Dans l’est de l’Allemagne, le manque de femmes a des conséquences politiques

Tonie Jahnke, 22 ans : “Comme si une partie de mon identité avait été effacée”

De nombreuses femmes quittent les Länder de l’est de l’Allemagne, laissant des villes où les hommes sont désormais majoritaires. Pour le journal conservateur “Die Welt”, ce phénomène a un impact sur la démographie, mais aussi sur la vie politique de ces régions désertées.

À Weißwasser, dans la Saxe, des troncs nus se dressent dans les étangs qui bordent la ville, comme une sorte de mémorial. L’exploitation des mines de lignite a fait dépérir les arbres. Et la croissance démographique de cette ville de Haute-Lusace suit une trajectoire tout aussi dramatique. Depuis la réunification, la commune – autrefois connue pour ses souffleurs de verre – a perdu plus de la moitié de sa population. Elle ne compte plus que 16 000 habitants à peine, contre plus de 38 000 autrefois. Et la moyenne d’âge augmente à toute allure. Pour inverser la tendance, la ville aurait besoin de femmes – mais elles se font rares.

Dans beaucoup de régions de l’est de l’Allemagne, la proportion de jeunes femmes dans la population est inférieure à la moyenne nationale. Si l’exode des années 1990 s’est ralenti, les hommes restent encore bien souvent en surnombre en Saxe-Anhalt, dans la Saxe et en Thuringe, d’après une enquête de la Mitteldeutscher Rundfunk.

Les effets de ce déséquilibre démographique se font particulièrement ressentir en Haute-Lusace : à Weißwasser, le taux de natalité ne cesse de diminuer. En 2010, 137 bébés ont vu le jour dans la commune, dix ans plus tard, on ne comptabilisait plus que 98 naissances. Et si l’on en croit le Lausitz Monitor, un ensemble de sondages menés chaque année auprès des habitants de la Lusace, la tendance ne semble pas près de s’inverser. Vingt-sept pour cent des femmes âgées de 16 à 39 ans affirment qu’elles quitteront probablement la région dans les deux années à venir. Les représentantes de cette tranche d’âge seraient bien moins satisfaites de la qualité de vie dans la région que leurs homologues masculins.

“Influenceuse de la Lusace”

L’exemple de Tonie Jahnke, 22 ans, permet de comprendre les raisons de ce mécontentement. Bien qu’elle soit née après la réunification, la jeune femme, qui vit à Weißwasser, se considère comme “une enfant de la RDA”. Son histoire familiale illustre parfaitement les bouleversements qu’ont vécus de nombreux Allemands de l’Est après la chute du mur.

Ses grands-parents s’étaient installés à Weißwasser pour travailler dans la mine à ciel ouvert et dans la brasserie locale. Mais la brasserie a fermé ses portes en 1991, et la centrale sera mise à l’arrêt d’ici 2038. Sa tante a dû abandonner sa ferme pour permettre l’extraction du lignite. “Encore une vie détruite”, commente la jeune femmeL’appartement dans lequel elle a grandi a quant à lui été “reconverti” il y a quelques années – un euphémisme pour désigner la démolition de plusieurs pâtés de maisons abandonnées. “C’est comme s’ils avaient effacé une partie de mon identité”, confie Tonie en contemplant les pins qui se dressent aujourd’hui à la place de sa maison.

La jeune femme a néanmoins trouvé un nouveau foyer au sein de l’équipe de hockey sur glace de la ville, les Renards de Lusace. Depuis des années, l’équipe incarne un point de repère positif pour de nombreux habitants. Tandis que la plupart de ses camarades de classe quittaient la région pour faire leurs études, Tonie a refusé une place à Berlin et choisi de rester à Weißwass…[…].

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