Dans le rétro : d’où vient la fête des mères ?

Ce dimanche 30 mai, on fête les mamans. Cette année encore, cette tradition familiale s’annonce particulière, en raison du Covid-19 et du déconfinement progressif. Son histoire, qui remonte à l’Antiquité, est mouvementée. La connaissez-vous ? On vous dit tout.

Qu’on se le dise : sous le feu roulant des critiques de ceux qui la jugent « purement commerciale », conspuée par d’autres pour son caractère sulfureux (elle serait née sous le régime de Vichy durant la deuxième guerre mondiale), la fête des mères, souvent associée au « traditionnel » collier de nouilles, reste pourtant quasiment incontournable.

En effet, selon un sondage Yougov des 8 et 9 mai 2019, 68 % des Français interrogées considéraient cette fête comme importante. Et si 27 % des sondés déclaraient l’avoir déjà oubliée par le passé, 75 % avaient prévu de faire un cadeau à leur maman. Les fleurs sont le cadeau le plus fréquent, devant les parfums et la sortie au restaurant.

Cette année, selon une enquête réalisée par OnePoll pour Fisher-Price, en avril 2021, auprès de 1 000 mamans d’enfants de 0 à 7 ans, 51 % des mamans sont d’accord pour dire que le meilleur cadeau de Fête des mères serait… du repos et de la relaxation. La faute au Covid-19, qui a considérablement accru leur charge mentale. Mais un simple coup de fil, texto ou email, une petite visite, ou encore un bon repas en famille à la maison (à condition d’éviter les sujets qui fâchent) marquent (presque) tout aussi bien le coup.

Alors, si vous êtes vraiment décidé à boycotter l’événement, il faudra trouver mieux que l’argument usé jusqu’à la trame, de la fête mercantile qui serait sortie tout droit du cerveau fertile d’un petit génie du marketing…

Encore autre chose : au risque de décevoir les adeptes malins (radins ?) du politiquement correct, persuadés d’avoir trouvé « la » bonne excuse pour botter en touche ce dimanche : si les pouvoirs publics français s’en sont bien emparés au début du siècle dernier pour lutter contre la dénatalité, non et définitivement non, ce n’est pas le maréchal Pétain qui a inventé la fête des mères. Puisées dans les cultes religieux et de l’Antiquité, ses origines remontent en réalité à la nuit des temps. Dur, dur de passer outre…

Des déesses antiques de la maternité à la Vierge Marie

Chez les Romains, Mater Matuta (littéralement : « mère du matin, mère de la bonne heure »), est célébrée comme la divinité du matin et de l’Aurore.
Chez les Romains, Mater Matuta (littéralement : « mère du matin, mère de la bonne heure »), est célébrée comme la divinité du matin et de l’Aurore. RMN-Grand Palais

Dans l’Antiquité, déjà, au printemps, on fêtait chaque année les divinités mères des dieux et par la même occasion la fertilité et la renaissance de la nature. Les Grecs célébraient Rhea (ou Cybèle), la déesse de la maternité, mère entre autres de Zeus, le roi des dieux. Un culte célébré aux Ides de Mars dans toute l’Asie Mineure. Chez les Romains, on rendait hommage à la déesse Matralia, ou Matronalia, en l’honneur des femmes et des mères qui se rassemblaient au temple de Junon Licina et recevaient, déjà, cadeaux et argent.

Reprise par nos ancêtres les Gaulois, la tradition fut ensuite transformée par le christianisme qui substitua à ce culte païen celui de Marie, la mère de Jésus Christ, instituant une célébration de la maternité lors du quatrième dimanche de Carême : le dimanche de Laetare. Les croyants profitaient de ce jour pour se rendre une fois l’an en famille, non pas dans l’église la plus proche de chez eux, mais dans « l’église mère », c’est-à-dire la cathédrale ou l’église la plus importante de la région.

