de combat de Men in Black : “Nous protestons, et nous marchons / Mette ciao, Mette ciao, Mette ciao, ciao, ciao / Quand ça brûle ou quand ça chante / Alors c’est nous, les Men in Black.

Nous sommes un groupe très hétéroclite

Christian Olesen reste dans le quartier jusqu’à ce que la situation s’apaise, avant de rentrer chez lui, à Brondby, dans la banlieue ouest de Copenhague. C’est là que Politiken le rencontre une quinzaine de jours après. Il a accepté de nous parler de son engagement au sein du mouvement de protestation et de défense de la liberté Men in Black.

“C’est ainsi que nous nous appelons. Nous sommes des combattants pour la liberté. Je sais bien que c’est une expression prétentieuse”, dit-il en faisant allusion aux résistants danois lors de l’occupation du Danemark durant la Seconde Guerre mondiale.

Je sais que les combattants pour la liberté risquaient bien plus que nous. Mais il faut comprendre que si nous en sommes arrivés là, c’est que nous sommes nombreux à être prêts à nous battre”, explique-t-il avant de faire une pause. “Beaucoup accepteraient même de risquer leur vie pour défendre nos droits.”

Christian Olesen parle volontiers de lui. Il est né et a grandi dans cette banlieue, avant de suivre une longue formation technique qui lui a permis de travailler dans de grandes entreprises danoises. Il a fait de la politique pendant de nombreuses années et il s’est présenté en 2019 aux élections législatives pour la liste Les Amis de l’Institut Schiller, un mouvement basé sur un groupe de réflexion qui lutte pour un nouvel ordre mondial.Christian Olesen a obtenu 89 voix.

Il n’a pas pris part aux violences du 9 janvier. Il n’a pas lancé de canettes de bière, ni defeux d’artifice. Personnellement, il ne souhaite pas d’affrontement avec les forces de l’ordre, mais il trouve que, ce soir-là, la police a commis des actes de violence injustifiés.

“En réalité, nous sommes un groupe très hétéroclite de citoyens qui en ont assez de perdre leurs libertés et leurs facultés, qui se battent contre leur infantilisation et le fichage et qui ne sont pas entendus par les politiques et les autorités. Nous sommes un mélange d’universitaires, d’indépendants, de charpentiers, de boulangers qui ont fait faillite et d’individus dotés d’une conscience politique.” Pourquoi ces tenues noires ? “Peut-être pourqu’on puisse mieux nous identifier”, répond-il.

Les émeutes se produisent devant le Parlement danois et sont devenues célèbres en raison du vacarme de coups de casseroles et de poêles qui traverse les murs du Parlement, le château de Christiansborg, et qu’on entend dans les reportages télévisés sur l’hémicycle. La casserole de Christian Olesen a été tellement utilisée lors de manifestations que son fond a perdu son revêtement protecteur.

Il a participé à des rassemblements devant la résidence officielle de la Première ministre à Marienborg, dans le Jutland du Nord, organisés par différents groupes militant pour davantage de liberté et opposés à la technocratie. Christian Olesen n’est pas membre de ces groupes mais soutient leur cause, bien que leur rhétorique lui paraisse parfois trop violente.

Je comprends que les gens en aient assez d’ajuster leur vie à quelque chose qui ne représente pas un danger véritable, mais je ne partage pas tous leurs points de vue.” Il n’approuve pas non plus le terme de “collaborateurs” utilisé pour désigner les personnes qui n’adhèrent pas à leur mouvement ou qui portent le masque, ce qui est devenu assez courant chez plusieurs partisans du groupe. Il se définit lui-même comme critique du système et répète que personne ne les écoute.

On nous traite toujours de conspirationnistes et d’extrémistes qui développent des théories du complot quelque part dans une cave. Les médias continuent de rapporter les propos du gouvernement sans aucun esprit critique et parlent toujours avec les mêmes experts”, affirme-t-il.