Le Mother’s Day de 14-18

Au XXe siècle, le concept quitte la sphère religieuse pour devenir l’événement laïc que nous connaissons aujourd’hui. Et comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, c’est à une femme que l’on doit la version actuelle de la Fête des mères, célébrée désormais tout autour de la planète. Le 10 mai 1908, l’Américaine Anna Jarvis (1864-1948) fait organiser une cérémonie religieuse pour rendre hommage à sa mère, décédée cinq ans auparavant. Ne pouvant y assister, elle envoie un télégramme et la bagatelle de 500 œillets. Ce qui, pour la première fois, associe à des fleurs un événement destiné à faire le bonheur des fleuristes. Anna Jarvis qui crée en 1912 l’association internationale pour la Journée de la mère, luttera jusqu’à sa mort contre sa récupération commerciale.

En 1914, le gouvernement américain sera le premier au monde à instituer une fête des mères nationale officielle, le Mother’s Day, le deuxième dimanche du mois de mai, le jour de la mort de la mère d’Anna Jarvis. Après leur intervention dans la Première guerre mondiale, en 1917, les Etats-Unis utiliseront cette fête pour remonter le moral à leurs soldats expédiés en Europe, dans les tranchées. À cette occasion, ils sont invités à envoyer une carte à leur mère racontant leurs faits d’armes pour œuvrer au retour de la paix dans le monde. Clin d’œil à la pionnière de la fête des mères, aujourd’hui encore, aux États-Unis, l’œillet reste un symbole de la fête des mères : blanc pour une maman encore en vie, rouge pour une maman décédée.

Et en France ?

Le maréchal Pétain acclamé par la foule à Saint-Etienne, en 1940. 
Le maréchal Pétain acclamé par la foule à Saint-Etienne, en 1940. Archives AFP

En 1942, le maréchal Pétain s’adresse à la radio aux femmes en ces termes : « Vous seules, savez donner à tous ce goût du travail, ce sens de la discipline, de la modestie, du respect qui font les hommes sains et les peuples forts. Vous êtes les inspiratrices de notre civilisation chrétienne » .

D’accord, le maréchal Pétain n’est pas totalement innocent dans cette histoire, et on conçoit que ses motivations profondes puissent déplaire à certains. En 1941, l’ancien héros de la Grande guerre qui collabore désormais avec l’Allemagne nazie, après avoir fait signer l’armistice du 22 juin 1940 avec Adolf Hitler, à Rethondes, s’inspire de l’initiative américaine de 14-18. Il institue en France une « Journée nationale des mères », s’emparant de la politique nataliste du pays avec sa célèbre devise « Travail, Famille, Patrie », pour l’exaltation du patriotisme.

Mais n’en déplaise aux partisans de la théorie d’une fête pétainiste, précisons toutefois qu’au XIXe siècle, Napoléon avait déjà évoqué la création d’une fête des mères officielle, que l’on célébrerait au printemps. Par ailleurs, le village d’Artas, en Isère, continue aujourd’hui de revendiquer la paternité de la création de la Fête des mères en France, pour avoir été le premier à organiser une cérémonie en l’honneur des mères de familles nombreuses… en 1906.

Les « mères méritantes »

Sans compter que, dès 1914, le gouvernement français s’était attelé à promouvoir la maternité et les familles nombreuses, afin de rétablir le déséquilibre démographique avec son ex-éternelle ennemie, l’Allemagne.

En France, c’est à Lyon, le 16 juin 1918, que naît la première grande fête des mères.
En France, c’est à Lyon, le 16 juin 1918, que naît la première grande fête des mères. Domaine public

Durant l’entre-deux-guerres, la terrible saignée opérée par la Première guerre mondiale dans la population masculine, amputée de plus d’un million et demi de morts, incite à célébrer les « mères méritantes », notamment les innombrables veuves de guerre. Partout sur le territoire, on voit se multiplier des prix locaux, régionaux ou nationaux, jusqu’à la création, en 1920, de la fameuse « Médaille de la famille française » qui honore les mères de famille nombreuse, élevant ou ayant élevé « dignement » de cinq à dix enfants. Sauf celles qui, « non-mariées », sont donc forcément « indignes »… L’union libre et le pacs étaient encore loin. Le gouvernement français finira par officialiser une Journée des mères, en 1929. L’occasion de chanter à sa maman l’indéboulonnable tube de la fête des mères, « Les roses blanches » , écrit en 1925 et interprété par Berthe Sylva en 1926.