“Le corps n’appartient pas à l’État”

Quel serait l’élément décisif de la contestation ? “Les pressions en faveur de la vaccinationpeuvent être la goutte d’eau qui fait tout déborder. On ne pique peut-être pas les gens deforce, mais on veut diviser la population en deux groupes, selon qu’ils sont vaccinés ou non : ceux qui ne sont pas vaccinés n’ont pas le droit d’aller au restaurant, au concert ou au cinéma. Ils disent que ce n’est pas de la coercition, mais on devient un citoyen de seconde zone dans une dictature médicale. Le corps n’appartient pas à l’État.”

Selon certaines sources qui connaissent bien le milieu, la mouvance Men in Black aurait vu le jour à Brondby. C’est ici, en marge du hooliganisme gravitant autour du club de foot local, qu’une prise de conscience des restrictions, du fichage, de la surveillance et du contrôle a vu le jour, face à l’action des autorités contre le hooliganisme.

Mais le mouvement ne se cantonne pas à Brondby. Dans tout le pays, un certain mantra – “Fans de liberté” –, qu’on retrouve sur les bannières des grands stades de foot, s’est répandu.“Beaucoup de gens trouvent qu’ils subissent tellement de privations qu’ils n’ont plus de liberté”, déclare un bon connaisseur du milieu. Plusieurs anciens combattants en Afghanistan participent aussi aux manifestations.

“Merde à la droite, merde à la gauche!”

Depuis que le mouvement Men in Black est apparu début décembre, son compteFacebook affiche plus de 15.000 followers, sans compter les milliers de followers sur Instagram et YouTube. Les gens sont invités à se tenir prêts pour 2021, et la conclusion est celle-ci : “Merde à la droite, merde à la gauche. Le peuple, c’est nous !”

L’adhésion à ce mouvement est remarquable, d’après Eske Vinther-Jensen, spécialiste des médias sociaux. “Le mouvement est un succès. Il a su parfaitement s’organiser sur les médias sociaux, capter les préoccupations du moment et fédérer 15.000 utilisateurs. C’est beaucoup. On constate que la critique [de la gestion de la crise liée au] coronavirus a regroupé des individus et des points de vue qui, auparavant, n’avaient pas grand-chose en commun.”

Il s’agit d’un phénomène numérique, où les avis sont d’abord exprimés en ligne, avant d’être diffusés et d’engendrer des manifestations physiques. Facebook se déplace en quelque sorte dans la rue. “C’est une réalité qu’il faut vraiment apprendre à gérer. Il faut comprendre que ce que nous disons ou faisons en ligne est réel. Internet accueille aujourd’hui une grande partie du débat démocratique”, explique Eske Vinther-Jensen.

Christian Olesen, à Brondby, ne s’intéresse pas au foot et ne fréquente pas le stade local. “Nous sommes nombreux à ne pas être issus du milieu du foot. Quand on essaie de nous qualifier de groupe enclin à la violence, ce n’est qu’une façon de tenter de nous disqualifier. Une manière de contrôler les dégâts”, précise-t-il.

Le samedi 16 janvier, près de 1.000 personnes se rassemblent à Copenhague. Les organisateurs ont décidé le parcours d’un défilé aux flambeaux et sont en contact continu avec la police, comme cela se passe habituellement. Mais la police a changé de stratégie après les violences du 9 janvier et a envoyé une équipe de médiateurs en gilets jaunes dans la rue.

Les Men in Black ont fait comprendre au préalable qu’ils respecteraient dans une certaine mesure les conventions avec la police. D’après Peter Dahl, le chef du service de prévention de la police de Copenhague, la manifestation est décisive pour la façon dont les autorités vont considérer les mouvements en faveur des libertés.

Il a ensuite déclaré :“Il s’est avéré qu’une partie des militants pour la liberté souhaitaient sincèrement un déroulement paisible pour pouvoir faire passer leurs messages. Nous pensons qu’ils ont bien fait, et que la coopération a été satisfaisante. Mais nous avons observé par ailleurs que plusieurs personnes vêtues de noir étaient présentes, en quête de plus de confrontation.

La manifestation propose du café, du chocolat chaud et des petits gâteaux à volonté. Sur la scène, un manifestant crie : “Soit vous êtes avec nous soit vous êtes contre nous. Il est temps de décider si vous voulez vous battre pour la liberté ou si vous êtes un collaborateur.

La foule jubile et tape sur ses casseroles et ses poêles. Dans un coin, un groupe danse et l’on sent des odeurs de marijuana lorsque le rappeur ZenTiakho monte sur la scène. “Ils essaient de nous dicter ce qu’on doit faire de nos loisirs. Désinfectez-vous les mains pourque vos défenses immunitaires soient réduites à néant et pensez à garder vos distances pour pouvoir mourir dans la solitude.

“Un problème nouveau pour nous”

La nuit tombe. La manifestation se transforme en marche aux flambeaux. L’une des voitures de police ouvre le cortège, les manifestants la suivant à travers les rues en criant. En tête, ils sont vêtus de noir. “Liberté pour le Danemark, nous en avons assez !” crient les manifestants. Un commerçant sort son téléphone par une vitrine pour filmer. Peu après, le cortège tourne vers Amalienborg, le palais royal.

Tout d’un coup, une fusée de détresse fend l’air, tirée depuis la tête de la manifestation. Une personnalité de Men in Black se précipite à l’avant du cortège, son mégaphone à la main. “Asseyez-vous ! Asseyez-vous !Nous ne voulons pas de violence ni de pyrotechnie dans notre manifestation”, crie-t-il. La plupart des manifestants obéissent. “C’est la police qui l’a fait ! Elle a infiltré des agents dans notre manifestation !” affirme une femme grisonnante. Certains acquiescent de la tête, la plupart l’ignorent.

La police en tenue de combat intervient pour tenter de refouler les manifestants. Des altercations s’ensuivent. Une femme sans masque est furieuse contre quatre hommes jeunes habillés en noir et masqués. “Enlevez vos masques ! Vous gâchez notre manifestation ! Nous ne voulons pas de masques ici !” La manifestation est maintenant dispersée. Par la suite, Peter Dahl, de la police, affirme : “Nous sommes intervenus parce qu’Amalienborg constitue un problème nouveau pour nous, auquel nous sommes contraints de faire face.” Pendant ce temps, le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur sur Internet. Des adversaires plus traditionnels des restrictions dues au coronavirus ont pris goût à Men in Black.
Politiken.dk

4 thoughts on “Danemark : Vêtus de noir, ils déferlent sur Copenhague pour lutter contre la « dictature sanitaire »

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    Chez nous, je trouve ça très calme, il est vrai que les GJ on laissé des traces, et pas les meilleures avec les dernières manifs animées par les clodos professionnels de l’EG.

    Il semble aussi que la presse française ne soit pas très bavarde sur ce qui se passe chez nos voisins. Le cas du Danemark, des Pays-Bas aussi est assez intéressant.

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      Chez-nous tout le monde se grouille pour rentrer avant 18h avec le pain, c’est la course, ça occupe.
      Les poules de la voisine se fichent de moi, elles sont encore dehors quand je rentre me cacher/coucher.

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        C’est vrai que les jours ont pris un bon coup de rallonge, mais toujours le couvre-feu. Je me demande ce que ça va donner en heure d’été 😀

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      A suivre. Mais tout comme les GJ chez nous, ça manque d’organisation, d’un programme dépassant on est chez, merde aux pourris, laissez-nous aller au bar…. N’est pas Lénine ou Mussolini qui veut. D’autant moins que les populations européennes actuelles, trop habituées au confort, n’ont pas les qualités permettant de créer des bolchéviques ou des squadristes. Moi le premier 🙁

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