16 mai 1950 : la fête des mères devient une fête légale

C’est après la Seconde guerre mondiale, en 1950, sous la présidence de Vincent Auriol, que l’État décide d’instaurer une date officielle de la fête des mères, afin de marquer ostensiblement son souhait d’un développement de la natalité. Le 16 mai 1950, l’Assemblée adopte le projet de loi tendant à rendre légale la fête des Mères. L’information figure à la une de « Sud Ouest » le 17 mai 1950.

Un vote qui n’est (déjà) pas de tous les goûts, comme le note le journal :

Dans une intervention odieuse et ridicule, Mme Gilberte Roc (communiste) a dénoncé ce que son parti considère comme une « dérision », au moment où le gouvernement, aux ordres des impérialistes américains, s’oriente vers la guerre atomique.

Dessins et poèmes

La première édition de la fête des mères officialisée sous la IVe République a lieu le 4 juin 1950. Pour l’occasion, « Sud Ouest dimanche » publie ce jour-là un court poème de Louis Émié (1900-1967), intitulé : « Pour la Fête des Mères »

« Maman, j’en ai mal à la tête/D’imaginer que mon amour/Doive, quand c’est toujours ta fête/Se satisfaire d’un seul jour. »

L’école de la République incitant les instituteurs à faire préparer la fête des mères par les enfants en fabriquant de petits cadeaux, accompagnés de dessins et de petits poèmes et autres compliments à dire à haute voix, l’événement se popularise rapidement dans le pays.

« Libérer les mamans » … ou les papas ?

L’affaire prend un tour nettement plus commercial dans les années 60, lors de l’apogée des Trente glorieuses, consécration du consumérisme. Pour « libérer » les mamans de leurs tâches domestiques, la mode est alors de leur offrir l’appareil ménager dernier cri. À l’époque, la télévision qui commence à envahir les foyers, matraque les téléspectateurs de pubs pour les grandes marques d’électroménager : fer à repasser, machine à café, frigo, lave-linge, lave-vaisselle, batteur ou mixeur électrique, sèche-cheveux, aspirateur, robot multifonction…

Belle tentation pour les gentils papas qui « aident » financièrement leurs chères têtes blondes, brunes et rousses à faire plaisir à maman, tout en évacuant efficacement, croient-ils, l’épineuse question du partage des tâches ménagères à la maison, plus que jamais d’actualité.

Bon pour la consommation… et la paix des ménages

Un fer à repasser, un frigo, une sorbetière ou un aspirateur dernier cri ? Pas sûr que ce genre de cadeau fasse encore rêver les mamans de 2021… Certaines pourraient même le prendre très mal et retourner l’objet aussi sec à son expéditeur. Les pubs qui inondent généralement les rues et les médias à cette occasion l’indiquent d’ailleurs clairement : pour le cadeau idéal, la tendance actuelle va plutôt aux fleurs, livres, parfums, vêtements, accessoires de mode, produits de beauté (petit conseil : évitez la crème antirides) et autres bijoux. Et ce, même s’il paraît que le premier collier de nouilles, bio ou pas, réalisé par son cher bambin à l’école maternelle reste toujours le plus beau cadeau du monde pour une maman.

À vos agendas !

Depuis 1950, en France, la fête des mères a donc lieu tous les ans le dernier dimanche du mois de mai. Si le week-end de Pentecôte tombe en même temps, elle est alors reportée au premier week-end de juin. Et n’oubliez pas : le dimanche 21 juin, comme chaque année depuis 1952, on fêtera aussi les papas. Vous avez donc désormais trois semaines pour trouver le cadeau idéal pour la Fête des pères. Top chrono.

Sud-Ouest